Est-ce que le monde de la drague serait devenu hostile aux hommes ? Entre les différents mouvements de féminisme qui prennent de l'ampleur sur les réseaux sociaux et le mouvement #MeToo qui a éveillé les consciences sur les comportements masculins toxiques, difficile de trouver la bonne façon de faire. Pourtant, des autrices se sont penchées sur la question pour aider les hommes à adapter leur comportement à la drague après #MeToo. Fiona Schmidt y a d'ailleurs consacré tout un ouvrage "L'amour après #MeToo". 

Néanmoins, malgré tous ces petits coups de pouce, les hommes semblent encore bien perdus et dans un monde où plus de 50 % des jeunes hommes se sentent menacés par le féminisme, difficile de faire changer les choses... Et ça, c'est directement lié au patriarcat qui fait non seulement mal aux femmes, mais également aux hommes, les poussant à reproduire des schémas masculinistes hors d'âge et qui ne semblent plus avoir de sens depuis déjà trop longtemps.

Ce décalage se ressent d'autant plus dans le petit monde des applications de rencontre. En 2019, une large enquête menée par Le Monde notifiait que les femmes avaient 25 fois plus de chances de matcher que les hommes. Pourquoi ? Parce que, d'une part, les hommes sont sûrement moins regardants que les femmes lors de la sélection, mais, surtout, ils sont souvent plus nombreux à utiliser ces applications de rencontre. Et dans une société où l'image est devenue essentielle et où on juge de la valeur de quelqu'un à un simple coup d'œil sur un profil, certains sont plus valorisés que d'autres. 

Il faut également prendre en compte le fait que les attentes des femmes ont évolué. Car si pour nos grands-mères, le goal ultime, c'était d'avoir un mari pas trop vilain avec un bon travail, avec l'éveil des consciences sur de nombreuses questions sociétales, aujourd'hui, de plus en plus de femmes cherchent des hommes déconstruits ou qui ont au moins conscience de la toxicité de certains biais masculins. Les standards féminins ont évolué, c'est un fait... Mais est-ce que tous les hommes ont évolué en fonction, rien n'est moins sûr... 

Les Éclaireuses

Que l'on soit bien clair : les hommes ne sont pas victimes du système, ils sont la cause de son échec

Bien que certains aiment nous faire croire que les hommes sont les victimes de cette évolution, il n'en est rien. Des incels au mec un poil sexiste et beauf du BDE de votre école de commerce, tous auront le même discours : s'ils sont seuls, c'est de la faute des femmes. Or, ils ne font que rejeter la faute sur l'autre. S'ils se retrouvent seuls ou si les femmes favorisent d'autres profils que les leurs, c'est sûrement parce qu'elles ont compris que les mecs toxiques, c'était bien pour fantasmer lorsque l'on est ado, mais que dans la réalité, c'est invivable. Surtout, elles ont également compris que les soft boys, comprenez "les hommes sensibles", qui n'ont pas de problème de masculinité toxique et qui n'ont aucun souci à se connecter à leurs émotions, existaient aussi (et ils sont beaucoup plus agréables à fréquenter).

Pour autant, malgré cette prise de conscience, des hommes continuent de penser que les anciens dogmes font vibrer les femmes, alors qu'il n'en est rien, car de plus en plus de femmes sont en train de prendre conscience qu'il y a quelque chose qui cloche dans les relations hétérosexuelles et, notamment, dans les rapports de force (ou de domination) directement induits dans le couple.

Une prise de conscience à propos des standards

Il y a quelques semaines, une nouvelle trend est apparue sur TikTok. Le principe ? Parler de ces petites attentions ou de ces petits gestes qui sont censés prouver que votre compagnon est "une bonne personne". Mais si cette tendance partait d'un bon sentiment et avait pour but de mettre en lumière les green flags d'une relation (hétérosexuelle), les réactions ne se sont pas fait attendre (de la part des femmes ET des hommes).

@actinganimagus #stitch with @Mariel Darling ♬ Love You So - The King Khan & BBQ Show

 

@mayte.lisbeth #stitch with @Mariel Darling The bodega guy asks me this. Im off to tell him we go together. #datingadvice #datinginyour30s ♬ Love You So - The King Khan & BBQ Show

 

@kendrasyrdal #stitch with @Mariel Darling it’s giving “i can tell he likes me because he asked me to watch suicide squad at his house at 11:42 PM!” and no, no he doesn’t 😬 #dating #queer #wlw #lesbiancouples #wlwtiktok #queercouples ♬ Love You So - The King Khan & BBQ Show

Le résultat ? De nombreuses personnes semblent choquées par cette vidéo, tout simplement parce que demander à son partenaire comment s'est passé sa journée ne devrait pas être un green flag, c'est censé être le minimum dans toutes relations humaines, couple ou non. Le problème, c'est que cette vidéo a été faite par une jeune femme très suivie sur le réseau et il est fort probable qu'une grande partie de ses followers soit de jeunes personnes qui, du coup, vont grandir avec l'idée que faire le strict minimum dans une relation est quelque chose de normal et n'est pas problématique. Les jeunes femmes s'habituent à la médiocrité et les jeunes garçons pensent que les efforts ne sont pas nécessaires. Conséquence : les schémas toxiques des relations hétérosexuelles se reproduisent inlassablement. 

