La Bigorexie, l’obsession du sport, la dysmorphie musculaire : l’addiction au sport a désormais plusieurs dénominations dans le langage courant.

Introuvable dans le Manuel Diagnostic des Troubles Mentaux (la bible des addictologies), et difficilement classable au point de vue médical, ce problème existe pourtant bel et bien. À l’heure où le sport est mis en avant comme étant bénéfique sur tous les plans, comment peut-on voir le mal à en être "accro" ? C’est ce que la team Healthy va tenter de vous expliquer dans ce nouveau dossier santé.
Qui est touché par ce trouble discret et insidieux ? Est-ce que les sportifs de haut niveau sont les seuls classés dans cette catégorie ? Comment peut-on s'extirper de ce mal dont personne ne parle vraiment ?

On répond à tout, rien que vous !

Enjoy,

Les Éclaireuses

 

1. Notion d’addiction

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D’après le Dr Petit (psychiatre et addictologue), l’addiction, c’est une « trop belle rencontre », « le glissement du plaisir vers la souffrance ». Qu’il s’agisse d’alcool, de drogue, de jeu d’argent ou de sport, l’addiction est un « dérèglement du système de récompense » que nous mettons tous en place pour surmonter notre quotidien pas toujours évident.
Le sport qui, à la base, est votre échappatoire va devenir votre nouvelle prison. Impossible de s’en défaire et, surtout, d'en voir les impacts néfastes sur votre vie. L’addict est dans le déni.

 

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2. Analyse de la société du « corps parfait »

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Aucune étude n’a réellement été menée à ce jour pour cerner le type de population principalement touchée par ce phénomène.

En revanche, avec l’arrivée des 15 jours de congés payés par an en 1936, la femme fait plus attention à elle. 20 ans après, les critères de beauté changent. Avec la troisième semaine de congés payés en vigueur, la femme française consacre plus de temps à son bronzage et à ses formes. Les rondeurs ne sont plus à la mode et le sport devient un vrai hobby pour certaines.
Ce changement de vision du corps féminin engendre chez les femmes un besoin d’être mince. Marylin Monroe, qui décède en 1962, incarne aujourd’hui le visage de la beauté mais emporte avec elle son bon 42.

Question  : Les critères de beauté auraient-ils un impact sur notre obsession à faire du sport ? Très clairement. 

 

3. Addiction « positive » ?

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Plébiscité comme étant le meilleur moyen de se maintenir en forme, le sport prend aujourd’hui de plus en plus de place dans votre (notre !) vie. Mais alors, d’où vient ce glissement du bon vers le mauvais ? De l’excès.

L’addiction au sport pourrait être qualifiée d’addiction « positive » tant que l’attitude associée n’est pas nocive. Or l’addiction n’a rien de positif par essence. Dans la civilisation romaine, le terme d’addiction apparaît pour désigner « la réduction en esclavage des personnes criblées de dettes. » Ne pouvant pas payer leurs emprunts, les hommes et femmes se faisaient esclaves de leur créancier.

L’addiction n’a rien de positif, elle réduit ici la personne « bigorexique » à un comportement dont elle est l’esclave et ça même si le sport n'est pas une obligation de son quotidien comme pour les sportifs de hauts niveaux.

4. Comment poser un « diagnostic » ?

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Ce trouble si difficile à identifier se manifeste tout de même avec quelques symptômes. 
La bigorexie s'accompagne de plusieurs troubles :

Le 1er, une vision altérée de son corps.
Appelée dysmorphophobie (= crainte obsédante d’être mal formé(e) ou laid(e)) chez les anorexiques, ici on ne saurait dire quel rapport à son corps a une personne atteinte d’une addiction au sport. Selon le Dr Petit, il existe une addiction au sport primaire qui est liée à la sensation provoquée par le sport, et une addiction au sport secondaire qui, elle, est étroitement liée à l’envie irrépressible de sculpter son corps.

Le 2nd, un emploi du temps millimétré. Le simple fait d’aller au sport 4 à 5 fois par semaine ne suffit pas à s’alarmer. Le problème intervient lorsque le sport prend plus de place que le reste, quand l’organisation de vos journées se fait autour de vos séances de fitness et non l’inverse. Et cela peut provoquer une culpabilité extrême, si vous manquez votre cours de body combat du mercredi, par exemple.

Le 3ème, une vie sociale placée au second rang. Vous préférez aller au sport plutôt que boire un verre avec vos amis ou aller au cinéma avec votre mec.

 

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5. Comment s’en sortir ?

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Julien Chartier, président de l’Association Française des Dépendances en Rétablissement, nous parle d'une « maladie émotionnelle » qui est délicate mais pas impossible à traiter. Peu importe l’addiction, elle nécessite un accompagnement individuel et rapproché. « Il est rare qu’un comportement compulsif s’opère dans des horaires de bureaux. » Via les réseaux sociaux et les différents canaux de communication disponible aujourd’hui, les associations d’aide aux dépendances, comme l’AFDER, peuvent aujourd’hui suivre de près les patients souvent signalés par leurs familles, voire leurs employeurs.
Le but de l'association étant d’expliquer le comportement addictif au malade et de l’aider à s’en détacher petit à petit. La fin du déni et le début de la discussion, c'est également le début de la guérison.