Avouez-le, on a tous un petit attachement aux séries qui ont marqué notre enfance et notre adolescence. Certains parleront avec amour de Hannah Montana ou de la Vie de palace de Zack et Cody. D'autres, plus âgées, ne jurent que par Friends ou la trilogie du samedi soir. Mais, dans un monde où tout est toujours plus éphémère, l'écart entre les générations se creuse de plus en plus vite. S'il y a 50 ans on estimait qu'une génération durait entre 10 et 15 ans, on table plutôt aujourd'hui sur une durée générationnelle de 5 ans.

Ainsi, tous les 5 ans, c'est une nouvelle mouvance qui naît, avec ses références propres et, surtout, son prisme de l'acceptable ou non. Quoi que puissent en dire les millennials, ils sont aujourd'hui dépassés. Les générations A, AA, Y et Z sont passés au bulldozer sur toutes les références chères aux enfants de la fin du millénaire. Si certains chanteurs ont été cancel par les nouvelles générations (comme Eminem par exemple), il y a un grand pan de la Pop Culture qui est régulièrement montré du doigt : les séries sont, pour les nouvelles générations, ce qu'il y a de plus problématique en ce qui concerne les références des années 90. 

Difficile à entendre pour les générations biberonnées à Friends ou à Une Nounou d'enfer, mais les nouveaux cool kids, adorateurs de la mouvance Y2K, n'accrochent pas à ces séries pourtant cultes. La raison ? Elles ne sont plus du tout dans l'air du temps et il ne faut pas être un génie pour s'en rendre compte. Le plus dur, finalement, c'est toujours d'admettre que notre série chouchou, celle qui nous aide à nous endormir le soir, est passablement raciste et/ou homophobe.

Mais du coup, faut-il cancel et jeter aux oubliettes toutes les séries made in 90s ? 

Enjoy,

Les Éclaireuses

Pourquoi les séries des années 90 sont-elles si problématiques ?

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Qu'est-ce qui fait tant grincer des dents dans les séries des années 90 ? Si on évoque certaines séries avec plaisir et qu'on les érige en exemple (certaines ont même formaté toute une génération de féministes), d'autres sont (beaucoup) plus problématiques. 

De prime abord, on pense immédiatement à Friends... Parce que cette série est la source de beaucoup d'interrogations pour la jeune génération. Ils ne comprennent pas comment leurs aînés peuvent être totalement accros à une sitcom aussi problématique. Si pour les millennials, Friends est la série good mood, pour la gen Z, c'est avant tout une série grossophobe, sexiste, homophobe... La liste est longue et difficile de dire qu'ils n'ont pas raison, ces kids. Parce que, lorsque l'on se penche un peu sur le propos de la série (en mettant nos sentiments de côté), c'est vrai que Chandler est bien grossophobe, que Ross est un champion de manspreading et que Joey n'est pas un exemple à suivre... Récemment, Marta Kauffman, la créatrice de la série, a même avoué qu'elle regrettait d'avoir mégenré la mère de Chandler (celle qui est chanteuse à Vegas). "Je crois que ça a mal vieilli", a-t-elle déclaré. Oui, ça a mal vieilli et le décalage est aujourd'hui devenu presque choquant. 

Mais s'il n'y avait que Friends qui était problématique, la question ne se poserait même pas. Cependant, c'est un florilège de séries qui sont aujourd'hui pointées du doigt. Par exemple, Une Nounou d'enfer est une série culte, mais est aussi une série très sexiste. Docteur Queen, femme médecin, n'est également pas en reste question misogynie. La petite maison dans la prairie glorifie le puritanisme et le système patriarcal. Mariée, deux enfants est un exercice de sexisme de haut vol. Le prince de Bel-Air est bourré de clichés... Le point commun entre toutes ces séries ? Le manque de diversité ou de mixité (à croire que l'apartheid était encore en vigueur en 90 aux États-Unis).

Il ne faut pas énormément creuser la question pour admettre que ces séries peuvent, effectivement, être considérées comme problématiques et il n'est pas difficile de comprendre pourquoi la jeune génération, qui a grandi dans un monde post #MeToo et dans l'acceptation de la différence et des communautés, a du mal à accrocher à une série aux discours totalement surannés.

Mais, ces séries méritent-elles pour autant d'être cancel ?

Considérer la série comme ce qu'elle est : une photographie de son époque

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S'il y a bien un aspect qui a du mal à faire son trou dans l'esprit des kids post 2000, c'est qu'une œuvre culturelle, qu'elle soit musicale, picturale, cinématographique ou télévisuelle est toujours constituée en lien avec une période donnée. Rares sont les choses qui sont réellement intemporelles (à part la petite robe noire, difficile de trouver un autre exemple probant). 

Tout ce débat de considération de la période et du passif d'un artiste s'est posée au moment où la gen Z a voulu cancel Eminem sans prendre en considération la période, le message sous-jacent, la carrière de l'homme ou ses prises de parole au fil de sa carrière. Il est essentiel de considérer une pièce culturelle pour ce qu'elle est, soit une photocopie ou le miroir de la société à un instant donné. Il en va de même pour toutes les périodes. Par exemple, les films de l'âge d'or du cinéma américain, aussi cultes et beaux soient-ils, sont également bourrés de stéréotypes et d'une flopée de problèmes.

S'il est évident que les discours tenus dans la majorité des films et séries des années 90 ne passeraient plus aujourd'hui, ils étaient pourtant totalement acceptables il y a 25 ans... Tout simplement parce que le chemin de réflexion sur de nombreux sujets et débats n'en était absolument pas au même point et trop de personnes semblent oublier ce détail.

L'essentiel, ce n'est pas de 'cancel', mais d'éduquer

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Faut-il pour autant 'cancel' ? Non. Car passer sous silence, c'est tuer le débat dans l'œuf. Avoir un regard nouveau sur ces séries a au moins le bénéfice de nous faire nous rendre compte à quel point les choses ont évolué sur certains points et, surtout, du chemin qui a été parcouru à propos de nombreux sujets liés à la sexualité, le physique ou le racisme. Et s'il est évident que les choses sont loin d'être parfaites aujourd'hui, elles ont pourtant bien évolué en 25 ans. 

Mais du coup, que faire pour les millennials qui regardent inlassablement les séries de leur enfance ? On les excuse parce que pour eux, ces séries sont comme des doudous. Un doudou, on sait que ça pue, on sait que c'est sale, on sait que c'est parfois très moche, mais on ne peut s'empêcher de l'aimer. L'idée, c'est surtout d'avoir conscience de pourquoi ces séries sont problématiques et de ne pas le nier. Il ne faut pas non plus hésiter à enrichir son catalogue de binge-watching en ajoutant des séries comme Sex Education ou The Handmaid's Tale, des séries bien ancrées dans leur époque, mais qui pourraient peut-être un jour passer de l'autre côté de la barrière.

 

 

 

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