Sous le ciel de Paris se cache la Parisienne. Femme filiforme, toute grande et toute jolie. Elle est sans artifices, très peu maquillée, les cheveux en pagaille et traverse la rue en se dirigeant vers la boulangerie. La Parisienne est blanche, plutôt aisée et n'a aucun défaut. Elle aime le vin, la baguette et le fromage. Son style effortless passionne et intrigue les filles qui ne viennent pas de Paris. Devant son armoire, elle prend ce qu'elle trouve et ne se prend jamais la tête. Bien sûr, la Parisienne aime séduire et vit le french way of life, c’est-à-dire manger, séduire et être belle (surtout être belle). Finalement, rien de plus normal !

Cet amas de clichés a construit au fil des siècles, une image erronée de la Parisienne, excluant toutes les autres femmes. Véhiculant une idéologie complètement absurde, la Parisienne ne met en avant qu'un écran de fumée. En 2022, que devient la Parisienne ? Quelles sont ses origines ? Comment une seule image a pu se transformer en une industrie florissante ?

Retour sur le mythe de La Parisienne.

Quelles sont les origines de la Parisienne ?

La Parisienne est née dans une société patriarcale où les hommes ont bâti de toutes pièces une femme fantasmée. Cette essence de la Parisienne est le pur produit du male gaze. Les écrivains, les peintres et les photographes ont modelé cette femme en un objet de désir et de fascination. Le philosophe et écrivain Jean-Jacques Rousseau met en avant, dans son roman "Julie ou la nouvelle Héloïse", une femme qui aime s'habiller et se parer de bijoux. Il lance un pavé dans la mare en instaurant les prémices de la Parisienne.

Dans la littérature, la Parisienne est un personnage imaginé. C'est une femme libre, élégante et séductrice. Au XXe siècle, Paris devient le centre névralgique de la France. La ville est le lieu de tous les possibles et de toutes les ambitions. Dès le départ, les femmes venant de Province sont exclues de ce groupe "parisien". Paris obtient très vite le rôle de capitale de la mode grâce à l'expansion de ses usines textiles. Ainsi, les riches bourgeoises achètent les plus belles pièces et forment un cercle très élitiste. Elles se transforment peu à peu en Parisiennes alors qu'elles ne sont qu'une minuscule partie de la population. Tout cela se crée sous fond de société masculine, il est intéressant de le rappeler.

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Dans le Paris de 1830, la prostitution est monnaie courante et les Parisiennes sont vues comme des femmes de petites vertus. La figure de la grisette est symptomatique de cette société masculine qui véhicule des images sexualisées des femmes. La grisette est la maîtresse d'un mari ou d'un étudiant. Elle plaît, car elle est disponible pour assouvir les désirs masculins. Comme souvent, la femme est soumise à un découpage manichéen. D'un côté, la Parisienne est la prostituée et de l'autre, elle est la femme issue de la haute bourgeoisie. Cette dualité illustre à quel point les femmes sont rangées dans deux catégories bien précises depuis des siècles : la vierge ou la putain. Il en va de même pour notre chère Parisienne qui n'échappe pas à la règle.

La pop culture au cœur du processus

La Parisienne a été grandement diffusée à travers la pop culture. Les séries, les films et les réseaux sociaux ont popularisé cette image dans le monde entier. Toutes les filles qui ne viennent pas de Paris sont fascinées par cette déesse française aux cheveux ébouriffés. Il y a eu Jane Birkin et son sac panier ou Ines de la Fressange et son "je-ne-sais-quoi" dans l'allure. Elles ont toutes participé à créer un mythe inaccessible sans vraiment le vouloir.

 
 
 
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Plus récemment, être Parisienne est devenu un objet de communication. Les marques s'emparent de cet idéal pour vendre leurs produits et atteindre un public friand de ce mythe. Comment devenir Parisienne ? En portant son dressing par exemple. Jeanne Damas, la créatrice de Rouje, a commencé sa carrière en tant que mannequin en faisant de la Parisienne son fonds de commerce. Elle incarne l'essence parisienne en posant avec sa baguette de pain et son verre de vin. Avec la militante et journaliste Lauren Bastide, Jeanne écrit un livre en 2017 sur la Parisienne en montrant qu'il n'y a pas une Parisienne, mais plusieurs Parisiennes. Malgré l'image qu'elle a construite, la jeune entrepreneuse prouve que toutes les femmes peuvent être Parisiennes. 

 
 
 
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La mode est sans aucun doute un vecteur de ce cliché parisien. Les groupes de luxe surfent sur la vague parisienne et proposent un idéal féminin parfait pour promouvoir leurs marques à l'étranger. Chez Chanel, Coco a créé une femme Chanel, un peu "garçon manqué" sur les bords et fumant de longues cigarettes. Le luxe attache beaucoup d'importance à ce topic de la Parisienne qui fait vendre. Certaines mannequins, à l'instar de Caroline de Maigret, publient des manifestes sur l'art d'être Parisienne. Car oui, pour rentrer dans le rang, il faut adopter des codes et une allure, sinon on peut retourner à la case départ. 

Le dernier élément à mettre sa pierre à l'édifice des clichés est la série "Emily in Paris". Emily Cooper, jeune Américaine, arrive dans la capitale et découvre Camille, une jolie Française blonde et fumeuse aux mœurs légères. Stylée et buveuse de vin à ses heures perdues, Camille est la représentation typique de la Française (aux yeux des Américains). Voilà que l'on dévore des croissants, qu'on boit du vin et qu'on mange du pâté en croûte. Nous ne pouvons pas cracher dans la soupe, car c'est aussi la raison pour laquelle on adore regarder "Emily in Paris". La série est légère et agréable à visionner.

La Parisienne n'existe pas

Comme le souligne la journaliste Alice Pfeiffer, auteure du fameux livre "Je ne suis pas Parisienne", ce mythe exclut toutes les femmes qui ne sont pas blanches. Dans un entretien pour France Culture, elle explique : "Les autres femmes sont des femmes gadgets : il y a une femme allumeuse, la femme du sud, la femme de milieu populaire... C'est en s'appuyant sur la non-prise au sérieux d'autres féminités que la Parisienne s'est imposée comme référent ultime."

Ainsi, la Parisienne n'existe plus, ou du moins elle a bien moins d'importance qu'avant. Aujourd'hui, la Parisienne est déconstruite au profit de Parisiennes multiples. Le documentaire de Rokhaya Diallo "La Parisienne démystifiée" tend à déconstruire tous les clichés sur cette femme inventée. Dans le documentaire, la journaliste part à la rencontre de tous types de femmes qui représentent réellement leur ville. 

D'ailleurs, pourquoi vouloir être à tout prix Parisienne ? Aujourd'hui, la décentralisation de la capitale se fait petit à petit. Dans la mode, les talents viennent de tous les milieux. Prenons le cas Simon Porte Jacquemus qui a fait de son identité sudiste une marque au succès planétaire.

Finalement, la Parisienne a laissé sa place aux Parisiennes. Puissantes, différentes, les Parisiennes sont multiples et diverses.

Enjoy, 

Les Éclaireuses 

 

Tags : société, alerte mode, Paris