Vous pensiez tout savoir sur vous-même et si vous vous étiez trompée ?

- « Tu as vu cet épisode de « Orange is the new black » où une détenue ne sait pas où est son vagin ?! C’est fou non ! »

- « C’est tiré par les cheveux ! »

Eh bien, en réalité, cette scène divinement interprétée par Samira Wiley n’est peut-être pas si éloignée de la réalité.
La Team Bien-être s’est penchée sur le sujet et il y avait fort à faire ! Dans un rapport relatif à l’éducation sexuelle remis au ministère de l’Éducation nationale par le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, on découvre qu‘en France, 1 jeune fille sur 4 de l’âge de 15 ans ne sait pas qu’elle a un clitoris et 2 jeunes hommes sur 4, du même âge, ne savent pas à quoi ça sert.
Au-delà de cette méconnaissance "primaire" de notre corps, les femmes sont victimes de différentes croyances et de pression sociale qui les empêchent d'atteindre ce qui leur appartient, c'est-à-dire : le plaisir, LEUR plaisir.
C'est pourquoi nous avons tenté de décrypter « pourquoi le plaisir féminin est-il encore un tabou en France en 2018 ? »

Enjoy,

Les Éclaireuses

 

1. Méconnaissance anatomique
women diversitySource : iStock

L’une des 1ères causes de consultation d’un sexologue est le manque de libido. Suivi de près par les problèmes d’ordre physique comme des douleurs ou des pathologies récurrentes. Le 3ème sujet (et non des moindres !), c’est l'absence d’orgasmes. Que ce soit seule ou accompagnée, d’après Marie-Line Urbain, sexologue en banlieue parisienne, certaines femmes n’atteignent jamais l’orgasme, par manque de lâcher-prise mais aussi surtout par méconnaissance de leur corps !
Saviez-vous que le clitoris mesure 11 centimètres ? Qu’il se développe dans tout le bassin via ses « racines » et qu’il est l’unique organe dédié au plaisir ? Eh bien, si ce n’est pas le cas, vous pouvez dédramatiser la situation car Odile Fillot ne le savait pas non plus avant de faire ses propres recherches.
Forcée de constater que ni l’éducation nationale, ni ses parents, ni ses amis ne lui avaient donné d'indices, cette chercheuse indépendante en sociologie a décidé de se pencher sur ce « sujet sérieux mais pas forcement facile à aborder : le clitoris ».
C’est le Dr Georg Ludwig Kobelt qui découvre la taille réelle et la fonction du clitoris en 1842 (oui oui !). Mais c’est Odile Fillot qui va l’imprimer en 3D en 2016.
Aujourd'hui, la sociologue très discrète ne souhaite pas se mettre en avant mais plutôt mettre en évidence le manque d’information à ce sujet. Un discours entendu et qui a permis aux éditions Magnard de modifier certaines erreurs autrefois observées dans leurs manuels scolaires de Science. Dans leur nouvelle version corrigée, on peut découvrir la juste proportion des organes et surtout les similitudes entre les sexes, comme le fait que le clitoris est un « organe érectile qui se gorge de sang en période d’excitation » comme le sexe masculin !
La seule chose à espérer maintenant, c’est que les autres manuels de Science suivent le mouvement et adoptent ces nouveaux schémas bien plus clairs !
Mais, au-delà de la méconnaissance physique, le poids de la société joue également un rôle majeur dans le tabou autour du plaisir féminin.

 

2. Croyances aidantes VS croyances limitantes
Source ; iStock

C'est en assistant à une conférence sur le plaisir féminin que Laura Cherfi, cofondatrice de l'association Les Chahuteuses, que l'on prend conscience de l'impossibilité des femmes à jouer au « jeu de la normalité ». En effet, cette coach personnelle engagée dans le mouvement « [sex-positif] qui rassemble différents acteurs proposant des solutions pédagogiques, ludiques & artistiques, pour la Santé Sexuelle » nous dévoile les « dessous » du plaisir féminin.
À chaque génération, ses différences et similitudes et, quand il s'agit de « plaisir », il semblerait que la société évolue à pas de fourmi.
Pourquoi ? À cause "du conflit qui règne entre les croyances aidantes et limitantes", auxquelles vous ne pouvez pas couper, et ça, même si vous n'y avez jamais sciemment adhéré.
Des croyances qui vont à contre sens les unes des autres.
Comment être la femme parfaite selon votre grand-mère "une amie en public, une amante au foyer et une catin dans chambre", tout en acceptant le fait qu'une femme "expérimentée" - soit une femme qui a eu plusieurs partenaires dans sa vie - est une p***.
Et sans même que vous vous en rendiez compte, ces croyances vont se mêler de votre vie privée et vous créeront des blocages sans grands fondements. Il ne vous viendrait pas à l'idée de sauter d'un pont (alors que vous n'en avez ni l'envie ni la force !), sous prétexte qu'on vous l'a juste ordonné. Et pourtant c'est ce que vous faites tous les jours en écoutant les on-dit.  

