Dans la longue série des charges qui pèsent (encore et toujours) sur les épaules des femmes, on retrouve, en plus de la charge mentale et sexuelle, la charge médicale. Il est vrai que dit comme ça cela peut paraître un peu abstrait... Mais dans les faits, c'est le quotidien d'une femme sur trois en France. Dans les grandes lignes, cela concerne toute la préoccupation liée à la santé du foyer (comprenez conjoint et enfants). 

La notion étant relativement récente, l'intérêt pour ce phénomène de société est très récent. La première étude sur le sujet a été menée par Opinion Way en partenariat avec le service de téléconsultation médicale Qare. L'étude a été menée sur un panel de 1039 personnes représentatives de la population française. Avec un large échantillonnage, Opinion Way a pu, pour la première fois, mesurer l'impact direct et indirect de la charge médicale sur la vie des femmes. Et si, depuis près de 25 ans, des sociologues se penchent sur la question de l'impact des tâches domestiques sur le quotidien des femmes, les contours et la définition de cette charge liée à la vie médicale du foyer ne sont que très récents.

Ainsi, encore trop méconnue, cette charge reste très peu considérée (pour ne pas dire minimisée). Pourtant, elle a une vraie influence sur le quotidien, les finances et le stress des femmes. 

Les Éclaireuses 

 
 
 
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Dans les faits, la charge médicale, c'est quoi ?

Au même titre que la charge mentale, la charge médicale ne s'articule pas autour d'un biais unique, elle est la combinaison de trois facteurs qui font que les femmes sont plus impliquées (pour ne pas dire embourbées) dans la santé du foyer. La charge médicale, c'est la triple combinaison d'une charge mentale liée à la santé, d'une charge logistique (pour organiser les emplois du temps de toute la famille) et d'une charge économique (en moyenne, une femme dépense plus de 100% par mois dans les soins du foyer). 

La combinaison de ces trois aspects du quotidien donne un résultat explosif parfaitement illustré par Tiffany Cooper (illustratrice de renom). En quelques coups de crayon, elle a réussi à retranscrire et à dessiner le stress quasi quotidien des femmes (et surtout des mères de famille).

Comment peut-on expliquer cette charge médicale ? 

Il y a plusieurs facteurs qui peuvent expliquer la surimplication des femmes dans la vie médicale du foyer. Dès l'enfance, on pousse les petites filles à créer des situations de mimétismes avec le quotidien de leur mère. Ce mimétisme, sous couvert de jeu, développe petit à petit un aspect du quotidien qui ne quitte jamais vraiment les femmes : celui de s'occuper de l'autre et de se soucier des personnes de leur entourage. En leur apprenant à jouer à la parfaite petite maman, on leur inculque la responsabilité du foyer, et ce, dès l'âge tendre. 

Les années passant, on implique toujours plus les jeunes filles dans leur santé, alors qu'on laisse les garçons tranquilles. Par exemple, lors des cours d'anatomie, on incite beaucoup sur le cycle menstruel des femmes, sur l'importance de se protéger, sur l'utilisation de la pilule, on envoie, dès 16 ans, les jeunes filles en consultation chez les gynécologues pour être sûr que tout va bien. Chez les garçons, rien. On ne les pousse pas à se soucier de leur santé et on ne les intéresse pas à savoir comment fonctionne le corps de l'autre (dans certains établissements scolaires, les cours d'éducation sexuelle se font dans des classes séparées pour éviter la gêne éventuelle).

La société aussi nous pousse à croire que c'est normal que les femmes se soucient de la santé des autres

Dernier point (et non des moindres), la société pousse aussi les femmes à croire que ce sont elles qui sont responsables de la santé d'un couple (et plus tard, d'un foyer). Par exemple, la prévention contre le papillomavirus qui est une infection sexuellement transmissible et qui peut avoir un impact sur les hommes et les femmes : jusqu'à l'année dernière, seules les femmes étaient invitées à se faire vacciner alors que les hommes sont également porteurs de l'infection. Cette inégalité a poussé, pendant des années, les jeunes filles à croire qu'elles étaient les seules responsables de cette infection. Mais dans d'autres pays comme l'Australie, on vaccine depuis longtemps déjà les hommes et les femmes. En résulte une raréfaction de l'infection, car elle est deux fois plus traitée en amont.

