Et si on arrêtait de se mettre la pression pour être 'cette fille' ?

Juliette Gour 16 juin 2022

'That girl', on sait tous qui c'est : elle a un feed Instagram léché, va au sport un jour sur deux, a le temps de cuisiner, une carrière de malade, un mec (ou une nana) beau comme un dieu grec, un style à faire pâlir toutes les it-girls, elle part en vacances tous les 3 mois, a un appartement digne d'un magazine de déco... Et si on arrêtait d'essayer de ressembler à cette fille à tout prix ?

Si les réseaux sociaux nous ont donné un moyen d'expression, ils ont également créé une large fenêtre sur la vie (parfois idéalisée) des autres. On sait tout des gens que l'on suit (qu'ils soient famous ou non) : leurs repas, leurs achats, leurs vacances, leurs coups de blues, leurs joies, leurs coups de gueule, leurs séances de sport... On ne rate jamais une miette de ce qu’ils montrent de leur vie. 

Un poil voyeur, on va même épier les gens sur les réseaux, stalker ceux que l'on n’aime pas et, parfois, on bave d'envie en voyant la vie de "cette fille", celle qui fait tout bien et qui semble avoir une vie réglée comme du papier à musique. Cette fille, elle se lève généralement à 6h, enchaîne avec une heure de yoga, puis c'est petit-déj' (100% Instagramable), ensuite c'est resto avec les copines, shopping, shooting, date avec l'amoureux et soirée romantique digne des films de Richard Curtis.

En somme, cette fille a une vie "de rêve" (tout du moins, elle vit la vie considérée comme Insta Perfect aujourd'hui). 

Sauf qu'il y a évidemment un revers de la médaille. Cette fille, si parfaite, nous a créé des complexes (bien plus forts que l'on ne l'imagine). Elle nous a créé une culpabilité ("si elle peut le faire, je devrais pouvoir, non ?") et une insatisfaction plus ou moins forte de nos quotidiens (certes moins Instagramables, mais tout aussi précieux).

Le moment est venu d'arrêter de vouloir être "cette fille". 

Les Éclaireuses

 

Les effets pervers de "cette fille", parfaite sur Instagram

Pourquoi s'insurger face à un énième profil de fille sympa, mignonne, gentille (parfaite ?) sur Instagram ? Parce qu'elle renvoie (souvent sans même en avoir conscience) tout ce que notre société a fait de plus pervers. Les pressions sont déjà nombreuses (encore plus lorsque l'on est une femme), pas besoin de s’en rajouter des supplémentaires. La safe place que doit normalement être les réseaux sociaux est devenue une course à la perfection et certains sont plus impactés que d'autres. 

De nombreux exemples illustrent à la perfection cet effet négatif que peuvent avoir les images idéales sur certaines personnes (généralement les plus jeunes d'entre nous qui n'ont pas le recul nécessaire pour se rendre compte que la vie digitale n'est qu'une mise en scène). Aux États-Unis, de plus en plus d'adolescents se font opérer pour "avoir un visage similaire aux filtres Instagram, Snapchat ou TikTok". Ces filtres ont créé des envies irréalistes pour toute une génération qui ne désire qu'une chose : voir dans le miroir ce qu'ils voient dans leur objectif de téléphone.

Plus globalement, les spécialistes de la santé mentale considèrent que les cas de dysmorphie liés aux réseaux sociaux ont explosé ces dernières années. Selon les chiffres, 2 à 3% des Français souffriraient de ce mal du quotidien et ce sont évidemment majoritairement des femmes.

Sur les réseaux sociaux, l'effet Halo est poussé à son paroxysme

Malgré tous les mouvements d'acceptation de soi et de body positivisme, il est impossible de nier que sur les réseaux sociaux tout le monde est à la recherche de la beauté ultime. Pourquoi ? Parce que la beauté, ça fait vendre, mais aussi parce que la beauté est un privilège. Nous avons tous déjà entendu cette copine parler du nombre de fois où elle a eu des ristournes ou des petites attentions, juste parce qu'elle était jolie (le féminisme a encore du travail à faire). Cela vient du fait que l'on considère, encore aujourd'hui, que la beauté est un vrai privilège. Elle est aussi synonyme de réussite parce qu'il faut du temps (et de l'argent) pour prendre soin de soi... 

