La France est-elle le pays des libertés et de la fraternité ? Oui, mais seulement lorsque l'on est un homme. Un récent rapport publié par le Haut Conseil d'Etat laisse penser que pour les femmes, la lutte sera encore bien longue pour espérer vivre dans une société vierge de tout sexisme. Ce rapport fait état de différentes situations que peuvent subir les femmes - parfois au quotidien - mais confronte également l'avis des hommes sur certaines questions centrales dans notre société (comme les violences faites aux femmes). 

Ce qui saute aux yeux en premier, c'est le clivage évident qu'il y a entre les hommes et les femmes dans ce rapport. Si 80% des femmes avouent avoir déjà vécu des situations particulières à cause de leur sexe, 70% des hommes pensent qu'on généralise trop les choses en considérant que "tous les hommes sont sexistes" Pire, une majorité d'hommes semble encore très attachée à certaines situations sexistes qui veulent imposer un certain cadre de vie aux femmes. Par exemple, pour 63% des hommes, il n'y a aucun problème à ce qu'une femme cuisine tous les jours pour toute la famille et ils sont 40% à penser qu'il est normal qu'une femme arrête de travailler pour s'occuper de ses enfants. 

Mais, le point qui est peut-être encore plus préoccupant dans ce rapport, c'est le fait que les violences faites aux femmes ont connu une augmentation de 20% entre 2020 et 2021. Pour 20% de la population française, le terme "Féminicide" reste inconnu. Le problème d'égalité des genres n'est donc pas un fantasme de féministes en France. Il semblerait que les hommes entre 25 et 34 ans soient encore plus en accord avec l'ensemble des clichés sexistes et des normes de masculinité imposées par la société.

 
 
 
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Un clivage générationnel qui laisse penser que les jeunes hommes ont encore plus à déconstruire que les vieux hommes

Si on a tendance à croire que ce sont les hommes les plus âgés qui ont les normes sexistes les plus ancrées dans l'esprit, le rapport nous fait une révélation surprenante : il semblerait que ce soit les hommes entre 25 et 34 ans qui soient le plus soumis aux normes sexistes imposées par la société. Par exemple, pour 20% des 25-34 ans, il faut se vanter de ses exploits sexuels pour être respecté en tant qu'homme dans la société, en moyenne, seuls 8% des hommes pensent que c'est le cas. 

Toujours dans cette tranche d'âge, seuls 48% des hommes pensent que l'image de la femme véhiculée dans le porno est problématique contre 79% des hommes âgés de 65 ans et plus. Le chiffre le plus alarmant est incontestablement celui de la violence. Dans un pays où les féminicides ne font qu'augmenter d'année en année (avec un chiffre record de 147 femmes assassinées en 2022), 23% des hommes entre 25 et 34 ans pensent qu'il faut parfois être violent avec une femme pour se faire respecter (contre 11% en moyenne). 

La question étant : pourquoi c'est cette génération qui est la plus sensible aux clichés masculinistes ? C'est pourtant la génération de la fin du millénaire qui a normalement des codes qui diffèrent des anciennes générations et qui a eu accès, tôt, à des images d'autres masculinités ou à des supports comme le podcast "Les Couilles sur la Table" qui questionne inlassablement le genre et la notion de masculinité. Cette génération de la déconstruction ne semble pas vouloir s'ouvrir aux débats féministes ou qui traitent de la sécurité des femmes dans le pays. Si les hommes de plus de 65 ans ont tendance à être un poil plus conservateurs, en étant très attachés au fait qu'un homme doit prendre soin financièrement d'une femme ou qu'il est normal qu'une femme prenne soin de son physique, ils n'adhèrent pourtant pas aux clichés qui veulent que la virilité se mesure avec la vitesse à laquelle on roule ou avec le nombre de conquêtes que l'on a eu le mois précédent. 

S'adapter pour ne pas subir, ainsi va le quotidien des femmes

Si on peut se demander longtemps quelles sont les motivations des hommes (dans un monde post #MeToo) à perpétuer les clichés de genre, il ne faut pas oublier qu'au final, ce sont les femmes qui trinquent. Dans un monde où 16% des hommes pensent encore qu'une femme est en partie responsable si elle se fait agresser sexuellement, il est toujours nécessaire de s'adapter pour éviter le pire. 9 femmes sur 10 avouent anticiper les propos sexistes et les éventuelles situations de danger potentiel pour ne pas les subir. Ainsi, 55% des femmes en France renoncent à sortir ou à faire des activités seules, 52% ne s'habillent pas comme elles le souhaitent, 41% font attention à ne pas hausser le ton pour ne pas avoir l'air agressive... La liste est interminable. 

Le problème, c'est que les situations de danger ou qui ouvrent la voie au sexisme sont partout : les transports en commune, le foyer, le travail... En fait, dès que les femmes se trouvent potentiellement en contact avec des hommes, il existe un danger pour elles. Dans l'intimité de la chambre à coucher aussi, il existe un risque pour les femmes : 33% avouent avoir déjà eu un rapport sexuel suite à l'insistance de leur partenaire. Et si 90% des femmes considèrent comme problématique le fait qu'un homme insiste pour avoir un rapport sexuel avec sa conjointe, seuls 73% des hommes pensent la même chose (soit 20% d'écart). 

Quelle serait la solution pour stopper net la diffusion de ces clichés sexistes ? 

Toujours selon le rapport, il y aurait une vraie faille dans la mise en place des solutions par les pouvoirs publics pour stopper l'évolution croissante des actes de violence et permettre aux femmes de vivre dans un pays plus égalitaire. Malgré les nombreuses mobilisations et les prises de parole féministe, une grande partie de la population masculine reste insensible aux enjeux qui englobent la population féminine française. Le Haut Conseil d'État a listé 10 recommandations pour un plan d'urgence de lutte contre le sexisme.

On y retrouve par exemple une volonté de réguler les contenus numériques qui perpétuent certains stéréotypes ou représentations dégradantes de la femme, l'obligation de formations de lutte contre le sexisme pour tous les employeurs, l'interdiction de publicités genrées pour les jouets (comme en Espagne), la création d'une Journaée nationale de lutte contre le sexisme le 25 janvier, l'augmentation des moyens financiers et humains dans la justice pour traiter des violences au sein du couple (toujours basé sur le modèle espagnol)... De nombreuses évolutions sont envisageables, mais elles ne seront effectives qu'en cas d'une prise de conscience générale. Si ce rapport a au moins le privilège de faire ouvrir les yeux sur la situation en France, il ne fait que rappeler à quel point la réalité des femmes est loin de tous les fantasmes d'égalité et de fraternité sur lesquels notre pays a construit son idéologie. 

Les Éclaireuses

 

 

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