Si en 1992, John Gray expliquait que les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus, la maxime n'a jamais été aussi vraie que ces dernières années. Avec la libération de la parole des femmes sur de nombreux sujets (#MeToo), les différences qui séparent les genres sont devenues de plus en plus perceptibles. Chaque jour, des femmes osent parler de leur expérience ou filmer à quoi ressemble leur quotidien. Si en 2013, Paye Ta Shnek parlait déjà de cette réalité, tout s'est accéléré ces dernières années.

Pourtant, la libération de la parole et l'évocation récurrente de certains sujets ne semble pas changer la donne (ou alors presque pas). 

Trop de sujets concernant les femmes sont invisibilisés. Certains droits restent fragiles - on pense notamment à la contraception aux USA - et cela prouve à quel point les femmes restent menacées dans nos sociétés modernes. 

Si la patience est la clé du succès, sur certains sujets elle mériterait d'être occulté. Ainsi, il y a de nombreuses choses que l'on aimerait ne plus avoir à expliquer en 2023. On pense, par exemple, au fait qu'il faut arrêter de croire que les règles sont un sujet tabou, que les femmes sont faites pour avoir des enfants ou que le viol ne se produit que lorsqu'une femme est provocante....

Les Éclaireuses

Le viol est une réalité et il faut arrêter de le minimiser

Le viol est, en 2023, encore une réalité et une menace pour les femmes. Selon le collectif NousToutes.org, 94000 femmes sont victimes de viol ou de tentative de viol chaque année (soit une toutes les 7 minutes) et si certaines osent aller porter plainte, dans 70% des cas, l'affaire est classée sans suite. La réalité, c'est qu'une femme sur 2 subira au cours de sa vie une forme d'agression sexuelle.

Malgré les manifestations et la libération de la parole sur le sujet (merci #MeToo), les chiffres restent tristement stables dans notre pays. Heureusement, il y a des coups d'éclat - qui expriment la lassitude face à la situation. On pense notamment à l'action d'Anna Toumazoff qui, avec le hashtag #DoublePeine a permis à des dizaines de femmes de parler de leur mauvaise expérience lors d'un dépôt de plainte dans un commissariat.

Ce que l'on ne veut plus expliquer en 2023, c'est que le viol est une réelle menace pour chaque femme (et que la menace n'est pas que dans les parkings sous-terrain). Le viol peut prendre mille formes et peut-être subi dans le couple. Ce qui dérange peut-être le plus, c'est la culture du viol que l'on continue de perpétuer. Il est plus qu'urgent de commencer à déconstruire cette culture et de parler, encore et toujours, de cette réalité pour ouvrir la porte au débat et à la pédagogie. 

Il est tout à fait possible d'être une femme et de ne pas vouloir d'enfant

Au mois de septembre, un sondage publié dans le ELLE a fait grincer des dents les amoureux de la tradition et les conservateurs de la première heure : en France, 30% des femmes en âge de procréer ne veulent pas d'enfants. Pour quelle raison ces femmes ne sont pas attirées par la maternité ? Parce qu'elles désirent garder leur liberté, ne veulent pas assumer la responsabilité parentale ou pensent qu'avec les crises politiques et écologiques, il serait malvenu de mettre un enfant au monde. 

L'époque permet aujourd'hui aux femmes d'exprimer librement leur avis sur la maternité, et cela a aussi permis de lever le voile sur une réalité qui a trop souvent été occultée : l'épanouissement des femmes ne passe pas forcément par la maternité. En France, 51% des mères d'un enfant de moins de 3 ans avouent regretter leur vie d'avant, et 12% des mères avouent regretter d'avoir fait un enfant.

L'année 2022 a été l'année de la libération de la parole, et il faut espérer que 2023 sera l'année où l'on arrêtera de questionner les femmes sur leur désir d'enfant ou non.

