Juin 2022, une nouvelle a secoué toute l'Angleterre : le gouvernement l'annonce, dorénavant, les élèves médecins seront sensibilisés et familiers avec les spécificités médicales féminines dans les écoles... Si on prend cette annonce à l'envers, cela signifie que, jusqu'à présent, ce n'était pas le cas. Mais, nul besoin de nous moquer de nos voisins, les grenouilles aussi ne sont pas toutes blanches en ce qui concerne l'équité dans les soins médicaux : la médecine est sexiste et ce ne sont pas les études qui manquent pour prouver la véracité de cette information. 

En même temps, il était assez illusoire de croire que la médecine était l'un des rares aspects de notre vie épargné par la différence de traitement. Point besoin de remonter à l'époque freudienne et à son obsession pour les hystériques (qui n'est qu'un terme générique pour désigner les femmes et tous les maux qui leur sont spécifiques), encore aujourd'hui, au 21e siècle, il y a des femmes qui subissent le point du mari après leur accouchement ou qui se retrouvent face à une absence de réponse médicale lorsqu'elles évoquent certaines douleurs. 

Pire, depuis quelques années, on note une progression alarmante des infarctus chez les femmes, tout simplement parce que les symptômes diffèrent de ceux des hommes et qu'on estime que les femmes attendent, en moyenne, 215 minutes à l'hôpital avant d'être prises en charge, et ce, malgré leurs symptômes (selon une étude publiée dans l'European Heart Journal: Acute Cardiovascular Care). Pour les hommes, c'est 192 minutes en moyenne. Lorsque l'on sait que chaque minute compte pour un patient en infarctus, c'est assez inquiétant... 

Les Éclaireuses

 
 
 
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Un sexisme intégré depuis des siècles ? 

On pourrait croire que la différenciation entre les deux sexes est l'apanage de la modernité. Mais, ces réflexes normés tirent leur genèse dès l'antiquité. Pour les philosophes, il n'y avait aucun doute sur le fait que les femmes n'étaient rien de plus que "des hommes ratés" avec un utérus qui était la source de toutes les mauvaises humeurs (une théorie crée par Hippocrate qui persistera pendant des années). 

Plus tard, l'Ancien Testament ajoutera une couche supplémentaire par le biais de la pécheresse ultime, Eve, qui sera condamnée à enfanter dans la douleur. Ainsi, douleurs et femmes ont été liées à jamais. Par cette simple phrase qui stipule que la punition de la femme, c'est de souffrir le martyre en donnant la vie, on a intégré qu'être une femme, ça faisait souffrir, mais que c'était normal.

Ces pauvres, condamnées à la douleur éternelle, subissent encore aujourd'hui le résultat de cette idée transmise de siècle en siècle, il n'y a qu'à voir comment, pendant des années, on a normalisé le fait que les règles faisaient mal. Or, depuis 1922, des études stipulent la connaissance des syndromes d'endométriose. Mais, c'était beaucoup plus simple de normaliser les douleurs plutôt que de chercher une solution, parce que c'est un problème qui ne concerne qu'une seule partie de la population, une partie majoritaire (51% de la population mondiale est féminine), mais qui reste le "sexe faible" que Dieu a condamné à souffrir. Pire, plusieurs études anglo-saxonnes ont démontré que les femmes souffrant de démence reçoivent un traitement moins bon que les hommes... Il n'y a pourtant aucune explication ni justification qui expliquent cette différence de traitement. 

C'est drôle d'imaginer que la médecine, qui découle de ce qu'il y a de plus logique et cartésien, se base, par certains aspects, sur des dogmes issus de croyances lointaines et sur des écrits de vieux monsieur en toge qui consultaient la Pythie dès qu'ils avaient un doute. Pas très moderne comme perception.

Des études faites pour 49% de la population

Le problème n'est pas que dans le traitement des patients, il prend sa racine directement dans les recherches médicales. Pourquoi ? Parce que la femme est complexe, elle a des cycles hormonaux qui rendent les recherches plus ardues. Ainsi, il est plus simple de se baser uniquement sur des sujets masculins pour faciliter les choses. On est donc face à une situation qui a érigé le corps masculin (avec ses spécificités) comme une norme, oubliant, au passage, toutes les petites différences anatomiques qu'il peut y avoir entre les deux sexes. Il sera utopique de croire que cette situation ne crée pas de problèmes. Une étude américaine, réalisée entre 1997 et 2001 par le Food Drug Administration, a révélé que 80% des médicaments retirés sur le marché l'étaient parce qu'ils présentaient des effets secondaires plus importants chez les femmes.

L'autre grand sujet dans la question de la recherche, c'est la difficulté pour les chercheurs.euses de trouver des financements pour des recherches sur des pathologies exclusivement féminines (sauf peut-être sur ce qui concerne la grossesse, parce que ça permet de maintenir l'espèce). Or, on le sait, les financements sont décisifs dans l'évolution ou non des traitements pour une maladie... Les recherches liées au covid l'ont parfaitement prouvé : si les laboratoires avaient "no limit de budget", la recherche sur l'ensemble des maladies modernes avancerait beaucoup (mais alors vraiment) beaucoup plus rapidement.

C'est sûrement à cause de ce manque de financement que l'on met, en moyenne, 5 à 7 ans, avant de diagnostiquer une endométriose ou un syndrome des ovaires polykystiques (qui est l'une des premières causes d'infertilité dans le monde).

La quasi-exception de la maternité

 

La vie est pleine de paradoxes... Et, là où les femmes sont moins bien soignées pour les maladies du quotidien, dès qu'il s'agit de la grossesse (et de la pérennisation de l'espèce), tout le corps médical est en alerte. Les témoignages de femmes mères qui racontent comment elles se sont senties dépossédées de leur corps pendant leur grossesse font froid dans le dos.

Entre les restrictions toujours plus nombreuses, l'éventuelle absence de chaleur du personnel soignant, les gestes interdits encore pratiqués pendant les accouchements - comme l'expression abdominale qui peut coûter la vie à la mère et à l'enfant (dans cet épisode du podcast Bliss-stories, un témoignage poignant d'une mère qui a failli ne jamais voir son nouveau-né) - la pratique encore trop courante du "point du mari" qui consiste à resserrer l'entrée du vagin après un accouchement par voie basse pour que le mari continue à prendre du plaisir pendant l'acte sexuel.

Mais, sous couvert de soins à l'extrême, on perçoit également en filigrane du sexisme deçà delà dans le traitement des mères... Comme si, finalement, une femme n'était qu'un utérus sur patte qui, une fois périmé, n'a plus grand intérêt. D'ailleurs, le nombre réduit d'études sur la question de la ménopause laisse sous-entendre que ce trait d'esprit pourrait être (malheureusement) vrai.

Mais, est-ce réellement la faute du corps médical ?

Doit-on, pour autant, aller plastiquer l'ensemble des laboratoires de France et de Navarre tout en attaquant chaque hôpital du territoire ? Malheureusement, comme souvent, cette situation n'est liée qu'à un seul fautif, le patriarcat, qui continue à gangrener notre société de part en part. Et, s'il est évident qu'il doit y avoir une flopée d'hommes sexistes dans les couloirs des hôpitaux (mais comme partout dans le monde), la seule façon qu'il y a de lutter contre la reproduction de ces réflexes, c'est d'en parler et de prouver, par A+B, que oui, la médecine et le milieu sont bien hantés par un sexisme normé qui a sûrement encore de beaux jours devant lui. 

 

 

 

Tags : société, féminisme, santé