"L'orgasme est mort, vive l'orgasme". S'il y a bien quelque chose qui a changé depuis quelques années, c'est la glorification de l'orgasme féminin. Il est partout, sur toutes les couvertures de magazine féminin, sur Instagram, sur Twitter, à la TV. On n’en a jamais autant parlé, pourtant on considère que près de 16 à 21% des Françaises n'ont jamais eu d'orgasme et 25% admettent avoir du mal à jouir. 

On est donc face à un paradoxe : on ne fait qu'en parler, pour autant, les femmes n'ont toujours pas trouvé la solution qui leur permettrait d'atteindre les sommets. Pire encore, aujourd'hui, l'orgasme est devenu une injonction, une sorte d'étape obligatoire pour avoir une vie sexuelle épanouie et qui vaut le coup d'être vécue. 

On est passé d'une pression à l'autre avec, au milieu, des femmes qui ne savent plus vraiment sur quel pied danser. Heureusement, la parole s'est libérée sur la question, permettant aux femmes de s'autoriser à se poser des questions. Elles ont ainsi pu partir à la conquête de leur corps, sans pour autant combler les nombreux fossés qui existent : celui de la jouissance en solitaire en opposition à celle à deux (ou plus), celui de la jouissance masculine et féminine et celui qu'il y a entre fiction et réalité.

Il est important de comprendre quels sont les mécanismes qui ont induit cette course à l'orgasme et qui pousse les femmes à vouloir, à tout prix, grimper aux rideaux à chaque coup. 

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Les Éclaireuses

1) Freud ou la théorisation de l'orgasme

 
 
 
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Ce qu'il faut comprendre dans l'histoire sinueuse de l'orgasme féminin, c'est qu'il a longtemps été, et est encore, soumis à de nombreux préjugés et idées reçues. Si, au XVIIe siècle, on considérait qu'une femme "de vertu" ne devait pas avoir de plaisir pendant l'acte, Freud a, au XXe siècle, théorisé l'orgasme féminin, en opposant l'orgasme adolescent (le clitoridien) et l'orgasme adulte (le vaginal). C'est également cette théorie qui est à l'origine du mythe de la femme clitoridienne et vaginale. Aujourd'hui, on sait que la théorie des deux orgasmes et celle des deux types de femmes sont fausses. Pourtant, elles ont eu une résonance sur notre construction et sur notre perception des choses.
 
Se greffe à ces théories une éducation sexuelle qui passe souvent par ce qui est représenté dans les films ou les pornos : des femmes qui jouissent rapidement, fort, longtemps, par le biais de la pénétration. Résultat des courses, dans notre perception, le plaisir dépend donc du bon vouloir du pénétrant et les orgasmes sont tonitruants.
 
Il faut donc comprendre la frustration des femmes lorsqu'elles se rendent compte que, dans la vie, ce n'est pas si facile. S'ajoute à ça une question d'ego, qui fait que 62% des femmes admettent simuler régulièrement pour rassurer l'homme sur ses performances mais aussi pour ne pas passer pour la frigide de service qui ne ressent rien. Dans les faits, 78% des femmes admettent avoir déjà eu du mal à jouir. Ce n'est donc pas un problème isolé mais bel et bien une réalité, l'orgasme, si fantasmé, n'est ni une généralité ni facile à trouver, tout du moins dans les relations sexuelles hétérosexuelles. 
 

2) Un gap orgasmique marqué entre les genres mais aussi entre les sexualités

 
 
 
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Il y a des chiffres qui intriguent. Si 65% des femmes admettent ressentir de la jouissance lorsqu'elles ont une relation sexuelle avec un homme, 48% admettent avoir un orgasme plus facilement seule. Mais, le plus surprenant reste les résultats venant des couples lesbiens. Elles sont près de 86% à admettre qu'elles ont de la jouissance lors de leurs relations sexuelles (soit 20% de plus que les hétérosexuelles). Les hommes seraient-ils finalement le problème ? Ce serait trop simple ! 
 
L'explication la plus sensée trouve son sens dans deux pistes bien distinctes. D'une part, elle peut être liée à une méconnaissance de l'anatomie féminine. Lorsque l'on voit le contenu des cours d'éducation sexuelle à l'école, cela est valable pour les hommes et pour les femmes. L'autre explication vient d'une vision phallocentrée de la sexualité : le pénis est celui qui donne le plaisir et c'est tout. 
 
Toute cette conception met de côté la Sainte Trinité du Saint Clitoris, du périnée et des préliminaires. C'est, en partie, ce qui expliquerait la différence entre les couples hétérosexuels et lesbiens : les femmes connaissent leur corps et font à leur partenaire ce qu'elles aiment qu'on leur fasse.
 
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3) Une dualité orgasmique selon le genre, le véritable problème

 
 
 
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En plus de toutes les idées reçues qui ont construit notre idée, erronée, de la façon dont les femmes prennent du plaisir, il y a une croyance bien vivace qui veut que l'orgasme masculin soit mécanique, en opposition à l'orgasme féminin qui est cérébral. Plus largement, on considère que l'orgasme masculin est "facile" et l'orgasme féminin est "complexe". Que ce soit pour l'un ou l'autre, il y a méprise. D'une part, un homme peut éjaculer sans avoir un orgasme et peut aussi simuler au lit - 42% des hommes admettent l'avoir déjà fait - d'autre part, si on se penche un peu sur l'anatomie féminine, on se rend compte que chez les femmes, l'orgasme est aussi mécanique, vu qu'il est quasiment toujours induit par une stimulation - qu'elle soit clitoridienne ou autre, on peut très bien avoir un orgasme par le biais des tétons. 

Toutes ces idées, toutes ces théories ont fini par fausser notre perception de l'orgasme féminin. Plus encore, elles ont effacé de nombreux aspects de la sexualité, ne laissant que la pénétration en maître. C'est peut-être l'une des explications de l'augmentation exponentielle de la vente de sextoys féminins depuis les années 70s - avec un pic historique en 2020 (merci le confinement). Les femmes sont à la recherche du plaisir. Il serait peut-être temps de redistribuer les cartes de la jouissance pour plus d'égalité ? Cela passera par une destruction pure et simple du tabou du plaisir féminin, mais aussi par celui de la pédagogie, qu'elle soit dans les salles de classe ou dans un lit, entre deux partenaires.

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 

 

Tags : sexe