Des clichés de sa tête au réveil révélant cernes et boutons, de son ventre gonflé en fin de journée, un gros plan sur ses vergetures ou sa cellulite, des femmes rondes ou minces en bikini avec une petite légende inspirante sur le poids, le physique et le regard des autres... C'est en partie ce qui illustre le mouvement "#BodyPositive" sur les réseaux sociaux.

À l'heure où l'image que l'on renvoie sur Internet nous importe autant (voire plus) que celle dans la vraie vie, le Body positive est un mouvement qui se veut engagé et libérateur du carcan esthétique de la société. Une silhouette mince et élancée, un teint clair mais pas blafard, une poitrine pas trop proéminente mais pas inexistante non plus, une peau lisse sans imperfections, des cheveux souples, ni trop clairs ni trop foncés : la femme parfaite rassemblerait tous ces critères physiques. Une femme tout droit sortie des magazines, en fin de compte.

Le Body positivisme, en opposition au body shaming, consiste à faire valoir tous les corps, toutes les physionomies. Un hashtag à l'onde de choc mondiale, qui a retenti dans le domaine de la mode et des paillettes. Certaines marques ont été réceptives et ont ainsi décidé de ne plus retoucher les mannequins sur les photographies ou plus encore, de prendre des modèles qui sortent des normes de beauté.

Un mouvement bienveillant, pour décomplexer, représenter les femmes (et les hommes bien qu'ils soient moins impactés par ce phénomène) telles qu'elles existent réellement dans le monde, et non en présentant une version édulcorée de la gent féminine. Finalement, l'ambition est de tendre vers la fin de la diffusion de standards de beauté surréalistes.

Vouloir le bien-être des femmes, a priori tout le monde adhère à cette idée. Comment ne pas être en accord avec une cause si noble ? Pourtant, une question se pose. Comment expliquer que les régimes minceur, la chirurgie esthétique, la pratique du sport à outrance dans un but purement esthétique occupent une place grandissante dans notre société, au même titre que le Body positive ?

On constate une réelle dichotomie dans la société, mais également au sein même des individus qui la composent. Beaucoup approuvent les idées et la théorie du mouvement, sans pour autant vouloir appliquer cette pensée personnellement. Une contradiction anormale ? En réalité, pas tant que cela.

Enjoy,

Les Éclaireuses

 

Le Body positive, qu'est-ce que c'est ?

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Contrairement à ce que l'on peut penser, le Body positive n'est pas un phénomène né sur les réseaux. En 1996, Connie Sobczak et Elizabeth Scott fondent l'organisation The Body Positive à la suite de la mort de la sœur de Connie, qui avait développé des troubles de l'alimentation durant son adolescence. L'organisation a pour mission d'aider les gens à avoir une meilleure image d'eux-mêmes et de les aider à se concentrer sur des sujets plus importants que des normes de beauté grâce à des ateliers et des formations.

Avec l'apparition d'Internet et des plateformes de partage, le mouvement s'est démocratisé et est devenu viral. Depuis 5 ans environ, le #bodypositive s'est décliné en de nombreux autres hashtags, comptabilisant des millions et des millions de publications. Une véritable communauté s'est créée autour de ce mouvement qui se manifeste sur les réseaux par des publications sans filtre, sans retouches, avec un discours inspirant ou des citations impactantes.

L'objectif de cette fédération ? Prôner l'acceptation de son corps tel qu’il est, parler sans tabou de sa relation avec celui-ci que l’on se sente trop grosse, ou au contraire trop maigre, faire la paix avec son corps.

L'envie des femmes qui suivent le mouvement ? Faire entendre la voix des personnes qui n’ont pas un corps dans la norme représentée par notre société actuelle. C'est démocratiser les corps qui sortent des sentiers tracés par l'industrie de la mode, représenter la diversité des femmes qui peuplent cette Terre, et normaliser tout ce qui a longtemps été diabolisé.

Il ne s’agit pas de décrier les femmes minces au profit des femmes plus corpulentes : le principe n’est pas de changer son idée de la perfection mais plutôt de comprendre que la perfection... est polymorphe ! La perfection est subjective, notre idéal n'est probablement pas le même que notre voisin. Une phrase qui résume l’essence même du mouvement ? Toutes les physionomies ont de la valeur. Il n’existe pas de bonne ou de mauvaise morphologie.

 

Un mouvement bienveillant auquel il semble difficile de ne pas adhérer

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Comme on le disait, le body positivisme n'envisage pas de pointer du doigt les femmes qui correspondent aux critères du corps idéal, mais plutôt les entreprises qui mettent en avant seulement ces femmes et participent ainsi à la création de standards de beauté fermés et hétéroclites.

La bienveillance, c'est ce qui caractérise cette mobilisation. La cause est noble : contribuer à l'acceptation de chacune, aider à parcourir un chemin qui demande parfois un dur labeur.

Même si l'on ne se revendique pas clairement et explicitement "body positive", toute personne ouverte d'esprit (ou pas d'ailleurs), qui est consciente de la réalité du monde qui l'entoure et des individus qui le composent partage "l'idéologie" du mouvement.

