Si le sonnet ou l'amour épistolaire avaient quelque chose de séduisant, la technologie nous a aidés à les transposer sur un autre rythme, une autre réalité. Les alexandrins ont été remplacés par une flopée d'emojis et les lettres du front ne servent plus à rien puisqu'aujourd'hui, entre Snapchat et les stories, on sait exactement où sont les gens et ce qu'ils font.

Les réseaux sociaux, les smartphones et les ordinateurs sont aujourd'hui des composantes indissociables de notre quotidien. Ce sont eux qui rythment, eux qui boostent l'ego et, surtout, eux qui donnent les opportunités de rencontres.

Les coups de foudre vintages résumés par un "je l'ai invitée à danser au bal du village" sont devenus des swipes sur la droite ou un DM sur Instagram. Rien de mal à cela dans le fond, ce n'est que de l'évolution. Les nouvelles générations sont plus connectées, c'est un fait, et cela leur permet de parler avec des gens du monde entier, de Séoul à Los Angeles, sans aucun mal. En revanche, il est tout à fait légitime de se demander ce que ces outils ont changé dans notre rapport à l'autre. Dans un monde où la série You fait des émules, le stalking est en train de devenir un sport de haut niveau, nous poussant tous, petit à petit, à devenir des pseudos membres du KGB, prêts à tout pour comprendre le moindre like. 

Dans le fond, ne sommes-nous pas tous en train de devenir de vrais jaloux maladifs ?

Enjoy,

Les Éclaireuses

 

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1) Les rencontres fast and furious

Les nouvelles générations (et les plus anciennes) prennent la direction des rencontres et des relations superficielles : vite consommées, passionnelles et vite terminées. Culte du physique pour quoi ? Pour être le nouveau "Insta Couple" qui frôle la perfection (alors que pour 66% des Français, ces photos ne représentent absolument pas la réalité - étude Meetic, 2019). Nous sommes devenus des boulimiques de contenu (la faute à Zuckerberg), on swipe aussi vite sur Tinder que dans les stories des gens qu'on follow, dans le but de toujours trouver plus beau, plus inspirant ou plus efficace. 

Ce que les réseaux sociaux ont modifié dans notre rapport au reste du monde, c'est l'attente et la patience au profit d'une frustration permanente. Si 13% des célibataires entre 18-24 ans admettent que les réseaux sociaux les mettent face à leur propre solitude (source : Meetic), ce n'est pas un hasard. Quotidiennement, nous sommes bombardées d'images parfaites, de femmes enceintes qui rayonnent en Gucci et de couples qui semblent s'aimer plus que les personnages principaux d'un drama coréen.

Cette omniprésence des réseaux sociaux dans le quotidien des couples a créé de nouveaux besoins et de nouveaux "critères" sur la question du compagnon parfait : les dizaines de posts sur Boyfriends of Insta prouvent bien qu'avoir des skills en photo est aujourd'hui essentiel si on veut éviter les conflits en vacances ou au restaurant. Et, accessoirement, c'est mieux que cedit "boyfriend" soit un minimum instagramable, sinon quel intérêt ?

Aujourd'hui, il est nécessaire de montrer, jusqu'à tomber dans une positivité un brin toxique, à quel point sa vie est parfaite, et ce, tout en gardant un œil sur les faits et gestes digitaux de sa moitié. 

  

2) Une vie clean IRL et sur les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux ont également amené un autre débat dans le couple : liker des photos de mecs abdos à l'air ou de nanas en maillot, est-ce que c'est de la tromperie ? Si sur cette question, deux camps s'affrontent (entre les partisans du oui et du non, difficile de trouver un terrain d'entente), il est cependant évident que cette visibilité directe sur l'activité Instagram, Facebook ou Twitter a créé de nouvelles névroses et de nouvelles inquiétudes : "Est-ce qu'il like d'autres photos que les miennes ?", "Pourquoi est-ce qu'il va liker les photos de femmes dénudées alors qu'il m'a moi", "Elle n'a pas mis de stories depuis plus de 3 heures, il est évident qu'elle essaye de me cacher quelque chose"... La liste est non exhaustive et extensible à l'infinie.

Pourtant, aussi vicieux soient les réseaux sociaux, cela n'empêche pas les jeunes (entre 18 et 24) de consulter leur téléphone près de 50 fois par jour ou de consacrer près de deux heures par jour aux réseaux sociaux (en moyenne). L'addiction est réelle et l'impact sur notre quotidien également. Les réseaux sociaux ont développé une jalousie insidieuse, plus ou moins excessive, qui semble faire perdre la tête à de nombreuses personnes. Fouille du téléphone, check des abonnés Instagram, compte commun sur Facebook : autant de preuves qui montrent que pour certains, les réseaux sociaux sont source de paranoïa. Pourquoi ? Parce que le contact y est direct, facile et peut rester secret si l'on a décidé de le cacher... C'est finalement l'outil idéal pour tromper son partenaire non ? (Spoiler : si votre partenaire a décidé de vous tromper, il vous trompera, Instagram ou pas)

 

3) Des ruptures quasi-impossibles

Non contents de nous faire tourner la tête lorsque l'on est en couple, il semblerait également que les réseaux sociaux nous empêchent de couper réellement les ponts avec un ex pour ou moins collant. S'il est facile de bloquer qui l'on souhaite sur les différentes plateformes, il est également très simple de créer de multiples comptes pour recréer un contact avec qui l'on souhaite. C'est à partir de ce moment que les réseaux sociaux entrent dans un tout nouveau paramètre : celui de l'agent double, celui qui nous veut à la fois du bien mais qui est également source d'une toxicité sans limites.

De nombreux comportements déviants sont nés des différentes habitudes sur les réseaux sociaux comme, par exemple, le paperclipling, qui illustre parfaitement certaines habitudes plus que limites sur les réseaux sociaux ou encore le curving qui prouve à quel point les personnes peuvent utiliser leur vie digitale pour de mauvaises choses. 

La solution pour réellement réussir sa rupture IRL et digitale ? Couper net les liens et (si possible) mettre ses comptes en privé pendant quelque temps, histoire d'éviter les tentations. Et, surtout, on n'hésite pas à supprimer les vestiges de la relation : ce geste aura pour effet "d'annuler" la relation, de supprimer digitalement la personne de notre vie, ça peut faire mal mais c'est bien souvent nécessaire. 

Dernier point important : on essaye d'éviter le stalking à outrance, le but n'est pas de se transformer en Joe Golberg. La jalousie à retardement n'est jamais une bonne solution. Et si jamais checker son profil finit par devenir quelque chose de compulsif, c'est le signe qu'il est temps de s'accorder une petite détox digitale. 

 

 

 

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