Si 50 Shades of Grey popularisaient le mummy porn il y a quelques années en faisant frissonner de plaisir les ménagères du monde entier, un virage cinglant a été pris dans les œuvres fictionnelles depuis : que ce soit dans les films ou les séries, les réalisateurs sont loin d'être avares en scènes de sexe, c'est même d'ailleurs tout l'inverse. Les esprits se sont débridés et les scènes calientes sont devenues monnaie courante.

La quintessence même de cette tendance réside dans l'apparition de séries et de films essentiellement basés sur la sexualité. On pense notamment à la série SexLife (qui a chamboulé plus d'un spectateur), mais aussi (et surtout) à 365 DNI. Réalisé en 2020, ce film polonais a fait une entrée remarquée dans le catalogue Netflix... Mais ce n'est ni pour son scénario travaillé ni pour la qualité des dialogues (on n'évoquera même pas le doublage).

Si le film a eu autant de succès, c'est, un peu, grâce à la plastique de Michele Morrone, personnage principal de l'intrigue, mais surtout grâce aux scènes de sexe qui viennent ajouter un peu de piment à nos quotidiens un peu trop routiniers. 

Mais tout irait bien dans le meilleur des mondes si c'était un film un poil mauvais sur une histoire d'amour à la sauce sicilienne... Le problème derrière ces films, c'est qu'ils véhiculent pléthores de messages plus négatifs les uns que les autres et qu'ils envoient valser près de 100 ans de combat féministe en 3 heures à peine.

Le moment est venu de remettre les pendules à l'heure... 

Les Éclaireuses

 
 
 
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La normalisation du viol

Autant commencer par le début de la saga. Si le second opus connaît un véritable succès et qu'un troisième film a d'ores et déjà été confirmé, il est essentiel, pour retracer toute la cartographie de ce qui dérange dans cette "œuvre", de commencer par le commencement, à savoir la scène de viol qui a lieu dès les 10 premières minutes du film : le beau Massimo, un poil impulsif, se dit que c'est quelque chose de tout à fait acceptable que de forcer son hôtesse de l'air à lui faire une fellation. Cet acte, qui est de forcer quelqu'un à avoir toute forme de pratique sexuelle sans consentement préalable est tout simplement un viol.

Dès les 10 premières minutes, le film pose les bases : il sera violent (sous couvert de masculinité sexy) et va aller à l'encontre de tout ce que l'entendement ne devrait pas laisser passer. Pourtant, bien que cette scène de viol soit aussi choquante que déroutante, ce n'est malheureusement pas le pire dans ces films.

Une seconde scène de viol arrive quelques minutes plus tard. Après que Massimo ait, plus ou moins, enlevé une femme et attaché cette dernière au siège de son jet privé, il se dit que c'est une bonne idée de glisser sa main dans la culotte de la jeune femme (sans son autorisation, sinon c'est moins drôle) pour être sûr que son nouveau jouet est prêt à l'emploi. Cette scène, tout comme la fellation forcée, réduit à néant toute la notion de consentement et tous les combats posts #metoo. Parce que, finalement, fiction mise à part, qu'est-ce qui différencie réellement Massimo et Harvey Weinstein ?

La glamourification du syndrome de Stockholm

Il est vrai que passé un certain âge, les histoires de princes et de princesses sont un peu boring. Mais dès que l'on ajoute dans l'équation un mafieux passablement sexy, macho à souhait et une belle jeune fille qui essaye de faire croire qu'elle fait ce qu'elle veut, ça fait des étincelles. Le plot est très simple, le beau Massimo, après avoir violé son hôtesse de l'air, tombe éperdument amoureux d'une jeune Polonaise. Mais le garçon est un poil impatient et n'a absolument pas envie de perdre son temps à faire la cour à la jolie Laura. Il décide donc de l'enlever, de la séquestrer dans son beau manoir en Sicile et de lui donner 365 jours pour tomber amoureuse de lui.

Et devinez quoi ? Il ne faudra pas plus de quelques semaines à Laura pour tomber sous le charme du beau brun. Mais évidemment, l'amour ne naîtra pas simplement de la collocation des deux jeunes personnes. Après quelques parties de jambes en l'air et des cadeaux outrageusement chers, la jeune femme finira par succomber à tous les charmes de Massimo. Parce que c'est bien connu, offrir des chaussures à une femme règle tous les problèmes.