En effet, il serait difficile de comprendre comment l'on pourrait être contre ce mouvement. Ne pas être en accord avec son ambition reviendrait finalement à accomplir la même chose, la même discrimination si l'on pousse un peu, que les magazines : prôner des critères de beauté restreints, faire l'apologie du corps "parfait" et participer à la naissance d'un mal-être chez les femmes qui ne correspondent pas à ces normes (soit la majorité de la population féminine mondiale).

  

"Acceptez-vous tel que vous êtes", une nouvelle injonction

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Un mouvement louable donc, prônant l'acceptation de soi, de son corps, de ses imperfections. Cependant, lorsqu'on se retrouve confrontée à toute cette vague de body positivisme, le message est susceptible de raisonner différemment en nous.
D'une aide pour nous accepter telles que nous sommes, le body positivisme peut se transformer en une véritable injonction : vous devez vous accepter telle que vous êtes.
En fait, être à l'aise dans ses baskets est devenu une nouvelle règle.

Chez certaines, le body positivisme crée alors une nouvelle charge mentale. En effet, être à l'aise avec son apparence n’est pas forcément inné et naturel. L'objectif d'acceptation peut finalement devenir un poids supplémentaire donnant naissance à de la culpabilité. La culpabilité de ne pas y arriver, la culpabilité de ne pas aimer ses cuisses trop grosses, de ne pas aimer ses boutons, de ne pas aimer sa poitrine trop petite.

Le Body positivisme serait presque devenu la norme aujourd'hui, du moins sur les réseaux sociaux. À tel point que l'on n'ose plus se plaindre de ses kilos en trop ou de son teint trop pâle. Désormais, les personnes qui retouchent leurs photos ou qui utilisent un filtre lissant sont critiquées et dénigrées.

 

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J'adhère à l'idéologie en théorie, mais je ne veux pas me contenter de mon corps

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Sommes-nous obligées de nous convertir au Body positivisme ? Sommes-nous forcées à nous accepter telles que nous sommes ? Ne pouvons-nous pas simplement être en faveur de la diversité des corps, de l'acceptation de soi, sans pour autant s'accepter soi-même ?

Lorsque l'on se penche sur le sujet, nombreux sont ceux qui dénoncent la monovision de la beauté et du corps idéal, mais qui ne s'apprécient pas pour autant. On peut trouver des femmes rondes belles mais ne pas aimer ses propres poignées d'amour. On peut trouver sublimes des personnes avec les cheveux frisés sans aimer ses propres boucles. Pourquoi ? Si j’aime cela chez les autres, pourquoi je ne l’aimerais pas chez moi ?

D'abord, il y a la théorie et la pratique, le fameux "plus facile à dire qu’à faire". Pour beaucoup, l'acceptation totale de soi reste une théorie inaccessible, une légende. Et cela malgré toute la bonne volonté que l'on fournit.

Néanmoins, pour certains, cela relève d'un choix purement personnel. Beaucoup ne veulent pas se contenter de leur physique. Et c’est tout à fait OK ! Pourtant, cela ne les empêche pas de partager l'idée qu'il faut s'accepter telle que l'on est.

Mais alors pourquoi ce choix ? Peut-être que nous sommes plus exigeantes avec nous-mêmes. Pour preuve, nous voyons toujours nos défauts avant de voir nos qualités. Alors concrètement, cela se traduit par le fait que nous comprenons le mouvement, nous pouvons même le prôner. C'est vrai, qui n'a jamais dit à une amie qui souhaitait perdre du poids "Mais non, tu es très bien comme tu es, tu devrais t'aimer ainsi", alors que voulions nous-mêmes perdre nos kilos superflus ? Pour autant, hors de question pour nous de songer à s'habituer à cette cellulite qui s'installe sur nos fesses. On ne l'aime pas, on ne trouve pas cela esthétique et ça ne sera jamais le cas. 

La réalité, c'est qu'il est plus facile d'accepter quelque chose sur les autres que sur soi. Pourquoi ? Simplement car c'est nous qui portons le jugement sur les autres. Il est indéniablement plus simple de juger que de subir un jugement. Et l'on sait qu'aujourd'hui encore, notre société associe le surpoids  à un manque de volonté, à une paresse. Une personne avec des boutons ou des poils sera considérée comme une personne qui ne prend pas soin d'elle, plus abjecte encore, comme une personne sale. Que l'on pense que nous nous négligeons, hors de question !

Alors oui, nous pouvons prôner l'acceptation de soi, sans pour autant avoir choisi de l'appliquer. Cette dichotomie n'est pas ni surréaliste ni anormale. L'être humain est un être qui fonctionne ainsi, il est contradictoire et antagoniste, rien n'est jamais tout blanc ou tout noir. Peut-être faisons-nous encore partie de la génération trop influencée et matrixée par les diktats de beauté et soucieuse du regard des autres. Mais l'on ne cessera de rappeler qu'une personne bien dans son corps et bien dans sa tête est une personne qui s'épanouit avec ses propres choix.