La loi de 2001 qui enjoint l’éducation nationale à parler de sexualité n’est pas respectée. Face à ce constat, le ministre de l’Éducation, Pap Ndiaye, a tiré la sonnette d'alarme en remettant la loi au centre de l'attention. Depuis vingt ans et selon la loi, les élèves français sont censés suivre 21 cours d’éducation à la sexualité, du CP à la terminale.

En substance, cela revient à trois séances annuelles d’éducation sexuelle. Le problème ? Peu d’élèves y ont finalement le droit. Sur douze années, il semblerait que la majorité des élèves reçoivent en moyenne 2,7 cours d’éducation sexuelle, selon le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. Pour le ministre de l’Éducation, c’est trop peu et il faut remédier à cette situation urgemment.

"Nous devons respecter la loi"

"Nous devons améliorer cette situation à la fois pour des objectifs de santé publique, comme faire reculer les grossesses précoces ou lutter contre les maladies sexuellement transmissibles, mais aussi pour des objectifs plus généraux liés aux luttes contre les discriminations, les violences sexuelles et sexistes, la LGBTphobie, les stéréotypes et pour une meilleure égalité entre filles et garçons", a déclaré Pap Ndiaye au micro de Franceinfo. 

"Il faut s’y prendre le plus vite possible, dès le primaire, il y a des enseignements à faire, adaptés à chaque âge, pour que dès l’enfance, l’égalité, le respect, le consentement soient intégrés dans les psychologies", a de son côté déclaré Sylvie Pierre-Brossolette, présidente du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes.

Du côté de la loi, le texte est clair : si les cours d’éducation sexuelle sont obligatoires depuis 2001, c’est parce qu’ils "contribuent à l’apprentissage du respect dû au corps humain et sensibilisent aux violences sexistes ou sexuelles ainsi qu’aux mutilations sexuelles féminines". Ces cours peuvent ainsi être dispensés par des médecins, des enseignants ou des infirmiers. Le problème selon Pap Ndiaye ? La difficulté des professeurs à aborder la question sexuelle à l’école.

"Certains enseignants ne sont pas très à l’aise pour aborder la question ou redoutent les réactions hostiles de parents d’élèves. D’autres considèrent qu’ils ont déjà beaucoup à faire pour boucler les programmes et jugent cet enseignement optionnel, alors qu’il ne l’est pas", a-t-il déclaré dans les colonnes de 20 minutes.

La priorité : mettre en place des aides

Si la pudeur de certains enseignants l’emporte sur leur devoir d’éduquer les élèves à la sexualité pour empêcher des situations fâcheuses, un problème plus sérieux persiste : certains établissements privés ont fait le choix de ne tout simplement dispenser aucun cours d’éducation sexuelle. En cause ? Leur idéologie. S’ils ont lieu, ces cours seraient le socle de désinformation grave notamment sur la contraception.

Une collégienne avait ainsi été sommée d’être "pudique, afin de ne pas être l'objet du regard des garçons", comme le rapportait l’Express. "Pour elle, les garçons avaient des pulsions de vie, et il fallait s'y adapter. Comme tout le monde a peur d'être viré, personne n'a osé la contredire", avait précisé une autre jeune fille de 14 ans, élève au collège Stanislas, classé meilleur collège et lycée de France. Pourtant, éduquer les plus jeunes à la sexualité, c’est donner la chance d’un monde meilleur avec l’espoir de voir le sexisme et les violences sexuelles disparaître.

"Lutter contre l’ignorance et l’envahissement de la pornographie dans les sphères adolescentes, ou même chez les plus jeunes, c’est une urgence. Si on ne fait rien, on prépare les violences et féminicides de demain", alertait Sylvie Pierre-Brossolette.

Pour ce faire, le ministre travaille "pour construire de nouveaux outils pour les enseignants", explique son entourage à 20 minutes. "Car c’est bien en accompagnant mieux les enseignants qu’ils pourront aborder plus facilement le sujet". De son côté, le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes prévoit "la constitution d’un corpus adapté à chaque classe d’âge en s’appuyant sur le travail et les outils développés par les associations qui savent, au contact des élèves, moduler le format de leurs interventions".

N'en déplaise aux conservateurs et autres réacs, qui veulent voir des "vigies dans chaque école" et qui entendent lutter contre un "grand endoctrinement", le ministre entend bien continuer dans sa lancée tout en balayant les propos les plus extrêmes : "Ce sont les propos de professionnels de la polémique. L’éducation à la sexualité n’a rien à voir avec je ne sais quelle théorie du genre."

Les Éclaireuses

 

 

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