Être une femme en Iran, c'est ne pas avoir le droit de rire trop fort. C'est ne pas avoir le droit de danser. C'est ne pas avoir le droit de montrer ses cheveux. Et c'est surtout prendre le risque de mourir parce qu'on a mal mis son voile. Être une femme en Iran en 2022, c'est prendre le risque de mourir, comme Mahsa Amini le 16 septembre dernier, parce que la police des mœurs a estimé que sa tenue était immorale. 

Depuis ce jour, un vent de rébellion souffle sur l'ancienne Perse. Des femmes (plus que courageuses) osent affronter le gouvernement et la police religieuse en bravant les interdits. Elles osent (enfin) danser, celles qui le souhaitent osent retirer leur voile, se coupent les cheveux en public ou en vidéo, brûlent leur hijab et même le drapeau iranien.

 

 
 
 
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Si ce n'est pas la première fois que les femmes se soulèvent contre l'obligation du port du voile (en 1979 et en 2018, des manifestations avaient déjà eu lieu), ce mouvement a une saveur différente. Peut-être parce qu'il représente un ras-le-bol général lié à trop de répression, trop de femmes mortes pour de mauvaises raisons et, surtout, il est lié aux droits humains, qui, dans certains pays, ne sont toujours pas acquis pour les femmes. Car, au-delà même d'une question religieuse, c'est de liberté fondamentale qu'il est question. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que les femmes scandent, haut et fort "Woman, life, freedom". Car il n'est question que de droit à la liberté en Iran aujourd'hui.

Le point de départ d'une révolution menée par les femmes ?

 
 
 
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Et si la situation iranienne était le point de départ d'une vaste révolution menée par les femmes. Il ne faut pas oublier qu'en 2010, le "Printemps arabe" a commencé d'une façon similaire - par une mort tragique suivie de mouvements de contestation. Si en 2010, il y a eu un effet boule de neige, pourquoi ne pourrait-il pas en avoir un en 2022 ? Ainsi, depuis la mort de Mahsa Amini, les révoltes et les manifestations n'ont pas perdu en ampleur, au contraire. En 10 jours, ce sont des milliers de personnes qui ont manifesté leur colère vis-à-vis du gouvernement et des règles strictes qui sont appliquées à l'ensemble de la population. Dans les rues, toute la population iranienne semble se mobiliser. Les femmes - évidemment - mais aussi des hommes et des jeunes qui aspirent à un avenir meilleur et plus libre pour eux et ceux qui suivront.

La grande ombre au tableau de ce mouvement de contestation ? Les décès qui, après chaque manifestation, viennent entacher le moral de tous ceux qui prennent part à la contestation. Selon l'ONG Iran Human Rights, le 27 septembre, on comptabilisait 76 victimes. Amnesty International a d'ores et déjà alerté sur la répression brutale du gouvernement iranien (qui ne se prive pas d'avoir recours aux tirs de grenaille, aux canons à eau et aux billes d'acier pour disperser les manifestants).

Pourtant, rien ne semble démotiver les manifestants, bien décidés à faire changer les choses. En faisant tomber leur hijab, les femmes s'opposent à 43 ans d'oppression (le voile n'est obligatoire que depuis 1979 en Iran). Le mouvement semble d'ailleurs déjà avoir des réminiscences dans d'autres pays du Moyen-Orient. En Afghanistan, en Syrie ou encore en Irak, les femmes se mobilisent par centaines pour, elles aussi, faire entendre leur voix et leur mécontentement.

Sur Internet et ailleurs, les actes de rébellion et de solidarité au mouvement s'intensifient

 
 
 
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Depuis le début du mouvement, sur le hashtag #MahsaAmini, ce sont près de 8 000 posts qui ont été partagés sur Instagram. Idem sur Twitter, où les voix se font aussi entendre. Et même si le gouvernement iranien a décidé de limiter l'accès à Internet pour empêcher la propagation des images de révolte, le monde entier a les yeux rivés sur l'Iran et le courage de ces femmes qui osent s'opposer à la répression. 

Les actes de solidarité, eux, ne se sont pas fait attendre, que ce soit dans les autres pays (du Moyen-Orient ou non) ou directement sur le sol iranien. Récemment, on a vu les joueurs de l'équipe nationale de foot exprimer leur soutien au mouvement : c'est sans drapeau et en parka noire que l'ensemble des joueurs sont entrés sur le terrain. Un geste fort, qui prouve bien que ce qui arrive aujourd'hui en Iran n'est pas qu'une question de femmes.

D'autres encore préférèrent danser plutôt que se battre, mais l'action est tout aussi forte, surtout dans un pays où les femmes semblent privées de tout, sauf de donner la vie.

 

 
 
 
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Une chose est sûre, nous sommes peut-être en train de vivre le point de départ d'une vaste révolution féminine au Proche et Moyen-Orient. Une hypothèse confirmée par Adel Bakawan, directeur du Centre français de la recherche sur l'Irak qui, dans le Parisien, a déclaré que ce mouvement n'avait pas vocation à s'éteindre.

Les Éclaireuses

 

 

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