"Non mais, c'est normal que tu sois seule, tu fais peur aux hommes". Cette excuse est sortie, une fois à une autre, à toutes les femmes qui semblent avoir du mal à trouver "le mâle de leur vie". Au-delà du fait qu'une femme n'a absolument pas besoin d'un homme pour "être complète", il est tout à fait légitime de se demander si les femmes indépendantes n'ont pas la capacité de repousser les hommes.

Pourtant, les exemples de girls boss qui mènent rondement vie de famille et vie professionnelle ne manquent pas : Victoria Beckham, Chiara Ferragni, Michelle Obama... Rien ne semble présager qu'elles tiennent leur époux en otage. Mais il y a aussi des contre-exemples. Le plus beau est celui de la femme la plus influente du monde, aka Oprah Winfrey, qui a publiquement déclaré qu'elle ne souhaitait pas d'enfants et à qui a finalement renoncé à se marier avec son concubin. 

S'il est évident qu'il ne faut pas réduire une femme à son état marital (c'est beaucoup trop années 60), on peut tout de même se demander pourquoi les femmes qui réussissent peuvent faire peur aux hommes. 

Enjoy, 

Les Éclaireuses

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La femme indépendante, un statut qui représente une menace pour le rôle sociétalement normé de l'homme ?

Si, en 2021, près de 50% des hommes de la génération Z se sentent menacés par le féminisme, nous sommes en droit de nous demander si l'acquisition de nouvelles libertés et la voix des femmes ne sont pas une source d'inquiétude pour les hommes. Car si les hommes ont eu la mainmise sur la société depuis que l'humanité existe - mis à part quelques reines qui ont su tirer la couverture de leur côté - depuis les premiers mouvements des suffragettes nés en Angleterre jusqu'aux manifestations du 8 mars, les femmes ont décidé de faire entendre leur voix pour ne plus être des laissées pour compte. En gagnant le droit de vote (1945) ou le droit de disposer d'un compte en banque sans l'autorisation d'un père ou d'un époux (1965), les femmes ont commencé à goûter à la douce saveur de l'indépendance et à comprendre que leur statut social n'était ni dépendant d'un mariage ni de l'homme à qui elles tenaient le bras.

Depuis lors, on a vu apparaître un nouveau type de femmes. Dans les années 90, on les appelait les Working Girls, idée personnifiée par Miranda dans Sex and The City. Elles étaient carriéristes, savaient ce qu'elles voulaient et avaient compris qu'elles n'avaient pas besoin d'un homme pour acheter un appartement. Dans les années 2000, la Working Girl est devenue la Girl Boss (parce qu'après tout, pourquoi pas ?) et est toujours plus indépendante, libre de coucher avec qui elle veut, montrer son corps si elle veut, faire du business depuis son salon, s'acheter des chaussures affreusement chères, sans penser au lendemain ou au contraire, elles font les écureuils pour s'offrir un appart avant 30 ans... Les exemples ne manquent pas, mais la finalité reste la même, il semblerait que les hommes ne soient pas très enclins à s'accrocher à ce type de femmes pour plus d'une nuit. Mais pourquoi ? 

Si on pousse la réflexion, on peut se demander si, en gagnant en indépendance, les femmes n'ont pas ébranlé le rôle "normalisé" des hommes, celui que l'éducation patriarcale et la société veulent lui donner : le chef de famille, qui apporte l'argent à la maison, le référentiel fort ou la figure de l'autorité au sein du foyer. L'homme aurait donc l'impression d'être en compétition avec sa compagne, ça doit être lui, le membre fort du couple et pas sa partenaire. C'est à croire qu'on leur a donné une mission quasi divine à la naissance : celle de protéger, contre vents et marées, la jeune demoiselle en détresse et lui offrir de jolies choses pour qu'elle se sente belle et désirée (le trait est volontairement grossi).

