Arrêtez de demander aux enfants s'ils ont 'un amoureux ou une amoureuse'

Juliette Gour 09 juin 2022

Il y a des habitudes qu'il est temps de chasser de nos journées en famille. Pourquoi ? Parce qu'elles ont tendance à perpétuer un schéma hors d'années et des stéréotypes un poil réducteurs.

"Alors, tu as un amoureux / une amoureuse ?" 

On a tous et toutes eu cette vieille tante (avec les joues qui piquent) qui nous posait cette question un poil étrange. Aussi mignonne soit cette question, elle est pourtant le résultat de dizaines d'années de stéréotypes et de règles induites par la société. Vous n'y croyez pas ? Pourtant c'est bel et bien le cas. Il suffit de décortiquer la chose et d'aller voir plus loin que de la simple moquerie d'adultes envers les enfants. 

En posant cette question aux enfants (et ce, quel que soit leur âge), on commence à leur mettre dans la tête que le couple, c'est important, c'est même plus important que les copains et la solitude. On pose ça comme une obligation, comme s'il était évident qu'à 7 ans tous les enfants avaient un ou une amoureuse.

En posant cette question, on commence à construire les bases et ce, dès le plus jeune âge, de la diabolisation du célibat. Et si les grands-parents surenchérissent en disant "comment ça tu n'as pas d'amoureux ? Mignonne comme tu es", cela pousse les petites filles à intégrer que, pour ne pas être seule, il faut être jolie et mignonne, sinon c'est la vie de vieille fille qui les attend.

Une influence directe sur les relations des enfants

Les enfants, jusqu'à l'adolescence, ont un rapport assez particulier à l'amitié : les amis, ce sont ceux avec qui on joue. Et si la segmentation entre genres est fréquente dans les cours de récréation (sauf quelques exceptions : les filles jouent souvent avec les filles et les garçons avec les garçons), il y a ainsi une séparation nette entre les groupes à l'école. Or, si chaque fois que votre fille ou petite fille vous parle d'un garçon vous lui demandez si ce dernier est son amoureux, vous allez commencer à semer la zizanie dans son cerveau (idem pour les petits garçons). Vous allez, petit à petit, lui imposer l'idée que les personnes de sexe opposé, ce ne sont jamais vraiment des copains, ce sont surtout des amoureux/amoureuses. Sauf que les enfants, jusqu'à l’adolescence, ont souvent beaucoup de mal à faire le tri dans leurs émotions/sentiments. Le concept d'amoureux reste souvent très flou : il se situe entre le meilleur copain et la personne à qui on tient la main pour aller à la cantine. 

En imposant ce type de question aux enfants, on calque leur rapport à l'autre en fonction de la perception des adultes, mais ils ont largement le temps de voir naître le tumulte des sentiments amoureux une fois la puberté arrivée.

Cette question suppose une hypersexualisation (totalement absurde)

Les enfants sont déjà hypersexualisés (surtout les petites filles), pas besoin d'en rajouter une couche. En demandant aux enfants qui est leur amoureux et qu'est-ce qu’il ou elle trouve joli chez lui ou elle, on le pousse à s'attarder sur des détails (souvent guidés par les adultes "elle a de beaux cheveux, un joli sourire...") qui ne sautent généralement pas aux yeux des enfants. Pour eux, un enfant est un enfant et s'ils ont plus ou moins compris que ceux qui ont les cheveux longs, ce sont les filles et les autres les garçons, ils ont globalement du mal à lister les différences entre les genres, tout simplement parce qu'ils ne les perçoivent pas. En les poussant à relever certains détails, on les pousse, déjà très jeune, à notifier le bon et le moins bon, l'acceptable et l'intolérable dans le physique de l'autre (et surtout, on leur met dans la tête que l'amour n'est qu'une question de physique). 

Ainsi, en faisant ça, les parents poussent les enfants à intégrer très tôt les principes primaires d'hypersexualisation qui, avec le temps, seront amplifiés ce qui aura pour effet de perpétuer une tradition patriarcale et conservatrice en marge complète des mouvances actuelles.

Le mieux à faire, donc, c'est de laisser les enfants tranquilles. Il faut leur laisser le temps d'apprendre par eux-mêmes ce que sont les émotions et, surtout, ce qu'est l'amour le vrai, pas celui des cours de récré. Moralité : on arrête d'essayer de calquer les comportements d'adultes sur ceux des enfants, l'âge tendre est bien trop court pour ça.

Enjoy, 

Les Éclaireuses

 

 

 

Tags : enfant, société, News Société

Vous aimerez aussi

Top de Grossesse & Parentalité

Sur le même sujet

De la même auteure

Prête à être
éclairée ?

Recevez la dose d'inspiration
qui change la donne !