"Tu enfanteras dans la douleur" 

C'est un fait, la grande majorité des femmes sont amenées à rendre visite à leur gynécologue au moins une cinquantaine de fois dans leur vie.
Comme tout ce qui touche au corps et à la santé, c'est un moment d'extrême vulnérabilité qui peut parfois se transformer en cauchemar pour certaines femmes.

La cause ?

Les violences gynécologiques et obstétricales qui sont un phénomène de plus en plus répandu. Remarques sexistes, épisiotomie arbitraire, décidée par le médecin sans demander l'avis à la première intéressée, des patientes qui ressortent marquées à vie suite à un rendez-vous médical ou encore, l'application de pratiques violentes (parfois interdites) qui peuvent mettre en péril la vie des femmes... Ce florilège d'exemples reste minime face à la réalité du terrain.

Les témoignages font état d'une grande violence, qui se manifeste dans les moments les plus sensibles de la vie d'une femme, en recherche de bienveillance, les patientes ne trouvent parfois que violences physiques et/ou sexuelles qui marqueront au fer rouge l'esprit et le corps des victimes. En dehors des médecins, il faut aussi rappeler que sages-femmes, infirmières et étudiant(e)s en médecine sont également mis en cause dans le récit des victimes. Parce que, malheureusement, ce serait trop simple de dire qu'il n'y a que des hommes chez les bourreaux.

Le problème est beaucoup plus complexe et les situations sont parfois vicieuses : sous couvert d'acte médical, doit-on tout permettre ? Et si tous les médecins ne sont pas violents dans la prise en charge de leurs patientes, il est clair qu'il existe un problème dans le rapport d'égalité des femmes à leurs médecins. Des violences verbales aux actes chirurgicaux pratiqués sans consentement, il existe pléthore d'exemples de violences vécues par des femmes et parfois des bébés au moment de l'accouchement, par exemple, ou lors d'un simple contrôle gynécologique.

En France, on considère que près d'une femme sur cinq a subi une épisiotomie (acte chirurgical qui consiste à ouvrir avec une incision la zone du périnée pour laisser passer la tête de l'enfant) lors de son accouchement alors que cette pratique n'est absolument pas nécessaire dans la plupart des cas.

En 2014, le hashtag #payetonuterus est apparu sur Instagram et d'autres réseaux sociaux pour dénoncer ces pratiques et libérer la parole des femmes. Si, aujourd'hui, elles sont de plus en plus nombreuses à parler, le changement est impératif surtout du côté des gynécologues.

Toujours dans cette démarche de dénonciation et de changement vers une société plus égalitaire, on vous propose aujourd'hui 15 témoignages de victimes de violences gynécologiques.

 

Les Éclaireuses

 

1. Une violence gynécologique c'est quoi ? 

Pour commencer, il n'y a pas une violence gynécologique mais DES violences gynécologiques et obstétricales.
Dans certains cas, la violence peut-être verbale avec notamment le commentaire déplacé d'un médecin : « À votre âge, presque 30 ans, pas d’enfants c’est un choix, je suppose ? » « Maintenant, les femmes veulent arrêter les hormones, c'est la mode » ou encore lors d'une visite post-accouchement : « Vous étiez plus jolie la dernière fois que je vous ai vue. ».
Mais elle peut aussi être physique : « Quand, enceinte, tu subis les touchers vaginaux de la gynéco, de l’interne, de l’étudiante sage-femme sans te donner ton avis…».

Il est important de se rappeler qu'à aucun moment les gynécologues et autres médecins n'ont de droits sur votre vagin, utérus et plus généralement votre corps. La loi Kouchner de 2002 garantit le droit au consentement médical : « Aucun acte médical, ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment. »
Votre consentement est impératif à chaque étape de votre prise en charge. Votre bien-être en tant que patiente doit être la priorité numéro 1, ainsi, il est important de connaître ces lois pour mieux se protéger.

Pourtant, dans les faits, beaucoup de femmes ne vont pas parler par peur d'aggraver la situation.
D'après le rapport consacré aux violences dans le suivi gynécologique et obstétrical remis en juin 2019 au gouvernement, 3,4 % des plaintes déposées auprès de l'Ordre des médecins en 2016 concernent des agressions sexuelles et des viols commis par des médecins...

 

 

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2. Pourquoi la santé des femmes est-elle synonyme de violences ?

Le monde obstétrical est constitué en majorité d'hommes d'un certain âge, d'où les vieilles pratiques sexistes qui persistent.
Cependant, les femmes gynécologues ne sont pas en reste comme on peut le constater avec ce témoignage : « Quand ma gynéco me fait pleurer de douleur pendant l’examen et me dit " Vous verrez l’accouchement est bien pire". » .
Là aussi, c'est une femme gynécologue qui est à l'origine de cette violence : « Quand tu dis à ta gynéco que ta pilule te détruit ta libido et qu’elle te répond "Ah oui, cela arrive" et te la represcrit ».


Peut-on parler de sexisme internalisé ? Depuis la nuit des temps et dans l'inconscient collectif, les femmes sont censées souffrir de leur condition de femme. "Tu enfanteras dans la douleur" ! De la première menstruation jusqu'à la ménopause, la douleur ressentie par les corps féminins est banalisée : « Quand le gynéco te dit après la pose d'un stérilet : "Vous êtes douillette ! Ça ne fait pas mal, alors arrêtez de pleurer !" ». Les femmes sont supposées souffrir uniquement parce qu'elles sont femmes.

Ce mythe est de plus en plus réfuté par des femmes qui parlent de leurs accouchements sans douleurs et des alternatives possibles à la médecine gynécologique et obstétricale classique.
Des médecins contre-attaquent et, d'après eux, le problème viendrait surtout d'un manque de formations sur le sujet mais aussi d'un manque de personnel médical...

 

 

 

3. Comment lutter contre ces pratiques abusives ? 

 Être mère est une expérience unique, et si cette expérience chamboule la vie à tout jamais, elle peut aussi devenir handicapante. Chez les victimes de violences obstétricales par exemple, on remarque une difficulté à s'attacher au bébé durant plusieurs mois, voire années.

La première étape pour lutter contre ces violences, c'est la parole et le témoignage. Si vous êtes une femme victime de ces actes, il existe des recours. Une lettre adressée au directeur de l'hôpital par exemple. Ensuite, vous pouvez porter plainte à l'Ordre des médecins ou en gendarmerie.
Il existe aussi des groupes de soutien féministes et de patientes qui mènent des actions auprès des victimes mais aussi auprès des hôpitaux pour sensibiliser et former au mieux les futurs médecins.

La loi est aussi un rempart contre ces violences, un conseil : n'hésitez pas à en parler !

Article mis à jour le 15 février 2021