C'est une prise de position unique dans le paysage politique européen. La Belgique a décidé, ce jeudi 2 juin, de dépénaliser complètement l'activité de prostitution sur l'ensemble de son territoire. Dès maintenant, les travailleurs et travailleuses du sexe auront les mêmes droits que les travailleurs indépendants. Ils pourront ainsi profiter d'une Sécurité sociale, d'un chômage en cas de cessation d'activité, d'un accès facilité aux soins, de congés maternité... En somme, des droits équivalents à n'importe quel travailleur. 

En prenant cette position, la Belgique envoie un message fort : les travailleurs du sexe sont des travailleurs comme les autres et n'ont plus, en 2022, à se cacher ou à continuer à pratiquer leur activité dans l'illégalité.

Une loi pensée dans sa globalité 

Si cette loi va apporter plus de confort, de protection et de considération à l'ensemble des travailleurs du sexe, elle va également lever le risque de pénalisation pour les personnes supportant ou hébergeant les travailleurs et travailleuses du sexe. Ces actes, considérés jusqu'à la semaine dernière comme du proxénétisme, ne seront plus pénalisés (sauf cas de profil anormal).

Une loi qui veut mettre fin à la stigmatisation des travailleurs.euses du sexe

Les travailleurs du sexe sont, en 2022, encore trop stigmatisés par la société et c'est en partie lié à la stigmatisation systémique de toutes les activités liées à la sexualité. Or, aujourd'hui, avec les plateformes comme MYM ou Only Fan, sans parler du Cam Working, les métiers du sexe ont pris de nombreuses formes et peuvent être un véritable choix de vie. En dépénalisant l'activité, on envoie un message fort à la société. Si, aux yeux de la loi, l'activité est considérée comme "normale" pourquoi cela devrait-il être différent du point de vue de la société ?

"Les travailleuses ne doivent plus être stigmatisées, exploitées, dépendantes", a déclaré Vincent Vanc Quickenborne, ministre de la Justice fédérale et porteur de la grande réforme du Code pénal sexuel belge.

Cependant, la prudence restera toujours de mise. Car, si la dépénalisation va permettre aux personnes ayant fait le choix de prendre ces chemins de vie professionnelle de travailler sans encombre, cela va également faciliter la création des réseaux d'exploitation de l'humain. C'est pour cette raison qu'il est nécessaire qu'il y ait un vrai regard sur les différentes activités pour éviter que des femmes et des hommes soient contraints à vendre leur corps pour les bénéfices d'un proxénète. 

Toutes ces mesures sont liées à la modification et à la modernisation du droit pénal sexuel, dont certains textes dataient de 1867. En plus de la dépénalisation de la prostitution, le crime d'inceste a également été inscrit dans la loi et les peines pour viol ont largement été alourdies.

En France, depuis 2016, ce n'est plus la prostitution qui est interdite, mais le fait de consommer de la prostitution. Cependant, les travailleurs.euses du sexe français sont toujours dans des situations précaires et ne peuvent, aujourd'hui, pas profiter des mêmes droits et de la même protection que les travailleurs indépendants. 

Les Éclaireuses

 

 

 

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