Depuis le 24 juin 2022, ce qui était censé être non pas un droit fondamental, mais une liberté inconditionnelle, n’est plus.

Aux États-Unis, c’est donc à chaque État de légiférer sur le droit ou non d’avorter. Aussi alarmante soit-elle, cette décision risque d’impacter très largement la santé des Américaines, mais ce sont les femmes noires qui risquent d’en pâtir le plus, et ce, autant sur le plan sanitaire que sur le plan judiciaire. En effet, selon une étude menée par l’université de Duke, le taux de mortalité maternelle chez les Afro-Américaines augmenterait de 33 % suite à l’abrogation de la loi. Mais elles seraient également davantage ciblées par la justice.

"Une victoire pour la vie des blancs"

Lorsque la révocation de la loi sur l’avortement a été votée, Mary Miller, une députée républicaine, a salué la décision de la Cour suprême en l’érigeant comme "victoire pour la vie des Blancs".

"La députée a dit tout haut ce que nombre d’Africains-Américains savent depuis longtemps", estime Areva Martin, avocate américaine. Dans une longue vidéo, elle décrypte ce que sera la vie des Afro-Américaines dans une Amérique qui limite l'accès à l'avortement. "Ce pays protège en priorité la vie des Blancs par rapport aux minorités et aux populations marginalisées".

Cette observation ne date pas du 23 juin 2022. En effet, une étude a révélé qu’entre 1973 et 2005 59% des femmes accusées pour fausse couche, mortinaissance ou encore pour avortement étaient des femmes de couleur. Christian Nunes, président de l'Organisation nationale pour les femmes, a ainsi déclaré à Insider qu’avec "le démantèlement de Roe v. Wade, les communautés noires, latines et autochtones subiront pleinement les conséquences [de l'abrogation de la loi Roe v. Wade], tout comme les autres communautés marginalisées comme les LGBTQ+ et les femmes en situation de pauvreté".

Un risque accru de fausse couche

"Les femmes noires ont trois fois plus de risques de mourir en raison d’une grossesse que les femmes blanches", a indiqué le Washington Post. Une information affirmée par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies qui indiquait que le taux de mortalité maternel des femmes noires était trois fois plus élevé que celui des femmes blanches en 2020. En raison ? Les restes de l’esclavage. En effet, la santé des femmes noires aux États-Unis est à ce jour laissée-pour-compte. L'accès à des soins de santé dignes de ce nom est donc considérablement réduit et leur droit au congé maternité se voit également bien souvent bafoué.

À cela, s’ajoute le fait que le corps médical serait plus suspicieux lorsqu’il s’agit de la souffrance de ces dernières. C’est ce qu’on appelle le syndrome méditerranéen. Un syndrome raciste qui consiste à juger les corps non blancs plus résistants à la douleur et ainsi à qualifier les souffrances de ces derniers comme des souffrances fictives. Sur le plan physique et selon des études médicales, les Afro-Américaines seraient plus exposées à des problèmes de santé comme le diabète ou l’hypertension. Des maladies qui exposent nécessairement à plus de risques lors de la grossesse. "Beaucoup de femmes noires et de femmes de couleur sont négligées médicalement. En conséquence, elles ont des problèmes de santé qui ne sont pas diagnostiqués correctement", a précisé Christian Nunes.

Un système raciste en cause

En 2018, l’opinion publique grinçait des dents avec l’affaire Marshae Jones : une Afro-Américaine qui avait été inculpée après avoir reçu une balle dans le ventre. Elle était alors accusée d’avoir causé "volontairement" la mort de son fœtus. "L'enfant à naître est la véritable victime dans ce cas", avait ainsi déclaré le lieutenant de police locale. Cette affaire n'est qu'une preuve de plus d’un racisme systémique qui, dans une société où quiconque pourra dénoncer une mère sur le point d’avorter, mettra à mal les décisions des femmes noires. 

"Les femmes étaient déjà criminalisées sous l'arrêt Roe v. Wade. Sans celui-ci, les forces de l'ordre et les procureurs continueront d'utiliser les codes du meurtre et de la maltraitance infantile, ainsi que leurs interprétations judiciaires, de manière à leur "permettre" de criminaliser les femmes enceintes" a déploré Purvaja Kavattur, associée de recherche et de programme chez National Advocates For Pregnant Women (NAPW).

Les Éclaireuses

 

 

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