On le sait, les réseaux sociaux sont impitoyables. La loi d'Internet est devenue monnaie courante et rien, ni une personnalité ni un programme TV n'est à l'abri d'un acharnement digital. Le dernier en date ? Celui de l'émission "Opération Renaissance" proposée par M6. 

Le tollé a commencé bien avant la diffusion de l'émission, l'annonce du thème de l'émission - à savoir l'accompagnement de personnes souffrant d'obésité - a suscité de vives réactions auprès des internautes. Pendant plusieurs jours, la toile s'est excitée à coup de tweets, de hashtags et de pétitions (l'une d'elles a réuni près de 20 000 signatures pour l'annulation de la diffusion de l'émission). 

Qu'est-ce qui a provoqué un tel acharnement ? Le thème même de l'émission, jugé grossophobe et poussant à discriminer les personnes en surpoids ou ne rentrant pas "dans les normes" - si tenté qu'il y ait réellement encore une norme en 2021. 

Sur le papier, c'est un combat tout à fait légitime, avons-nous besoin d'une énième émission qui prône le bonheur par la maigreur ? Mais, dans les faits, il semblerait que l'émission ne porte pas le même message, en tous cas, ce n'est pas ce qu'elle souhaite mettre en avant. 

Dans une polémique où les avis s'opposent et tout le monde est légitime pour donner son avis, quelles sont les réelles problématiques de "Opération Renaissance" ? L'émission pose-t-elle un véritable problème ou est-ce un défaut de communication qui a poussé les gens à avoir un avis négatif avant la diffusion ? Le mystère reste entier. Pourtant, quelques pistes de réflexion nous permettent d'y voir un peu plus clair dans ce marasme ambiant. 

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Les Éclaireuses

 

Un programme considéré à contre-courant ? 

 
 
 
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À l'heure où la norme est à l'acceptation de soi et à la tolérance, était-il de bon goût de décider de diffuser une émission qui accompagne des volontaires dans une perte de poids massive ? Le débat reste ouvert. Plus généralement, vouloir lutter contre l'obésité est-il forcément grossophobe ? La question est légitime. Devons-nous accepter toutes les situations, même les plus dangereuses pour la santé, sous couvert de la tolérance ? Toutes ces pistes de réflexion sont d'actualité et suscitent de nombreuses réactions sur la toile. 

Mais, pour bien définir les limites du débat, il est important de définir en amont tous les tenants et les aboutissants. Concrètement, qu'est-ce que la grossophobie ? Ce n'est ni plus ni moins qu'un néologisme qui regroupe l'ensemble des comportements discriminants envers les personnes souffrant de surpoids et d'obésité. Cela passe par les écarter du paysage médiatique, de ne pas les considérer comme de véritables personnes, de ne pas leur donner la parole, de ne pas les considérer aptes à certaines activités professionnelles. C'est un terme qui englobe une large palette d'actions, plus ou moins violentes, envers une petite partie de la population (souvent invisible). Comme tous les types de discrimination, la grossophobie est évidemment à proscrire des comportements normés et acceptables. Non, ce n'est pas normal de montrer quelqu'un du doigt à cause de son poids. 

Ces comportements, autrefois acceptés, sont devenus aujourd'hui un véritable combat pour beaucoup de personnes. Les concernés (et les autres) militent pour le droit d'être entendus, le droit à être considérés comme des personnes normales et pour ne plus être définis simplement par un chiffre sur la balance. 

Mais, en quoi est-ce que la grossophobie a été associée à l'émission proposée par M6 ? Cette crainte d'une émission déviante est sûrement due à une association avec les émissions spectacles à l'américaine, qui propose des transformations incroyables accompagnées de commentaires désobligeants et rabaissants par les équipes de l'émission. Elles étaient monnaie courante dans les années 2000 et bon nombre de millennials ont été biberonnés à ces émissions sur MTV. On connait la violence qui peut se cacher derrière ce genre d'émission, les craintes étaient donc légitimes. Mais, il faut garder en tête que la TV américaine et la TV française n'ont rien à voir. En France, les émissions sont scrutées par le CSA et le moindre écart est sanctionné. Cette "police de la TV" permet les d'encadrer les productions et d'éviter les dérives vers des sujets trop polémiques. 

