Depuis quelques années, les langues se délient et les réflexions vont bon train sur tout ce qui compose notre quotidien. Les forces et faiblesses de chacun, les challenges, les habitudes - parfois toxiques - et les comportements inconscients et intégrés. 

Grâce à des gens avisés, on a pu mettre un mot et des explications autour de notions parfaitement intégrées à notre société depuis des siècles. Mais intégré ne signifie pas acceptable. Ainsi, on a pu nommer la charge mentale, la définir, l'expliquer et donner des pistes de guérison (parce que, comme une maladie, elle gangrène le quotidien de nombreuses personnes). À la notion de charge mentale, s'est ensuite ajoutée la charge émotionnelle, un concept qui, encore une fois, vise à mettre en lumière les inégalités dans le couple ou le foyer. Dernière composante de ce triptyque de l'enfer, la charge sexuelle. C'est la dernière à avoir été "théorisée", pourtant, c'est loin d'être un concept nouveau. 

Malheureusement, le point commun entre ces 3 concepts de pression, c'est qu'ils s'imposent quasi systématiquement aux femmes. 

Rien de hasardeux derrière, déconstruire près de 2000 ans d'histoire patriarcale ne se fait pas en un jour. En parler, c'est déjà s'attaquer à une partie du problème. En les nommant, en les évoquant, en les rendant lisibles et visibles, on permet de lever l'épais voile qui entoure cette pression intégrée du quotidien. La charge intime, ou sexuelle, reste la moins évoquée. Comme tout ce qui touche à l'intime et à ce qu'il se passe sous la couette, les langues ont du mal à se délier. Pourtant, il ne faut ni minimiser ni ignorer les nombreux facteurs de cette charge. 

Voici comment identifier, comprendre et trouver des solutions pour bannir, pour toujours, la charge mentale de nos chambres à coucher. 

Les Éclaireuses

 

Une charge induite par une dualité dans l'éducation des hommes et des femmes

 
 
 
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Avant d'énumérer tous les facteurs inclus dans la charge intime et/ou sexuelle, il est important d'en comprendre la cause. Comme souvent, le grand responsable des comportements normés et des idées préconçues, c'est l'éducation, mais surtout le fossé gargantuesque qu'il y a entre les notions intégrées comme féminines et celles réservées aux hommes. Même si la société avance, les habitudes ont la vie dure. On tend à croire que l'on tient le bon bout, que les normes inculquées tendent à changer, mais il faudra encore attendre quelques générations. Pour l'instant, celles et ceux qui sont en âge de comprendre et de perpétuer - involontairement - ces comportements et ces injonctions sont de la génération ant. #Meetooant. charge mentale et ant. libération de la parole. Trop longtemps, on a scindé l'éducation des enfants en deux : les petits garçons sont beaux, forts et aiment le bricolage et les petites filles sont mignonnes, douces, délicates et sensibles. En grandissant, ces enfants sont devenus virils, dominant, bestial pour le garçon et délicate, réservée, à l'écoute des besoins de l'autre pour les filles. 


Schématisés de la sorte, les faits semblent lunaires, et pourtant. Bien souvent, dans notre éducation occidentale, on se retrouve dans un schéma d'opposition similaire, avec des concepts bien distincts selon le genre. 

Cette différente se retrouve aussi dans la façon d'enseigner les choses de la vie et d'évoquer la vie sexuelle. On parlera pénis, plaisir et masturbation aux hommes alors que l'on évoquera que des choses très anatomiques et très "médicales" aux filles (type cycle menstruel, contraception, grossesse), sans évoquer la partie plaisir, ou anatomie générale (effectivement, le clitoris ne "sert à rien" dans les faits, à part donner du plaisir, alors à quoi bon en parler). 

C'est donc sur ces bases que se construisent nos conceptions de la vie sexuelle. Que ce soit du côté masculin comme du côté féminin, nous avons fini par intégrer des comportements qui ont construit une certaine vision de vivre et de concevoir la sexualité et les rapports amoureux. Pourquoi en parler alors, s'ils sont totalement intégrés ? Parce qu'ils font subir une pression polymorphe à l'une des deux parties, c'est en ça que ce sont des attitudes toxiques et contraignantes

 

C'est quasiment toujours aux femmes de prendre en charge la contraception

 
 
 
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À croire qu'il n'y a que les personnes qui craignent d'attraper un bébé qui doivent être informées et sensibilisées sur comment se protéger. Blague à part, en France, les femmes se préoccupent seules de leur contraception. Elles sont 71,8% à avoir recourt à une contraception médicalisée, comprenez pilule, stérilet, implant, patch, anneau, injection ou stérilisation (Santé publique France, 2016). Ce que cela sous-entend, c'est que ce sont aux femmes de se prémunir face aux éventuelles grossesses indésirées, et ce, qu'elles soient en couple ou non. 

