Si on pensait qu'on avait abandonné la maigreur extrême en même temps que les jeans taille basse, il semblerait que l'on se soit plantées en beauté. Pourquoi ? Parce que la mode est un éternel recommencement et il fallait s'attendre à ce que les tailles basses et le string apparent finissent par revenir dans nos vies. C'est maintenant chose faite : un simple coup d'œil sur les dernières collections (ou l'on voit Paris Hilton fermer le défilé Versace) ou sur les looks qui trends sur TikTok nous prouvent par A+B que nous sommes de nouveau en 2002. 

Mais ce style - aussi régressif soit-il - ne semble pas être revenu seul. Car il y a autre chose qui était tendance dans les années 2000 : c'est la taille zéro et le culte de la maigreur

Dans une période où le body positivisme est aujourd'hui légion, personne ne s'attendait à voir revenir une tendance aussi toxique et dangereuse. Pourtant, les exemples ne manquent pas :les stars, influenceuses et autres personnalités publiques maigrissent à vue d’œil, et c'est loin d'être rassurant.

Les Éclaireuses

Les Kardashian, le baromètre ultime de ce qui est tendance ou non

Tout a commencé au Met Gala, où Kim Kardashian est apparue dans la célèbre robe en sequin de Marilyn Monroe. Sauf que, problème : les deux femmes n'avaient absolument pas le même corps et la même morphologie. Mais qu'à cela ne tienne, rien n'arrête Kim K lorsqu'elle a décidé de briller. La starlette a tout simplement perdu 7 kilos en quelques jours pour pouvoir porter cette robe le temps d'un gala. 

Cela aurait pu s'arrêter là et elle aurait pu reprendre ses habitudes (et son corps iconique en forme de sablier) dès le lendemain de l'évènement, mais de récentes photos prouvent le contraire. La star a fondu comme neige au soleil et il semblerait même qu'elle se soit débarrassée de ses implants mammaires et de son Brazilian Butt Lift (le secret de ses fesses si bombées).

Idem pour sa sœur Kloé, qui a toujours été connue comme la "rondelette" de la famille. Elle est transformée, amincie et quasiment filiforme. 

Pourquoi est-ce que cela est inquiétant ? Parce que la tendance des corps voluptueux, ce sont les Kardashian qui l'ont lancée. Des milliers de femmes ont, elle aussi, sauté le pas de la chirurgie esthétique pour leur ressembler (on estime que la pratique du BBL a augmenté de 77 % aux USA après la popularisation des corps des Kardashian). Toutes les femmes du clan K sont scrutées, écoutées et suivies par des millions de personnes à travers le monde et le moindre changement dans leur quotidien peut être à l'origine d'une toute nouvelle tendance.

 

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Ainsi, les voir maigrir de la sorte peut donner des idées (nocives) à des millions de femmes, mais surtout à des jeunes filles qui, en pleine construction de leur estime de soi, pourraient bien croire que skinny is the new sexy.

Est-ce que la maigreur fait un retour en force ou est-ce qu'on admet enfin qu'elle a toujours été la norme (surtout dans la mode) ?

Cependant, il est tout à fait légitime de se demander si la maigreur est réellement de retour ou si on admet à nouveau qu'elle existe. Car bien que depuis quelques années, le body positivisme est devenu une norme et que l'industrie de la mode a accepté les corps "plus size" sur les podiums, il est impossible de nier que la maigreur a toujours été là. 

Et si les mannequins aux formes diverses ont trouvé leur place sur les podiums, cette idée est sûrement liée à une motivation communicationnelle plutôt qu'à l'acceptation ultime. Car un simple regard sur les castings des défilés phares nous permet de comprendre que non, les corps minces, grands et élancés sont toujours la norme et sont toujours présentés comme l'idéal à atteindre. Idem pour les couvertures des magazines, les corps minces restent la norme et, parfois, un corps un peu différent vient faire sensation. 

Sur Instagram aussi on se rend rapidement compte que l'idéal à atteindre c'est la "clean girl of Instagram", qui est la définition même de la nouvelle girl next door : elle est sportive, mince, belle (souvent blanche), riche et s'habille à la pointe de la mode. Le problème c'est que ce contenu attire beaucoup d'attention sur les réseaux sociaux et c'est ce contenu qui est poussé par la plateforme, et ce, quel que soit l'âge des utilisateurs. En 2021, The Guardian avait partagé une étude menée par Revealing Reality sur ce qui se cache derrière l'algorithme d'Instagram. Un simple like sur une publication fitness et c'est une avalanche d'images de corps parfaits et de techniques d'amaigrissement rapide. Il suffit de coupler ça avec une image de la dernière chanteuse à la mode (évidemment très mince) et c'est un cocktail explosif pour les adolescents qui vont se mettre à aspirer à cette morphologie filiforme (qui peut également être synonyme de TCA).

Prôner la maigreur pour se mettre en marge de la normalité ?

Une autre piste est également à explorer. Dans un monde où le surpoids prend de plus en plus de place (en 2015, 54 % des hommes et 44 % des femmes étaient soit en surpoids, soit en état d'obésité en France), est-ce que le culte de la maigreur n'est pas un moyen détourné pour se mettre en marge de la "masse" ? On le sait, ce qui compte dans l'industrie de la mode et des tendances, c'est l'exclusivité. Dès que quelque chose devient trop mainstream, la fashion sphère perd tout intérêt pour la chose.

Et avec la popularisation et la normalisation des morphologies diverses (donc de la diversité finalement), l'exclusif et la "signature fashion" ont fini par s'effacer au profit de l'acceptation ultime. Il ne serait donc pas étonnant que cette maigreur, aussi dangereuse soit-elle, ne soit interprétée que comme un marqueur de différence entre les gens tendance et les autres. Un paradoxe donc, lorsque l'on sait que jadis, c'était les personnes rondes qui étaient jalousées, laissant la maigreur (et donc le manque alimentaire) au peuple. 

Quelle que soit la raison, le monde marche toujours autant sur la tête et la prévention sur les risques des troubles du comportement alimentaire (TCA) est plus qu'essentielle. En France, on considère que 10 % de la population est concernée par les TCA et ces troubles touchent particulièrement les femmes entre 17 et 25 ans. Plus que jamais, il est primordial d'être vigilante avec soi et avec les autres. Il ne faut jamais oublier que la mode, c'est une idée de la beauté et pas une vérité absolue.

 

 

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