M6 avait déjà gagné ses lettres de noblesse il y a quelques années avec "Belle toute nue", cette émission, brodée de bonnes intentions, a permis de mettre en lumière quelque chose pendant trop longtemps ignoré : la beauté de toutes les femmes. Toutes comparaisons mises à part, "Opération Renaissance" est le step 2 de l'acceptation de soi et de la bienveillance envers son corps. C'est avant tout permettre aux participants de retrouver une harmonie avec leur corps et de se sentir à nouveau exister dans une enveloppe qui leur plait réellement.

 

L'obésité, le mal du siècle ? 

 
 
 
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Plus qu'une émission good mood, le programme se veut aussi préventif sur les dangers de l'obésité et sur les différentes complications de santé liées à cette maladie. Depuis 1997, l'obésité est devenue une "pandémie mondiale" pour l'OMS. Depuis 1975, le nombre de personnes souffrant d'obésité a triplé et atteint aujourd'hui des sommets. En 2021, on comptabilise près de 800 millions de personnes souffrant d'obésité à travers le monde (c'est presque autant que les personnes souffrant de mal nutrition). 

En France, l'obésité touche près de 7 millions de personnes et des comportements alimentaires à risque se transmettent d'une génération à l'autre. Encore plus alarmante que l'obésité des adultes, l'obésité infantile est en train de devenir un véritable problème. 

Au-delà du nombre grandissant de malades, l'obésité a causé en 2020 près de 2,8 millions de décès. Une surcharge pondérale trop importante est souvent à l'origine de nombreuses complications de santé, parmi elles, on note - dans le désordre - le diabète, les maladies cardiovasculaires, les cirrhoses (ou la maladie du foie gras), les problèmes de peau, les dérèglements hormonaux, les douleurs articulaires, le cholestérol... Un joyeux package qu'on ne souhaite à personne. 

 

Comprendre que ce n'est pas montrer du doigt l'obésité pour prôner la minceur (voir la maigreur)

 
 
 
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Encore une fois, il est important de bien encadrer et mesurer le propos. L'émission se veut avant tout bienveillante et n'est pas là pour prôner la joie d'être mince. Au contraire, c'est bel et bien l'acceptation de soi et la recherche du bien-être qui sont mises à l'honneur dans l'émission. 

Un paramètre de taille à prendre en compte pour bien comprendre toute la mesure du programme, c'est que les participants n'ont pas été sélectionnés sur casting "traditionnel(comprenez "toi, tu es gros, viens nous voir, on va te faire fondre"). L'ensemble des 10 participants ont été sélectionnés, car ils avaient déjà entamé les procédures pour subir une chirurgie visant à soigner leur obésité. Le programme n'est là que pour permettre aux participants à témoigner et pour leur apporter un accompagnement psychologique - qui est une part indissociable de la maladie. 

"Je ne m'aime pas, c'est tout" - Stacy, 23 ans, participante de l'émission. 

Plus qu'un show spectacle (même si, bien sûr, dès qu'il s'agit de télé, il y a toujours un facteur entertainment à prendre en compte), l'émission se donne pour but de lever le voile sur les difficultés liées au combat contre l'obésité. 

 

Une émission portée par Karine Le Marchand, véritable Girl Boss du P.A.F 

 
 
 
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C'est elle qui est à l'initiative de ce programme. Son envie de vouloir créer cette émission est née suite à la prise de conscience face aux chiffres de l'obésité grandissants sur le territoire. L'émission a lentement grandi dans son esprit et c'est après 3 ans de tournage et près d'une année de montage que la Girl Boss a pu présenter son bébé aux téléspectateurs. Son envie ? Parler de "ces invisibles" de la société, leur donner la parole sur leur mal-être. Tout le monde est libre de ses actes et si certains acceptent leur physique comme il est et arrivent à être en harmonie avec leur corps et bien dans leurs baskets, ce n'est malheureusement pas le cas de tous. Et tout le monde a le droit de vouloir engager une perte de poids (quand elle s'avère nécessaire). Ainsi, c'est avec un regard bienveillant que la présentatrice a accompagné les participants sur plus de deux ans. La première émission, proposée en triptyque, est d'ores et déjà disponible sur M6 Replay. 

En vidéo, Karine Le Marchand revient sur l'ensemble de son parcours et sur les raisons qui l'ont motivée à créer un tel programme.