Le soutien-gorge est comme qui dirait un sujet de société. Depuis sa création, il n'a cessé de créer le débat. Ses origines sont pourtant plus que révolutionnaires. Au fil des siècles, le soutien-gorge a inspiré, dégoûté, fait parler.

Aujourd'hui, la question de le porter ou pas reste encore une interrogation sociétale. Les vagues de féminismes ont favorisé l'abandon du soutien-gorge. Le mouvement No Bra a émergé ces dernières années avec l'idée de se libérer des contraintes et se faire du bien. Le confinement a confirmé cette envie de confort et de bien-être. Les femmes n'ont plus à plaire, elles doivent surtout se sentir bien dans leurs baskets. 

Alors faut-il laisser dans le placard son soutien-gorge ? Vaste question à laquelle nous allons tenter de répondre. 

Le soutien-gorge : la création révolutionnaire

En 1889, Herminie Cadolle donne naissance au corselet gorge aka le soutien-gorge.

Après le corset, véritable instrument de torture, la poitrine est retenue par deux bretelles sur les épaules. Ce système révolutionnaire contribue à l'émancipation des femmes. Elles sont libres de sauter, courir et marcher sans avoir un malaise ou de douleurs aux côtes. Herminie est une femme engagée qui a participé à la Commune de Paris en 1871. Ses idées sont révolutionnaires et novatrices. Après un voyage en Argentine, l'ouvrière décide de fonder sa propre usine de lingerie. Herminie présente ses inventions durant l'Exposition Universelle de 1889.

La Maison Cadolle devient une boutique dédiée aux femmes et leurs besoins. Aujourd'hui, l'entreprise est toujours active et le savoir se transmet entre femmes, de génération en génération. Maison Cadolle est située Rue Cambon à Paris. Alors qu'au départ, le soutien-gorge est une révolution pour les femmes, il va se transformer au XXIème siècle en un instrument d'oppression

Soutien-gorge sans armatures, transparent, sans bretelles, push-up, invisible, format bandeau, format brassière en dentelle, en triangle, bustier : La mode et le soutien-gorge, une belle histoire d'amour

Le soutien-gorge s'est imposé très vite dans le paysage de la mode. Les créateurs, les mannequins ou encore les stars ont tour à tour adopté ou abandonné cet accessoire controversé. Avec le temps, le soutien-gorge a évolué en s'adaptant au contexte et à son époque. Les besoins féminins ont changé. Les femmes se font une place dans la société, travaillent et prennent de plus en plus de place dans l'espace public. Il fallait donc revoir en profondeur le modèle d'origine. 

En 1990, Jean-Paul Gaultier crée sur mesure un soutien-gorge pour Madonna. Alors que la pop star a besoin en urgence d'une tenue de scène, le couturier français va sortir des sentiers battus, comme il sait si bien le faire. Il lui propose un soutien-gorge conique et légendaire. Composée de satin, cette pièce va devenir emblématique. Ainsi, la silhouette Gaultier se dessine. Quant à la femme, elle est libre, rebelle et élégante. Madonna reste très attachée à Jean-Paul Gaultier et à ce soutien-gorge associé à sa notoriété. 

Beaucoup d'icônes ont adopté le No Bra avant l'heure. Jane Birkin, Kate Moss, Patti Smith... Depuis la vague de féminisme des années 60, les stars se sont libérées progressivement du soutien-gorge. Toutes les figures pop mythiques ont réussi à faire tomber ce carcan. Dans sa mythique naked dress, Kate Moss ne porte pas de soutien-gorge. On peut également citer Jane Birkin qui n'arbore aucun soutien-gorge avec ses mini-robes et ses t-shirts blancs.  

En 2019, Katie Holmes est apparue avec un cardigan et une brassière en cachemire Khaite lançant la mode du soutien-gorge en guise de haut. Plus besoin de t-shirt, on enfile une brassière et on sort dans la rue ! Ce cliché est un vrai buzz mode qui a rendu la brassière plus désirable que jamais !

 
 
 
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Chez Jacquemus, le soutien-gorge devient un réel objet d'art. La brassière by Simon Porte Jacquemus est un leitmotiv que l'on retrouve dans presque tous ses défilés. Symbole de sensualité et d'insouciance, le soutien-gorge du créateur sublime la femme. Qu'il soit en maille, flashy ou en lin, le soutien-gorge rappelle l'été, le soleil et le chant des cigales. Sans armatures, ils sont spotted version micro et parfois quasi surréalistes. Dans son dernier défilé présenté en décembre à Paris, la création d'Herminie Cadolle est complètement revisitée par Jacquemus en mode frou-frou aux nuances écrues. 

Le soutien-gorge : oppression et patriarcat

En seulement quelques décennies, le soutien-gorge s'est transformé en symbole du patriarcat. Malgré ses origines progressistes, il n'a plus la même réputation qu'auparavant. Pour les féministes, il est un outil capitaliste qui modèle le corps de la femme à travers un prisme masculin.

Qui peut oublier ces photographies mythiques de l'année 1969, de la manifestation contre Miss America où les femmes jettent leur soutien-gorge dans le feu ? Aujourd'hui, beaucoup d'entre nous en ont marre de devoir respecter l'injonction du soutien-gorge. De plus, certains modèles de soutien-gorge sont inconfortables et nous compressent la peau. Le professeur Jean-Louis Douillon du CHU de Bescançon a réalisé une étude le soutien-gorge sur 15 ans. Résultat ? Le soutien-gorge aurait des impacts négatifs sur nos seins

 
 
 
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Malgré cette liberté retrouvée du No Bra, le combat est encore long à mener. La plupart du temps, les femmes ne portant pas de soutiens-gorge sont montrées du doigt. Comme si voir un téton féminin était une incitation à la débauche. Alors avec armatures, sans armatures ou juste sans soutien-gorge, quel choix doit-on faire ? Malgré les revendications No Bra, certaines ne peuvent pas se permettre d'abandonner cette seconde peau par peur ou par contrainte. Le soutien-gorge est comme une barrière mentale que l'on s'est imposée pendant des années. 

Lorsque l'actrice Florence Pugh est apparue au défilé Valentino à Rome en robe transparente fuchsia, les critiques ont littéralement explosé sur les réseaux sociaux. La raison ? L'actrice laissait apparaître au grand jour ses seins. Suite à ce pseudo-scandale, la jeune femme s'est empressée de répondre par un post Instagram plutôt ironique. Elle écrit : "Grandissez. Respectez les gens. Respectez les corps. Respectez toutes les femmes. Respectez tous les humains. La vie sera beaucoup plus facile, je vous le promets. Tout ça à cause de deux petits tétons mignons." 

 
 
 
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Finalement, tout est une question de sexualisation du corps féminin. Quand un homme sort torse nu, personne ne remarque ses tétons car "c'est naturel". Cependant, lorsqu'une femme ne porte pas de soutien-gorge, elle est tout de suite prise à partie car sa poitrine pourrait déranger les yeux lubriques du patriarcat. Le "male gaze" réduit la femme à ses attributs afin de la dominer. Le problème est toujours le même et se répète, peu importe l'époque. 

L'idée est d'abandonner toute forme de pensée préconçue. Chacune porte ce qu'elle veut, mais laissez-nous tranquilles ! 

 

 

Tags : société, accessoires de mode, Femme