La guerre contre le droit à avoir recours à une interruption volontaire de grossesse ne fait que commencer. Depuis qu’une grande partie des Etats américains ont fait preuve d’une régression monstre en révoquant l’arrêt Roe v. Wade, les autres pays semblent vouloir leur emboîter le pas. Cette fois-ci, c’est un pays de l’Union européenne qui fait remet en cause, doucement mais sûrement, le droit des femmes à avorter. Un droit pourtant fondamental.

Ce lundi 12 septembre, le gouvernement d’extrême droite hongrois a décidé qu’une femme souhaitant avorter, devra, au préalable, 'écouter les battements de cœur du fœtus, d’une manière clairement identifiable'. Si la grande majorité des médecins affirment que la notion de battements de cœur est erronée lors des premières semaines de grossesses (puisqu’il s’agit d’un son généré par un appareil à ultrasons), le ministère de l’Intérieur hongrois, lui, déclare que "près des deux tiers des Hongrois associent le début de la vie d'un enfant au premier battement de cœur".

Une régression historique, du jamais vu depuis 1992

En 1992, la législation concernant l’interruption volontaire de grossesse abordait déjà la vie du fœtus en évoquant "la protection de la vie" de ce dernier mais autorisait tout de même l’avortement pendant les 12 premières semaines de grossesse pour raisons médicales. "En Hongrie, l'avortement est largement accepté dans la société. Statistiquement, deux tiers des Hongrois ne souhaitent pas voir de nouvelles restrictions à l'avortement", a déclaré Noa Nogradi, militante pour Patent, une organisation qui défend les droits des femmes en Hongrie.

"Le gouvernement ne peut donc pas interdire la procédure du jour au lendemain. Mais une série de petits pas vers la restriction peut passer plus facilement" a-t-elle continué.

Cet amendement signé par Sandor Pinter, ministre de l’Intérieur, et porté par le parti d’extrême droite, Mi Hazank, vient modifier drastiquement la législation révisée de 1992 et aurait été décidé "sans aucune consultation" épingle ainsi Amnesty International. Un décret qui, selon Aron Demeter, le porte-parole de l’ONG, ne sert qu’à rendre "plus ardu l’accès à l’avortement" et "traumatisera davantage de femmes déjà en situation difficile".

Un constat confirmé par Dora Duro, députée et membre du parti nationaliste Jobbik, qui a fait preuve de son enthousiasme face à ce décret : "Pendant quelques secondes au moins, l'enfant d'âge fœtal pourra se faire entendre de la mère avant que l'avortement ne soit pratiqué et d’ajouter : [la loi] n’est pas coulée dans le marbre dans un pays chrétien digne de ce nom. Écrivons l’histoire !", sur Facebook.

La raison de ce recul ? Les "traditions familiales"

Victor Obran, Premier ministre depuis 2010, est coutumier des atteintes aux libertés individuelles et ne semble pas être un fervent défenseur de la démocratie. Il se revendique d’ailleurs d’un modèle de "démocratie illibérale". En 2012, il finance une campagne anti avortement avec des fonds européens, mais il est également profondément hostile aux droits des personnes se revendiquant LGBTQ+. Ainsi, il reconnaît uniquement le mariage entre les hommes et les femmes avec la mise en place d’une nouvelle Constitution en ce sens et fait voter un texte qui interdit la promotion de l’homosexualité, si tant est qu’il en existe une, de promotion.

Pour Strasbourg, c’est le décret de trop. En effet, le Parlement européen a désavoué la Hongrie en la qualifiant de "régime hybride d'autocratie électorale". "Les conclusions sont claires : l'un de nos Etats-membres n'est plus une démocratie", a écrit Gwendoline Delbos-Corfield, eurodéputée, sur Twitter. "Cette obligation n'a aucune utilité médicale et ne sert qu'à humilier les femmes" a de son côté fustigé la Fédération internationale pour la planification familiale dans un communiqué.

Les Éclaireuses

 

 

 

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