Souvent, les hommes ne se soucient pas, ou peu, de la contraception. Leur éducation s'arrête souvent au port du préservatif (souvent boudé) et la sensibilisation aux IST est moins forte dans l'éducation masculine en comparaison de celle des femmes (sauf pour le VIH). Au-delà de la contraception, les hommes n'ont aucunement conscience, ou peu, des effets secondaires subit par les femmes lors de la prise de contraceptif. On a relayé ça à "des problèmes de nanas" donc pas besoin de les embêter avec ça, ça ne les concerne finalement pas. 

Sauf que, dans une relation, le gap qu'il peut y avoir à cause d'une gestion inégale de la contraception peut être une source de stress et de pression pour la femme. Plus que la prise quotidienne d'un contraceptif, cela englobe beaucoup d'autres facteurs : un suivi médical, un coût (tous les contraceptifs ne sont pas remboursés), une nécessité d'être attentive aux changements du corps... En somme un joyeux package qui ne fait qu'ajouter plus de complexité au quotidien. 

Mais les solutions alternatives ne sont pas faciles à trouver. Il est encore difficile pour un homme de demander une vasectomie, la pilule pour homme est en projet depuis des années (jugée trop contraignante à cause des effets secondaires, sa commercialisation a été lourdement ralentie), les spermicides ne sont efficaces qu'à 71% (et donc plus risqués)... Cela semble être un problème sans solution valable pour le moment. 

 

La charge érotique, ou l'injonction qui pousse les femmes à être toujours plus sexy et sensuelle

 
 
 
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"Epilée et sensuelle, tu seras, ma fille". L'illustratrice Emma (auteure de la BD "Un autre regard") résume bien cette idée : "Tout nous conditionne à penser que le rôle des femmes, c'est de donner aux hommes l'envie de la séduire". Cela va même plus loin, on nous pousse à être toujours : plus érotique, plus épilée, plus sexy, plus sensuelle, plus demandeuse, plus à l'écoute des envies de son partenaire. Parce que finalement, on réduit les femmes à faire pour séduire et pas pour elle et seulement pour elle. Pourquoi une femme devrait-elle s'épiler que pour son compagnon (ou sa compagne), mettre de la lingerie fine pour son compagnon, se maquiller pour son compagnon ? On a totalement occulté le fait que les femmes puissent faire tout ça pour elle, pour se plaire à elle-même ou alors ne pas le faire du tout parce qu'elles n'aiment pas ça. 

Ce "privilège de l'esthétique" pèse lourd sur l'estime de soi et sur le portefeuille, parce que tout à un coût, surtout la lingerie. On attend souvent d'une femme qu'elle soit toujours à la recherche de l'approbation et du regard de son partenaire. Pourtant, on n'a jamais suggéré à un homme de présenter un pubis parfaitement épilé ou de porter un caleçon et des chaussettes assortis s'il compte passer à l'acte avec sa partenaire. 

Même si, dans le fond, tous ces outils donnent aux femmes le privilège des armes, ce n'est ni plus ni moins qu'une cage dorée si tout est fait dans le but de plaire à l'autre et seulement à l'autre. Si s'apprêter devient une corvée, une obligation pour être sûre d'avoir l'attention de son partenaire, c'est qu'il y a un problème dans la conception des choses. La féminité ne dépend pas d'un pubis parfaitement épilé ou d'un soutien-gorge pigeonnant, cela va (heureusement) bien au-delà de tous ces artifices. 

Le plus grand paradoxe, c'est la schizophrénie de la société sur cette question de féminité : dans la chambre à coucher, la féminité poussée à son extrême est acceptable, mais pas dans l'espace public. Encore une fois, on se retrouve dans le schéma de la maman (comprenez la discrète) et de la putain. Ce qui tient du sexy ne serait finalement acceptable que dans "un cadre privé et amoureux". Et ce rapport à la sensualité est encore la source de nombreux stéréotypes sexistes qui commencent dans la rue et finissent dans la chambre à coucher.