On peut également évoquer la question de la contraception (souvent médicamenteuse) qui incombe (toujours) en majorité aux femmes. Idem lorsqu’un enfant se fait trop désirer, on va d'abord chercher du côté de la femme pour être sûr que tout fonctionne et après seulement on ira voir du côté de l’homme. Ainsi, on habitue les femmes à ce que leur corps soit scruté (et c'est encore pire pendant la grossesse) alors que les hommes, eux, restent très détachés de leur santé (sauf, bien sûr, en cas d'hypocondrie).

Tous ces facteurs combinés font que les femmes prennent à leur charge, quasi naturellement, toutes les questions liées à la santé du foyer : 70% des femmes s'occupent de la santé de leur conjoint, 25% des femmes gèrent la totalité des rendez-vous médicaux du foyer et 50% d'entre elles admettent que la santé de leur foyer est une réelle source de stress.

Quels sont les impacts directs sur le quotidien des femmes ? 

Évidemment, il y a un impact direct de la charge médicale sur le quotidien des femmes. En plus du stress évident qui s'ajoute au stress lié aux autres charges (mentale et sexuelle), 40% des sondées admettent qu'elles ont déjà dû repousser ou renoncer à un loisir. Ce que ce chiffre dévoile, c'est que la totalité du quotidien des femmes est rythmé par la santé et la vie du foyer. Les hommes, eux, ne sont que 28% à admettre que leur quotidien et leurs loisirs sont directement impactés par la santé de leur foyer, une différence de 12% qui est plus que parlante : l'investissement des hommes dans la vie de la famille reste moindre comparé à celui des femmes et ce, même avec l'évolution des mœurs. 

Le plus inquiétant dans toute cette histoire, c'est que les femmes sont responsables de la quasi-totalité des soins et des prises de rendez-vous médicaux de leur famille, mais elles sont 33% à avoir déjà renoncé à un rendez-vous médical. C'est l'effet pervers de cette charge : les femmes (et les mères) se mettent en quatre pour faire en sorte que leur famille soit en bonne santé au détriment de la leur. C'est là tout le paradoxe de ce phénomène de société. Les femmes ont (comme bien souvent) tendance à délaisser leur confort personnel pour se donner corps et âme à leur famille et à leurs proches et cette situation est souvent sans réciprocité.

Pourtant, certaines pistes peuvent laisser penser que les choses peuvent changer : l'augmentation de la durée du congé de paternité est une bonne piste. Les hommes auront plus de temps pour vivre avec le bébé et pourront être plus inclus dans la vie du nouveau-né. Ces habitudes pourraient très bien suivre les papas même après le congé paternité terminé (tout du moins, il faut espérer).

L'étude a également révélé que la téléconsultation médicale pouvait se présenter comme une solution parfaite pour réduire cette charge (ou au moins, faciliter la prise de rendez-vous en limitant les déplacements). Les équipes du service Qare ont d'ailleurs confirmé que la plateforme était à 61% utilisée par des femmes et ce, que ce soit pour des consultations personnelles ou pédiatriques. Elles sont même 83% à admettre que les outils de e-santé sont un excellent moyen de gagner du temps au quotidien. 

Cependant, si la téléconsultation se présente comme une solution qui permet de soulager les femmes, il n'en est pas moins essentiel de traiter le problème à la source et d'essayer de soulager (autant que possible) les femmes de cette charge en poussant les hommes à s'investir dans la vie médicale de la famille.

 

 

Tags : féminisme, santé