Tout ce principe repose sur l'effet Halo, un terme psychologique établi dans les années 20 par Edward Thorndike. Cette théorie repose sur le fait que tous les humains ont un biais cognitif qui influence la perception de l'autre. Typiquement, on aura tendance à attribuer des qualités positives à quelqu'un qui remplit toutes les cases sociétalement acceptables. Typiquement, on aura toujours tendance à penser qu'une personne séduisante est plus intelligente ou plus riche que quelqu'un qui ne l'est pas.

Ce biais cognitif est ce qui nous fait envier la vie de "cette fille" sur Instagram : elle est belle, donc elle est forcément heureuse ; elle a des vêtements à la mode, donc elle est forcément riche, elle voyage énormément, elle doit forcément avoir une carrière qui lui permet d'avoir les moyens de faire ça... Et devinez quoi ? C'est en se basant sur ce biais de perception normé que de nombreuses personnalités du net se construisent une identité. En ne montrant que le meilleur de leur vie, ils savent pertinemment qu'ils vont attirer le regard, mais également attiser l'envie (et peut-être même la jalousie). L'effet le plus pervers étant (peut-être) le fait qu'ils (les influenceurs) présentent ça comme "facile" et à la "portée de tous". Ainsi, on se mure dans l'idée que, si on n'y arrive pas, c'est qu'on est moins bon que la moyenne.

 

Utiliser la perception de l'autre pour calculer sa valeur

Le plus triste dans cette idéalisation de "cette fille", c'est qu'à force de se comparer, on établit sa "valeur" et on se classe en comparant notre richesse sociale ou personnelle à celle des autres : on va envier celle qui est "mieux" que nous et dévaloriser celle qui est "moins bien" que nous. Tout ce système entraîne une classification des personnes qui se comptabilise au nombre de followers sur Instagram.

Le constat est plutôt négatif : avec l'accessibilité des réseaux sociaux (et l'addiction), nous sommes sans cesse nourris d'un flux permanent d'images et d'informations qui nous poussent, sans cesse, à nous comparer à une pseudonorme dictée par les tendances d'Instagram. Au-delà même de l'effet négatif de la perception de soi que peut provoquer cette comparaison permanente, cet effet pervers peut également développer un syndrome de l'imposteur qui se base sur le fait de ne pas se sentir assez bien, assez "legit" pour avoir une vie qui mérite d'être exposée sur les réseaux sociaux (alors que, dans l'absolu, tout le monde se fiche pas mal de l'EVJF de votre copine Caro).

Mais du coup, comment on fait pour arrêter d'envier "cette fille" ? 

Il y a plusieurs façons qui vous aideront à lutter contre cette envie de vouloir, tout le temps, frôler la "digital perfection". Vous pouvez, évidemment, disparaître totalement des réseaux sociaux. C'est une solution extrême, mais efficace (après cela, vous pourrez aussi reprendre un Nokia 3310, plus besoin d'un smartphone si on a aucune application où scroller indéfiniment). Mais, avant d'arriver à la solution extrême, vous pouvez prendre le temps de faire un gros ménage dans vos abonnements. Désabonnez-vous des comptes qui ne vous inspirent pas, tournez le dos aux influenceurs qui se font parfois moralisateurs... Pour faire simple, créez un fil Instagram qui vous ressemble et vous inspire. Vous pouvez également aller voir du côté des comptes qui déculpabilisent, comme celui d'@elina__rose ou celui de @danaemercer. Ces deux comptes sont l'exemple parfait de l'anti "that girl" : elles se montrent humaines et, surtout, parlent sans tabou des aspects négatifs (et toxiques) des réseaux sociaux.

Mais le plus important, c'est de simplement arrêter de se mettre une pression au quotidien pour frôler la perfection. Dans un monde où il est toujours plus essentiel d'être productif, on a perdu le goût du temps qui passe et de la contemplation. Le mieux, finalement, c'est d'aller à son rythme et de ne faire que les choses qui nous plaisent réellement sans se forcer.

Et, surtout, on ne perd jamais de vue le fait que, sans vous en rendre compte, vous êtes peut-être "cette fille" pour quelqu'un : une amie, une collègue, une fille qui vous croise en terrasse de café... Il n'y a pas de prototype unique pour être une personne parfaite. Tout le monde a un curseur de perfection qui est différent et nous n'accordons pas tous la même importance aux choses.

Moralité : on arrête de se prendre la tête et on essaye, sans pression, de toujours prendre un maximum de plaisir et, si la table du brunch de dimanche prochain n'est pas 100% Instagramable, ce n'est pas grave !

 

 

Tags : instagram, société, psychologie

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