 

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La charge orgasmique, ou la nécessité de jouir, fort et correctement

 
 
 
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Même si les esprits s'assouplissent sur la question du plaisir féminin. Pourtant, la considération phallocentrée des rapports sexuels induit toujours un certain déséquilibre dans les plaisirs charnels. Trop souvent, c'est à la femme de se caler sur le rythme de l'homme, même si elle est celle des deux qui est pénétrée dans le rapport. "Être là pour lui, pour son plaisir", on croirait lire un conseil tout droit sorti d'un manuel de "Comment être une bonne épouse en 1850", mais pour beaucoup d'hommes, c'est encore ce schéma qui est en vigueur. La plus belle preuve que cette idée est encore bien ancrée : un rapport sexuel se termine lorsque l'homme a joui (c'est d'ailleurs une image bien véhiculée dans le porno). 

Ainsi, cette idée reçue construit une croyance qui sous-entend que seul le plaisir masculin compte dans le rapport sexuel. C'est si vrai que près de 49% des femmes admettent éprouver des difficultés à atteindre l'orgasme lors d'un rapport partagé. Autre preuve de ce fossé orgasmique, la réticence de beaucoup d'hommes à pratiquer le cunnilingus alors que la fellation est souvent considérée comme obligatoire. C'est donc aux femmes d'apprendre à faire décoller un homme, d'être "des bons coups", celle qui tape dans le mille à chaque fois, tout en restant mignonne et réservée, mais en s'informant, en explorant et en connaissant les secrets d'un bon rapport sur le bout des doigts. 

On n'évoquera même pas la simulation féminine souvent faite pour conforter les hommes dans leurs performances. Toujours chercher à les rassurer, leur montrer que, oui, ils sont bons, sans pour autant être demandeuse, chercher à être le centre de l'attention. C'est tellement rare de trouver un partenaire qui s'occupe réellement de son plaisir que ça en devient presque une fierté dans les discussions entre femmes. Là est le problème, cela ne devrait pas être une exception, la jouissance ne devrait pas être pour l'un des partenaires au détriment de l'autre, mais plutôt sur un principe d'équilibre et d'envies.  

 

La charge médicale est aussi de la responsabilité des femmes

 
 
 
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Ce sont également les femmes qui gèrent la santé du couple. Une IST, c'est madame qui s'en occupe, problèmes sous la couette, c'est encore madame qui remet son plaisir en question et qui va chez la sexologue. Rares sont les hommes qui vont chez l'andrologue (spécialiste du système reproducteur masculin), alors que les femmes vont chez le gynécologue au minimum une fois pas an. 

On se rend donc compte qu'il y a aussi un rapport genré à la médecine. Si les hommes ont tendance à bomber le torse et penser que rien ne peut les atteindre, pas même une IST, on apprend aux femmes à être à l'écoute du moindre signe étrange : des pertes différentes, des douleurs pendant les règles, une grosseur sur le sein, on sensibilise très tôt les femmes à la santé, on les encourage à consulter, seules, comme des grandes. Encore une fois, cette habitude vient de comportements intégrés et reproduits : on voit nos mères s'occuper de nos vaccins, des rendez-vous médicaux de la famille, du coup, on intègre cela comme "une mission féminine" et on finit par reproduire le schéma avec nous-mêmes et dans nos relations de couple. 

 

Comment faire pour inverser cette tendance et ramener de l'égalité dans les rapports intimes

 
 
 
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Heureusement, ce n'est pas une fatalité, mais comme souvent, tout est toujours une question d'éducation. Sensibiliser, en parler, évoquer le problème, c'est souvent commencer à le régler. Ne plus diviser l'éducation sexuelle entre les hommes et les femmes pour le voir sous un biais global et général qui inclut le plaisir et les envies de tous est primordial. Mais, la matière est encore trop timide ou boudée dans les établissements français. Bien qu'obligatoire, elle reste très sommaire et survole des questions qui devraient être essentielles. 

Il faut également pousser les hommes à se questionner sur l'autre, sur comment fonctionne le corps des femmes, la contraception et tout ce que cela implique. Dans un couple, il ne faut pas hésiter à parler, communiquer est toujours la clé et évoquer une gêne, une pression ou une source de stress ne devrait pas être quelque chose de problématique. Pour les questions de contraception, le partage des coûts est souvent la solution reine, pour permettre de prendre conscience aux deux parties de la charge. 

Enfin, souvent, il est essentiel de repartir de zéro et de réapprendre à aborder sa sexualité vierge de tous concepts préconstruits. Être à l'écoute de l'autre, de ses envies, n'est jamais une mauvaise chose, mais seulement lorsque cela se fait de façon équitable dans le couple.