 

En 2015, 14% des hommes admettaient être mal à l'aise à l'idée de sortir avec une femme plus intelligente qu'eux

Un petit coup d'œil dans la pop culture nous permet de nous rendre compte que c'est toujours l'homme qui "éduque" la femme : Edward éveille Bella sur les questions du monde, Ross relève souvent le manque de culture de Rachel, Christian Grey initie Anastasia à la sexualité... Ce sont toujours les femmes qui apprennent des hommes et non l'inverse. C'est en tout cas ce que la pop culture met en avant (ou mettait, avec les nouveaux mouvements, la tendance tend à s'inverser). En 2015, une étude menée aux États-Unis mettait en avant le fait que près de 14% des hommes étaient réticents à s'engager avec une femme reconnue comme plus intelligente qu'eux (l'étude a cependant montré ses limites).

Bien que réfutée depuis, on peut tirer plusieurs conclusions sur l'existence de cette enquête : des chercheurs ont voulu creuser le terrain car il y avait manifestement un sujet potentiel et au premier tour, 14% des hommes sondés n'ont eu aucun mal à admettre qu'une femme intelligente c'est bien, mais il ne faut pas qu'elle soit plus intelligente qu'eux.

Cela prouve, toutes mesures gardées, l'automatisation de certains réflexes ou certaines idées qui devraient pourtant être caduques aujourd'hui. La réflexion d'une femme ne doit pas dépasser celle de l'homme sous peine de lui faire de l'ombre et de le blesser dans sa fierté masculine.

Si dans l'enquête menée, les hommes mal à l'aise à l'idée qu'une femme ait un QI supérieur au leur étaient heureusement minoritaires, ils ont tout de même le (dé)mérite d'exister et de continuer à propager cet idéal de la femme belle, mais pas trop maline, qui a besoin d'un homme pour la guider sur le chemin de la vie. C'est ironique quand on sait que, depuis longtemps, on répète aux filles que les princes charmants ne sont que dans les contes. Il faudrait peut-être également mettre les garçons au parfum, en leur expliquant que les demoiselles en détresse, ce sont Cendrillon et Blanche Neige, pas les femmes qui les entourent.

 

Des réflexes qui cachent une misogynie encore bien présente ?

S'il est évident que ces comportements ou cette perte de moyens face à une femme qui sait aligner 3 mots et qui a une carrière sont l'héritage d'une longue tradition patriarcale, il ne faut pas non plus les minimiser pour autant. Les hommes doivent se demander pourquoi ils réagissent comme ça, pourquoi est-ce qu'ils sont gênés lorsqu'une potentielle conquête admet être féministe, n'avoir aucun tabou sexuel ou être carriériste ? Il se peut que ce soit simplement par "peur de l'inconnue", parce qu'ils ont entendu, pendant des années, des discours diabolisant les femmes engagées et indépendantes ou, et c'est plus grave, il se peut qu'ils aient une vraie aversion envers les femmes indépendantes et que pour eux, une femme est mieux dans une cuisine que derrière un bureau (si bureau il y a, elle doit être soit dessus, soit dessous).

Ces hommes sont sûrement les mêmes qui, en regardant les sports féminins devant leur télé, sont persuadés qu'ils battraient à plate couture une sportive de haut niveau, juste parce qu'eux sont des hommes et les sportives des femmes. 

L'ensemble de ces réflexes ou de ces réactions ne tendent qu'à souligner la misogynie encore bien présente dans nos sociétés modernes. Et, si les hommes ayant cette façon de penser tendent à se faire plus rares (ou plus difficiles à débusquer), ils sont bel et bien présents et prêts à crier, à qui veut bien l'entendre, qu'une femme ne surpassera jamais un homme (sauf en cuisine). 

Il est malheureusement triste d'admettre qu'il existe réellement des hommes qui sont effrayés ou rebutés par les femmes indépendantes et qui leur préfèrent des femmes considérées comme plus dociles, qui ne douteront jamais d'eux et sur qui ils auront toujours une certaine forme de contrôle.

Heureusement, il existe des hommes qui ont su laisser les traditions au placard et qui n'ont aucunement peur des femmes intelligentes et indépendantes. Le résultat de cette évolution ? La naissance de Power Couples comme les Obama ou Beyonce et Jay Z, qui ont su unir leurs talents, leurs esprits et leurs forces pour conquérir le monde, et ça leur réussi particulièrement bien. C'est peut-être ça qu'il faut raconter aux enfants le soir avant de dormir : la belle histoire des Obama ou des Beckham et laisser les classiques au placard, le temps que la leçon rentre et que les changements s'amorcent.

 

 

 

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