L'industrie de la mode est le deuxième pollueur mondial. On l'a assez répété aux populations. Lorsqu'on parle de mode, nous pensons aux grandes maisons de luxe : LVHM et Kering qui dominent le marché en possédant des marques telles que Chanel ou Louis Vuitton. Pourtant, dans cette grande industrie, un monstre dangereux a fait son entrée dans l'arène : la fast fashion. La société de consommation n'a fait qu'accentuer cette manière d'acheter. Le but : consommer à bas prix des produits de mauvaise qualité, voire de qualité plus que médiocre. Certaines entreprises sont championnes en la matière et ont fondé de véritables mastodontes de la mode rapide.

L'une d'entre elles tire son épingle du jeu et porte le doux nom de Shein. Créée en 2008, Shein est une marque de vêtements et accessoires localisée en Chine. Dès son apparition, l'enseigne a fait un tabac, notamment auprès de la jeune génération appelée Gen Z. Les vêtements sont tendance et se renouvellent sans cesse, quasiment tous les jours. Le paradis, n'est-ce pas ?

Néanmoins, derrière cette armada d'influenceuses et une communication en béton se cachent des conditions de travail inhumaines, des usines délabrées et des vêtements d'une qualité déplorable. Les journalistes anglais de Channel 4 ont pu plonger dans l'enfer des usines Shein et ont diffusé les images dans le monde entier.

Zoom sur le côté sombre de Shein.

Les Éclaireuses

Les origines de Shein

En 2008, Chris Xu fonde Shein qui est, au départ, une plateforme destinée aux robes de mariée. Ce géant du marché du vêtement a rapidement pris sa place dans l'industrie. Il compte actuellement plus de 26 millions d'abonnés sur Instagram et plus de 37 millions d'abonnés sur TikTok. 10 400 000 personnes visitent chaque jour la page Internet de Shein en France, soit 16 % de la population. Le chiffre d’affaires du label est estimé à 91 milliards de dollars.

Les avantages de Shein ne sont pas compliqués à comprendre. On peut avoir directement ses vêtements sans passer des heures dans les boutiques, les pièces sont calquées sur les tendances du moment et les prix sont extrêmement accessibles (5 euros le t-shirt). De plus, pour fabriquer un vêtement, l'enseigne prend à peu près une semaine, ce qui est très peu par rapport à d'autres entreprises de la fast fashion. La livraison est donc éclair et le client est satisfait, car il n'a pas à attendre.

La marque peut compter sur sa communauté mondialement présente afin de faire rayonner sa puissance. Son e-shop est attractif par ses nouveautés toujours constantes. Les articles sont colorés et bien disposés de façon à inciter les gens à acheter impulsivement. Avec l'émergence de TikTok et le confinement, le shopping en ligne s'est réellement démocratisé. Les internautes ont pris l'habitude de se filmer en déballant leurs colis Shein, lançant le hashtag "SHEIN HAUL". L'audience est plus qu'au rendez-vous et les commandes sont fructueuses.

Les grands consommateurs de Shein sont paradoxalement la Gen Z. La jeune génération est friande de cette fast fashion abordable et tendance. Pourtant, ils veulent aussi porter de la seconde main. Ces habitudes de consommation sont symptomatiques d'une génération à contre-courant. Il faut protéger la planète, mais être stylé aux yeux du monde. Cette dualité témoigne d'une crise latente de la société.

 
 
 
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L'envers du décor Shein dévoilé

Dans le documentaire britannique diffusé par Chanel 4, les caméras s'infiltrent au cœur des ateliers de production de la multinationale chinoise. Le constat est terrible.

Les travailleurs et travailleuses sont épuisés et soumis à des horaires insupportables. 18 heures de travail tous les jours ! Côté salaire, rien n'est rose non plus. Ainsi, chaque pièce fabriquée revient à 2 ou 3 centimes pour le fabricant. La plupart des employés sont des femmes qui doivent bien sûr assurer les arrières pour leurs familles. Elles ne peuvent pas quitter leur poste sinon elles seront virées au plus vite. Le travail est donc sous-payé et réalisé dans des conditions impensables. Aucun contrat de travail n'est signé.

Fin 2020, le rapport Public Eye met en lumière les failles de Shein. Dans les ateliers informels situés dans d'anciens immeubles résidentiels, l'espace est minuscule, les couloirs sont remplis de sacs, les éclairages sont faibles et les employés doivent se tenir debout toute la journée. Bien sûr, la sécurité n'est aucunement la priorité. Il n'y a donc aucune sortie de secours et les entrées ne sont pas du tout adaptées si un incendie venait à se propager.

La transparence n'est pas de mise pour les vêtements Shein. La chaîne d'approvisionnement n'est pas du tout communiquée aux acheteurs, c’est-à-dire qu'entre la commande et la fabrication, aucune information n'est donnée.

Des polémiques toujours plus problématiques

 
 
 
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Suite aux révélations de travail forcé, Shein a tenté de mettre tout ça sous le tapis à travers le lancement de sa plateforme de seconde main. Eh oui, Shein se met au vert ! Comptant sur son influente communauté, la marque veut ajouter sa pierre à l'édifice de la mode durable, l'idée étant de réduire le gaspillage textile tout en produisant 2 000 références par jour. On dit souvent que l'enfer est pavé de bonnes intentions.

Récemment, le géant de la fast fashion a multiplié les polémiques. En octobre, Shein a lancé une capsule dédiée à l'artiste mexicaine Frida Kahlo. Cette collaboration avec Frida Kahlo Corp fait grincer des dents certains membres de la famille de Frida. En effet, cette dernière était une fervente militante du droit des travailleurs, ce qui est plutôt ironique compte tenu de la situation.

Beaucoup de petits business sont dans la tourmente à cause de Shein. Le géant du marché n'hésite pas à copier, voire plagier les tendances sur les créateurs renommés ou les petites marques émergentes. Maison Cléo, petite entreprise de vêtements made in France, a été plusieurs fois victime de plagiat. Ses mythiques tricots, si reconnaissables, se sont retrouvés sur l'e-shop de Shein. Ces pionniers de la mode durable n'ont pas beaucoup de poids face à des monstres de l'industrie.

L'idée n'est pas de blâmer les consommateurs, mais simplement d'être au fait de ce qui se passe réellement derrière le rideau. Faut-il acheter toujours plus d'articles qui ne dureront que quelques mois ou consommer de manière plus raisonnée ? Quel est l'avenir de la mode si nous nous dirigeons vers ce type de consommation ? Comment réduire notre impact tout en restant "à la mode" ? 

Tant de questions complexes qu'il faut à tout prix prendre en compte pour notre bien-être et celui de la planète.

 

Tags : vêtements, société, alerte mode