Heureusement, ce qu'il y a de rassurant ce sont les réactions à cette vidéo qui montrent, par de nombreuses façons, à quel point cet argument ne tient pas la route et qu'il est urgent d'arrêter de faire croire que les femmes ont des standards trop élevés, surtout lorsque l'on est face à une situation où les hommes ne semblent pas décidés à faire le moindre effort d'adaptation ou d'évolution. 

Un problème avec l'hétérosexualité ?

Dans les réponses à la vidéo de Mariel Darlig, on retrouve beaucoup de membres de la communauté LGBTQIA+ qui mettent en lumière les biais toxiques ou au moins sexistes inlassablement reproduits dans les relations hétérosexuelles. Cet hétéroscepticisme va même beaucoup plus loin, poussant de plus en plus de femmes à se questionner sur leur sexualité ou même à regretter de ne pas être lesbiennes. Virginie Despentes est d'ailleurs la première à dire que le lesbianisme lui a permis de se libérer de nombreux travers toxiques (et pas seulement relationnels).

Les hommes - dans les relations - sont devenus tellement problématiques que certaines femmes ont même honte de dire qu'elles sont attirées par des hommes. C'est d'ailleurs tout le sujet de l'essai d'Asa Seresin "On Heteropessimism". 

Le sujet ne date d'ailleurs pas d'hier. Déjà, dans "Sex and The City", on évoquait ces communautés de femmes lesbiennes, victorieuses et pleines de réussite, qui s'étaient complètement détachées des hommes, considérés comme trop dominants. Car finalement, c'est peut-être ça qui pêche dans les relations hétérosexuelles : le besoin de la domination.

Dans le podcast de Victoire Tuaillon, Les Couilles sur la Table, un épisode entier a été consacré à Marion Garcia, philosophe et chercheuse à l'université de Harvard, qui a fait toute une thèse sur la soumission féminine et le fait qu'elle soit au cœur des relations hétérosexuelles.

Cette domination, systémique et complexe, est souvent ce qui gangrène le plus les relations entre les hommes et les femmes parce qu'elle biaise le rapport entre les deux, ne les mettant jamais sur un pied d'égalité. Sauf qu'aujourd'hui, n'en déplaise aux conservateurs est autre incels, les femmes ont acquis les droits nécessaires pour se mettre à la même table que les hommes, sur un pied d'égalité. Et, la technologie aidant, depuis l'invention du Womanizer, les hommes sont (presque) devenus obsolètes.

Aujourd'hui, les femmes ne sont plus présentées comme "l'épouse de" ou la "compagne de", mais bel et bien en tant que personne à part entière et c'est peut-être ce que les hommes ont le plus de mal à comprendre.

L'image de la vieille fille seule avec un chat n'est plus la punition ultime pour une femme

Si pendant des siècles, la punition ultime d'une femme était de finir seule avec un chat, cette vision des choses a aujourd'hui bien changé. Car, s'il y a 100 ans, on n'échappait pas aux Catherinettes, passé 2020, il n'est plus question de pointer du doigt les femmes toujours célibataires après 25 ans, parce que, in fine, c'est presque normal d'être encore célibataire à 25 ans et il n'y a rien de dramatique à cela.

Selon l'Insee, l'âge moyen des femmes mariées en France était, en 2021, de 36 ans (39 pour les hommes). On met plus de temps à se caser et il n'y a plus de honte - encore moins pour une femme - d'être célibataire passé 30 ans. 

En ce qui concerne l'image de la vieille fille au chat, alors qu'elle a été pendant longtemps la caricature du célibat féminin, les choses sont, une fois encore, en train de changer. Une femme seule avec un chat, ce n'est ni plus ni moins qu'une sorcière moderne... Soit un personnage érigé en héroïne par l'autrice Mona Chollet, qui a consacré tout un ouvrage aux sorcières 2.0 qui font bouger les choses et envoient valser les conventions. 

Et s'il est de bon ton de se demander si le célibat n'est pas une situation plus souhaitable pour les femmes (surtout lorsque l'on connaît l'impact qu'un compagnon peut avoir sur la charge mentale), quoi de plus glam finalement que de passer ses soirées fièrement seule, lovée dans un plaid, avec un verre de vin et un chat sur les genoux ? 

D'ailleurs, il se pourrait bien que la honte change de camp et que, dans un futur proche, l'image problématique soit plutôt celle d'un homme (non déconstruit), seul avec son chien.

 

 

Tags : amour, couple, féminisme