Vendredi soir, 19h35, le rendez-vous est donné en terrasse pour débriefer entre copines de la quotidienneté et des petites surprises de la vie. Mais lors de ce rituel si installé, nous avons toutes et tous déjà eu cette conversation un peu étrange avec une amie qui parle de son compagnon du moment. Malgré le portrait peu glorieux qu'elle s'évertue à faire du garçon, elle ne semble pourtant pas décidée à s'en séparer. Pourquoi ? "C'est un bon coup" qu'elle répondra d'un ton désinvolte. 

Cette situation, aussi légère soit-elle, est pourtant très parlante sur notre société, notre rapport au couple et à l'affection. Dans un monde où l'amour reste le goal ultime, nous avons parfois tendance à nous mettre des œillères pour ne pas voir l'évidence. On se noie dans des relations toxiques, on s'accroche à des partenaires qui sont loin d'être idéaux et on s'enterre dans une addiction à l'autre, aussi destructrice que le meilleur opium du monde.

La question étant : pourquoi est-ce que l'on s'oblige à donner le change et à justifier notre attachement (allant même jusqu'à se mentir à soi-même) ? Bien sûr, la réponse est complexe et, en ce qui concerne l'amour et la relation à l'autre, rien n'est jamais simple. La preuve.

Enjoy,

Les Éclaireuses

 

Se poser les bonnes questions sur l'amour et sur nos sentiments

Est-ce que c'est si facile de savoir que l'on est amoureux ? Pour les personnes qui ont connu ou qui connaissent ce sentiment, cela semble très évident. Il y a les amoureux aux premiers regards, qui confessent "avoir senti une étincelle au premier regard" lorsque d'autres avouent "s'en être rendu compte au fur et à mesure". Naturellement, le manque, les pensées dirigées vers l'autre et les papillons dans le ventre font aussi partie du package.

Lorsque l'on questionne les amoureux, c'est presque tous en chœur qu'ils nous répondent que "si on se demande si l'on est amoureux, c'est qu'on ne l'est pas vraiment". Mais, du coup, c'est quoi l'amour et, surtout, comment être sûr que l'on est réellement amoureux et que ce n'est pas de la dépendance affective ? 

Parce qu'il est important de prendre conscience d'une chose : derrière l'image du couple (plus ou moins attractive) peut se cacher une chose très sombre qui tient plus de la dépendance (pour ne pas dire addiction) qu'à de l'amour véritable. Le problème, c'est que l'on a cruellement tendance à confondre amour et dépendance (la faute à notre idéalisation du partenaire toxique).

Il y a des signes qui ne trompent pas sur la question de la dépendance affective, comme le fait de ne plus vivre qu'en fonction de son partenaire, ne pas supporter la solitude ou encore ne faire les choses qu'en fonction de son partenaire.

Est-ce que c'est la peur de la solitude qui vous pousse à vous accrocher ? 

Que ce soit directement lié à la pression de la société ou à une peur assez partagée de la solitude (et plus globalement du célibat), en observant les relations amoureuses de plus près, on se rend rapidement compte qu'il y a un grand nombre de gens qui s'accrochent, coûte que coûte, à un partenaire toxique ou à une relation destinée à mourir. 

Selon Samantha Joel et Geoff MacDonald, professeurs à l'université de Toronto, cette volonté de s’accrocher mordicus à une relation serait directement liée à notre instinct de survie et au biais de progression. Ce biais nous pousse à rester avec une personne et à occulter le fait que notre choix de partenaire potentiel est en réalité bien plus large qu'on ne le pense. En fait, on se met des barrières inconscientes dans nos relations et ces barrières nous poussent à nous accommoder des défauts de l'autre. Et si dans certains cas ce biais peut être positif, car il peut nous permettre d'aller au-delà de nos a priori pour découvrir l'autre, il peut également, dans d'autres cas, nous pousser à rester dans une relation alors que celle-ci n'est pas idéale. 

Par-dessus ce biais motivé par l'instinct de survie (et plus globalement de reproduction), un aspect sociétal veut que le couple (et par extension, le mariage) soit ni plus ni moins le symbole de maturité ultime qui va souvent de pair avec l'accomplissement.

Nous sommes finalement tous dans une situation similaire, ballottés entre la pression sociétale et naturelle qui nous pousse à avoir peur de la solitude et qui nous persuade - à notre insu - que l'on n'arrivera jamais à trouver un meilleur partenaire que celui que l'on a. Cette pression a même tendance à s'intensifier avec l'âge, car pour beaucoup, il existerait une date de péremption (et la célébration des catherinettes prouve bien qu'il y a des âges palier).

Finalement, est-ce que c'est réellement un bon coup ou est-ce que vous essayez de légitimer votre attachement ? 

Il est normal donc, lorsque l'on est dans l'insécurité sentimentale, d'essayer de légitimer par tous les moyens son attachement à une personne. L'excuse du "bon coup" n'est qu'un exemple parmi tant d'autres, mais il souligne un point essentiel : nous avons besoin d'attention et surtout, la tendresse que peut avoir quelqu'un pour nous peut nous faire oublier tous nos principes. 

Dans un monde toujours plus connecté, des études prouvent que les réseaux sociaux tendent à intensifier le sentiment de solitude. Une étude publiée dans l'American Journal Of Preventive Medecine met en lumière l'augmentation du sentiment de solitude dans les nouvelles générations et c'est directement lié à la digitalisation de nos quotidiens. 

Pour faire simple : on aime lorsqu'on nous "like" en ligne et c'est encore plus fort lorsqu'on nous "like" dans la vraie vie. Il n'est donc pas étonnant à ce que l'on s'accroche, comme une moule à un rocher, lorsque quelqu'un nous donne un peu d'attention IRL, quitte à se mentir à soi-même par manque de confiance ou par peur de solitude.

La solution à ce problème ? Ce serait de simplement pousser les gens à apprendre à s'aimer et à vivre avec soi-même avant d'essayer de trouver la stabilité avec quelqu'un d'autre. Mais dans une société qui présente le couple comme la finalité ultime, il reste un long chemin à parcourir.

 

 

Tags : amour, couple, psychologie