Sauf que dans les faits, la jeune Laura est plus ou moins victime d'un syndrome de Stockholm. Cela paraît sexy à l'image, car l'homme à l'origine de son enlèvement est sexy, riche et coche toutes les cases de la masculinité toxique. Si, au contraire, le ravisseur était un homme qui vivait dans une cave et qui avait un physique plutôt désavantageux, le film ne serait plus une histoire "d'amour", mais un thriller.

Et c'est là que ça pose problème, car si le film est déconseillé aux moins de 16 ans, il est tout à fait possible que des adolescents tombent dessus… Est-ce que c'est vraiment nécessaire de faire croire aux jeunes filles qu'être une femme trophée est le rêve absolu ou de laisser penser aux jeunes garçons que pour plaire aux femmes il faut être violent et pratiquer une masculinité poussée à l'extrême ?

 

 
 
 
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La glorification de la bonne épouse soumise 

Même si elle essaye de nous faire croire l'inverse, le personnage de Laura est profondément soumis et à la merci des volontés de Massimo. En soi, ce serait quelque chose de tout à fait normal si le film mettait en avant l'aspect "syndrome de Stockholm". Mais, il n'en est rien. L'intrigue nous fait comprendre que c'est son choix à elle que de rester avec Massimo et qu'elle a fini par tomber éperdument amoureuse de lui grâce à ses performances sexuelles (cela va de soi), mais aussi grâce à la grande générosité du jeune homme qui lui offre tout ce dont elle a rêvé : des chaussures, des robes, des sacs et même un magasin de vêtements après qu'elle lui ait avoué qu'elle souhaitait continuer de travailler.

Ainsi, petit à petit, la personnalité de Laura (si tenté qu'elle en ait eu une) s'efface au profit des désirs de son ravisseur/époux. Elle finit par devenir le cliché de base de l'épouse de millionnaire qui, par ennui, finit par coucher avec le jardinier (qui est évidemment jeune et sexy).

Pour finir, le film nous fait croire que la masculinité toxique est le summum du sexy et de l'enviable

Massimo ne parle pas de ses émotions, Massimo ne pleure pas, Massimo a des failles, mais ne les montre pas, Massimo a une big dick energy, deux gros pistolets et une libido proche de celle du bonobo.

Ce personnage n'est ni plus ni moins que ce que la masculinité toxique a fait de pire. Il est macho, vulgaire, pervers narcissique, manipulateur, capricieux... En somme, l'image parfaite et surannée de l'idée que l'on devrait se faire d'un homme. Cette image est en totale opposition aux courants actuels qui veulent mettre en avant une image plus douce de la masculinité. À l'heure où les esprits essayent de s'éveiller et où des hommes comme Harry Styles ou Timothée Chalamet essayent de faire changer un peu les choses en proposant une autre vision de la virilité, ce personnage détruit tout ce travail de fourmis. 

On revient à l'image de l'homme primitif, celui qui ne s'encombre pas des émotions et que l’on ne voit jamais pleurer. Encore que si ce n'était que cet aspect qui était mis en avant ce ne serait pas dramatique. Le plus gros problème dans le personnage de Massimo, c'est sa fâcheuse tendance à vouloir tout contrôler et à manipuler son épouse en jouant sur un chaud/froid déroutant (même pour le spectateur). En somme, le personnage de Massimo est ce que l'on peut faire de pire en matière d'homme (une fois évidemment qu'on a retiré la plastique de rêve et le compte en banque bien rempli). 

Netflix, qui a classé ce film dans la catégorie Romance, essuie depuis la sortie du premier film de vives critiques (et on comprend pourquoi). Le second opus a lui aussi provoqué de nombreuses émotions (positives comme négatives). Et, malgré tous les problèmes que représente ce film, il jouit d'une popularité extraordinaire. Comme si cette version bourrée de testostérone de La Belle et la Bête autorisait les spectateurs (et surtout les spectatrices) à fantasmer sur une vie où tous les conflits peuvent être réglés par une partie de jambes en l'air. 

En revanche, pour la qualité des scènes de sexe, il faudra repasser. Si tous les codes de la sexualité phallocentrée sont respectés, elles n'en restent pas moins d'un ennui mortel. À vouloir de l'érotisme, autant se rabattre sur d'autres films beaucoup plus léchés avec un esthétisme assumé. 

 

 

 

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