Le féminicide est un vrai problème en France

En 2022, ce sont 141 femmes qui ont été tuées par leur compagnon ou ex-compagnon sur l'ensemble du territoire français. C'est à peu près une femme tous les 2 jours. C'est 20 femmes de plus qu'en 2021. Si les indicateurs montraient qu'il y avait eu une explosion des cas de violences conjugales pendant les différents confinements, l'année 2022 a été celle du retour à la liberté, pourtant il n'y a eu aucune baisse dans les chiffres. 87% des victimes sont des femmes et 95% des personnes condamnées par la justice pour des cas de violence sont des hommes.

Le problème majeur reste que 55% des victimes n'entreprennent aucune démarche, par peur des représailles ou par manque de confiance dans le système de condamnation des auteurs. Sur l'ensemble des personnes impliquées dans une affaire de violence, seuls 56% reçoivent une réponse pénale. La question des féminicides est réelle et toujours d'actualité en France, et il n'est aujourd'hui plus question de le minimiser. 

Il reste encore trop de domaines où les femmes sont minoritaires et c'est un problème 

Que ce soit dans les professions scientifiques ou dans le petit monde du cinéma, les femmes sont encore trop peu représentées. En cause, un système sociétal qui pousse les femmes à se diriger vers des carrières "plus féminines" laissant la place aux hommes. La question des femmes dans les milieux scientifiques s'est posée à nouveau en 2022 avec l'arrivée du nouveau bac, qui a poussé les jeunes filles à se détourner des matières scientifiques. Heureusement, en 2023, le gouvernement a annoncé que les mathématiques seraient de retour dans le tronc commun, en espérant que cela pousse les futures étudiantes à se diriger vers des cursus scientifiques. 

Pour ce qui est du cinéma, en 2022, c'est une femme réalisatrice qui a remporté l'Oscar de la meilleure réalisation. Jane Campion fait aujourd'hui partie des 3 femmes ayant gagné la précieuse statuette en tant que réalisatrice. Bien que les deux dernières années aint été bénéfiques aux femmes dans les cérémonies qui récompensent le cinéma, elles restent encore trop peu représentées dans le milieu. Les actrices ont certes leur place à l'écran, mais pour tout ce qui est de la technique, elles restent minoritaires. Pourtant, rien ne prouve qu'elles ont moins de talent que les hommes. En revanche, il est possible qu'on leur laisse moins de place, et il est plus qu'urgent d'inverser la vapeur. 

Les femmes aussi aiment le sexe (mais prennent plus leur pied avec un sextoy)

En 2022, l'Ifop dévoilait une étude sur la sexualité récréative des Européennes et le constant est sans appel : de plus en plus de jeunes femmes se laissent tenter par les aventures d'une nuit et les coups d'un soir. Les championnes restent les Anglaises, avec 46% des moins de 25 ans qui ont déjà eu un coup d'un soir. En France, c'est 41% des jeunes femmes qui osent jouer à la bête à deux dos dès la première rencontre (+5% par rapport à 2015). Près d'une femme sur deux a déjà eu une petite aventure éphémère et celles qui ont un compte sur les applications de rencontre sont plus que coutumières à cette tendance.

Qu'est-ce que traduisent ces chiffres ? La fin de la sanctification de la vie sexuelle des femmes. Si pendant longtemps on a estimé qu'une femme devait être "vierge et pure" alors que les hommes avaient le droit de "s'éduquer", cette idée n'est plus réellement valable aujourd'hui. Le fait que les jeunes femmes osent sauter le pas des relations d'une nuit et qu'elles arrivent - avec de plus en plus de facilité - à rompre le lien entre sentiment et sexualité montre que la libération de la parole sur les questions de l'intime a permis aux femmes d'acquérir une vraie confiance en la matière.

En revanche, il ne faut pas oublier qu'en 2021, 63% des femmes admettaient prendre plus de plaisir avec un sextoy qu'avec leur partenaire. Les femmes ont beau être de plus en plus libérées sexuellement, il est néanmoins essentiel de se demander si elles sont plus comblées qu'avant. Mais au pire des cas, si un partenaire ne fait pas l'affaire, il restera toujours le Womanizer qui ne fait jamais défaut.

 

 

Tags : féminisme, Femme, News Société/Tech