 

3. La France et le tabou du sexe
Moulin rouge Source : iStock

En 2003, lorsque Nathalie Giraud Desforges - Sexothérapeute et Fondatrice du site Piment rose - tente d’importer le concept store sexy « Ann Summers » très populaire outre-Atlantique, elle se retrouve face à un mur. À l’époque, la fondatrice de cette chaîne de magasin érotique lui répond que « La France n’est pas prête ». Pourtant bien décidée à « éduquer » les français(e)s à l’art de l’érotisme, elle crée le premier site dédié à l’achat de sex toys et autres produits sensuels. Et ça malgré une étude de marché qui l'avait confronté à 2 types de personnes bien différents, celui des curieux et celui des « frileux ». Au moment du lancement de son site, elle a dû faire face à, d’un côté, une population française en demande d’informations sur la sexualité et, d’un autre, une sphère sociale convaincue que  « le sexe est inné ». Une phrase qui pour elle décrit tout à fait le tabou qui plane autour du sexe en France. D’origine anglo-saxonne, elle déclare : « Dans le monde entier, on décrit les Français comme des « lovers » (= romantiques). L'expression « French lovers » est même très courante ». Un qualificatif qui implique que les Français ne parlent pas de sexe, ils le font.  Il en va de leur honneur, de leur ego !
Mais alors, le font-ils bien ?!


4. Inégalités entre les sexes
corps femme  Source : iStock

Non, nous ne brandissons pas ici le flambeau du féminisme forcené, mais tout de même !  
Dans le rapport remis au Ministère sur l'éducation sexuelle des ados français : « Les jeunes, et en particulier les filles, méconnaissent leur corps, et le plaisir féminin reste tabou : 84 % des filles de 13 ans ne savent pas comment représenter leur sexe alors qu’elles sont 53 % à savoir représenter le sexe masculin ».
Les connotations phalliques et les blagues douteuses sur la virilité associée au sexe de l'homme sont omniprésentes, et ça, même dès le plus jeune âge. Comment peut-on imaginer que l'une des expressions les plus banales en France réduit le courage à une paire de coui**es qu'il faudrait impérativement savoir "porter" ?!
Dire qu'un homme à femmes est un Don Juan et une femme à hommes, une traînée, c'est enfoncé une porte ouverte...
Et pourtant, en 2018, c'est encore le cas ! L'amour et le sexe sont 2 entités distinctes totalement indépendantes de l'individu qui en jouïe. Et le principe, c'est d'être en accord avec soi-même et ça, peu importe que vous soyez un homme ou une femme.
Nathalie Giraud Desforges, sexothérapeute qui reçoit beaucoup de femmes dans son cabinet, nous dévoile à demi-mot les doutes et l'inconfort que ressentent certaines femmes vis-à-vis de leurs fantasmes. Et selon elle, c'est une culpabilisation inutile ! Personne n'est en mesure de dire ce qui est recevable ou non en termes de plaisir. « Le corps seul est capable de répondre par de l'excitation à des stimulis visuels que beaucoup de femmes n'assument pas. Mais tout ceci ne regarde qu'elles-mêmes. Les fantasmes ne sont pas quelque chose dont il faut avoir honte. Ils sont de l'ordre de l'imaginaire et n'altèrent en rien votre qualité en tant que personne. »

 

5. Cerveau - coeur - sexe : le trio gagnant
coeur sexe cerveau Source : iStock

Il est possible de ressentir du plaisir sans amour et sans honte !  Le plaisir féminin est un droit strict autant pour les hommes que pour les femmes. C'est de notoriété publique, les hommes se masturbent très souvent et ça ne fait pas d'eux des dépravés, alors, pourquoi devrait-il encore y avoir un tabou autour de la masturbation féminine ?!

Que l'on parle de plaisir solitaire ou de plaisir partagé, les expert(e)s sont unanimes, tout est une question de lâcher-prise ! Et quand on est une businesswoman, une mère, une amie, une confidente, bref une wonderwoman, c'est difficile de ranger sa cape. Et pourtant c'est indispensable pour atteindre le 7ème ciel. D'après Nathalie Giraud Desforges, pour s'adonner au plaisir, c'est essentiel de « coordonner son cerveau, son corps et son intimité. » Et encore une fois, cela ne signifie pas que le plaisir se joint toujours à l'amour. Cela signifie que vous devez être dans une position cohérente, dans laquelle vous vous sentez à l'aise pour pouvoir "kiffer le moment". L'amour donne une dimension tout à fait particulière au plaisir, mais l'orgasme n'est en aucun cas l'aboutissement de l'amour. S'il suffisait d'aimer pour jouir, ça se saurait ! Alors, n'ayez pas peur de vous comprendre et de vous connaître vous-même avant de faire du plaisir, votre moment privilégié, et si vous y arrivez, le paroxysme de votre amour partagé.

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