À moins que vous viviez dans une grotte au fond de l'Alaska, vous avez probablement entendu parler du documentaire évènement de ce début d'année, "Noirs en France".

Mercredi dernier, nous étions scotchées devant notre télévision pour suivre avec attention le récit de toute une partie de la population. Alors que les questions raciales sont plus que jamais au centre de toutes les préoccupations et que les voix des nouvelles générations s'élèvent de plus en plus, l'écrivain Alain Mabanckou et la journaliste Aurélie Perreau signent un film témoignage qui tente de faire comprendre les complexités de la condition noire en France.

Disponible sur la plateforme France.tv depuis sa diffusion le 18 janvier, on vous dévoile aujourd'hui 5 choses à retenir du documentaire "Noirs en France". Une chose est sûre, si vous ne l'avez pas encore vu, foncez !

Les Éclaireuses

 

 

Ce documentaire a été co-réalisé par Alain Mabanckou, professeur d'université mais aussi écrivain

Alain Mabanckou est né à Pointe-Noire (Congo-Brazzaville) en 1966. Après des études de droit qui l'amènent en France dès la fin des années 80, il se tourne vers l'écriture, et plus précisément l'écriture de romans. "Verre Cassé" publié en 2005 est son premier succès populaire. L'année d'après, c'est avec son roman "Mémoires de porc-épic" qu'il remporte le prix Renaudot.

Premier écrivain à intégrer le collège de France, il est aussi poète et professeur d'université. À l'origine de ce film, on retrouve aussi Aurélia Perreau réalisatrice mais aussi journaliste française spécialisée dans les questions concernant la féminité.

 

Les effets du racisme sont toujours aussi présents même en 2022, la preuve avec le "test de la poupée"

L'une des séquences fortes du film documentaire met en scène de jeunes enfants noirs et métis assis face à deux poupées presque identiques. La seule différence : l'une est noire tandis que l'autre est blanche. Derrière la caméra, un adulte demande ensuite aux enfants de choisir la poupée qu'ils trouvent la plus belle puis la moins belle. C'est le fameux "test de la poupée". Inventé à la fin des années 40 par les psychologues noirs Kenneth et Mamie Clark, ce test à l'époque avait pour objectif de démontrer que la ségrégation avait un impact direct sur les enfants, leur conscience raciale mais aussi leur auto-identification.

En 1947, lors de la première expérience, 67% des enfants interrogés ont révélé préférer jouer avec la poupée blanche et 59% d'entre eux ont répondu trouver la poupée blanche sympathique. À l'inverse, 60% de ces mêmes enfants ont trouvé que la poupée noire était moche, plus encore, certains ont même fini par fondre en larmes en réalisant que la poupée noire leur ressemblait.

Dans le documentaire, près de 70 ans après la première expérience et en France, les résultats sont exactement les mêmes. Tous les enfants noirs et métis ont choisi la poupée blanche aux yeux bleus au détriment de la poupée noire. Sans vraiment en avoir conscience, les enfants sont déjà très au fait des désavantages liés à une couleur de peau noire...

 

 

 

Le film est cependant une vraie plateforme pour les personnes noires

Le vrai point positif de ce film, c'est qu'il donne (enfin) la possibilité à des personnes noires de s'exprimer sur des sujets qui les concernent directement, et ce, à une heure de grande écoute, sur une grande chaîne du service public. Tout au long du documentaire, ce sont des artistes, des sportifs, des intellectuels mais aussi des anonymes qui partagent leurs expériences de noirs en France. Leurs anecdotes mêlées à des faits historiques permettent de mettre en perspective ce qui rend l'existence, le quotidien des noirs si particulier dans notre pays.

C'est aussi une façon de mettre certains biais passés (et parfois toujours présents) de notre société en lumière, de les recontextualiser et de comprendre leur impact.

 

Il a reçu des réactions vives sur les réseaux sociaux après sa diffusion sur France 2

Le documentaire évènement n'a pas été épargné par les réseaux sociaux. Selon les téléspectateurs, le problème réside dans le manque de parti pris du film, ou encore la diffusion d'images traumatiques comme celles du meurtre de George Floyd.

 

 

 

 

 

 

 

 

Un documentaire inédit, mais pas révolutionnaire

Il faut pourtant se rappeler que ce n'est pas le but d'un film documentaire que de donner des solutions définitives à des problématiques de société. Et il est important d'applaudir l'initiative.
Le documentaire "Noirs en France" n'est, en réalité, qu'une simple introduction à ces questionnements. Pourtant, on déplore une dilution du message initial du film au profit d'une promotion des couples mixtes qui seraient LA réponse au racisme. Mais dans ce cas quid des couples noirs ? N'ont-ils pas la possibilité d'exister dans la société rêvée d'Alain Mabanckou ?

Pour les personnes sensibilisées à ces conjonctures, "Noirs en France" est un documentaire léger, qui n'apporte aucun élément de réflexion nouveau. En revanche, pour les personnes qui découvriraient ces questions, c'est une manière relativement efficace de comprendre les mécaniques qui régissent la vie des noirs en France.

 

 

 

 

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