Le Petit Larousse accueille 150 nouveaux mots pour son édition 2021, et le terme féminicide en fait partie.

Il était temps !

Mais d’où vient ce fameux mot ? À l'origine, deux mots de la langue anglaise. Féminicide, c’est la contraction de « female » (féminin en anglais) et « homicide » (meurtre en anglais). On traduit donc : le meurtre d’une femme.

Pour vous remettre dans le contexte, ce terme est fréquemment utilisé depuis les années 80-90 par les associations de victimes de violences conjugales et, pourtant, il a fallut attendre 2015 pour que le mot féminicide soit inscrit dans un dictionnaire français, le Petit Robert en l’occurrence. Malgré les 6 ans de retard, c'est donc une excellente nouvelle que de voir ce mot inscrit officiellement dans un autre dictionnaire français.
En effet, dans notre pays, les chiffres sont alarmants.

D'après un rapport du ministère de l'Intérieur, durant l'année 2019, une femme a été tuée tous les deux jours et demi sous les coups de son conjoint.
L'association féministe NousToutes a compté 97 féminicides durant l'année 2020. De nombreuses autres associations féministes et pour l'égalité hommes-femmes alertent le gouvernement sur ce phénomène qui prend de plus en plus de place en France. Avec ces périodes de confinement et de couvre-feu, les chiffres ont considérablement augmenté et la société reste indifférente.


Le problème avec les violences faites aux femmes c'est l'emprise des partenaires et des conjoints, mais surtout la prise en charge par la justice qui est inadaptée. Si on attend encore une loi concrète et des mesures sérieuses de la part de la justice et de l'État, la présence de ce mot dans le dictionnaire français le plus vendu est une avancée à ne pas négliger. On vous explique pourquoi.

 

Les Éclaireuses

  

1. Un féminicide, c'est quoi ? 

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Petits rappels avant de commencer : Un féminicide (ou un fémicide), c'est le meurtre d'une ou plusieurs femmes à cause de leur genre, uniquement parce qu'elles sont femmes. Il existe plusieurs types de violences conjugales : les violences physiques, les violences sexuelles et enfin les violences psychologiques. Les délits sont des infractions de gravité moyenne tandis que le crime est la plus grave infraction.

Aujourd'hui en France, les violences conjugales et les violences faites aux femmes ne sont pas systématiquement considérées comme des crimes. Si dans l'histoire du monde, les féminicides ne sont pas des phénomènes nouveaux, ils n'ont été sérieusement théorisés qu'il y a seulement 40 ans. Souvent avant d'arriver au féminicide il y a d'autres violences, elles aussi graves, qui sont infligées par le partenaire lié au sexe. Par exemple, beaucoup de victimes ont subi des viols au sein même de leur couple.

Les féminicides ne sont pas une nouveauté, mais ils sont plus médiatisés car dénoncés et surtout parce qu'ils sont révélateurs d'un système de justice déficient. 


2. Pourquoi l'entrée du mot féminicide dans le dictionnaire français est-elle capitale ?

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Si le mot féminicide est entré dans le dictionnaire français, l'Académie française ne reconnaît toujours pas l'existence du mot. Et c'est là tout une partie du problème. La société française est encore divisée sur la question. Est-ce un crime, un délit ? Le féminicide peine à trouver sa place dans les textes de droit pénal. La raison ? Généralement, les faits touchent l'intimité du couple et les violences ont lieu au domicile, cachés de tous.

Les moeurs et mentalités changent, mais pas assez rapidement, et les victimes continuent de subir, en plus de la violence de leur conjoint, celle de la justice qui n'est pas adaptée. La France est le pays en Europe avec le moins de mesures concrètes pour protéger les femmes. Les pays du sud de l'Europe (Espagne et Italie) font figure de bons élèves avec la reconnaissance des violences conjugales comme crime en Italie et des formations spécialisées pour les forces de police en Espagne.

En France, de la prise en charge par la police jusqu'au tribunal, le chemin de la victime est souvent ponctué de remarques sexistes et de remise en question de sa parole. Pourtant, à chaque nouvelle victime de féminicide, on entend souvent que cette dernière avait saisi la justice pour s'éloigner de son conjoint violent ou qu'elle avait porté plainte à plusieurs reprises, malheureusement sans suite. L'arrivée du mot "féminicide" est d'une importance sans précédent puisqu'il n'y a plus d'excuse pour ignorer ce phénomène qui gangrène la France.

C'est une vraie décision qui pourrait pousser la justice et l'État à prendre des mesures contre ces véritables homicides sexistes.

 


3. Comment lutter contre ce phénomène et plus généralement contre les violences faites aux femmes ?

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Durant l'année 2019, 146 femmes ont été tuées et durant l'année 2020, c'est 97 femmes qui ont perdu la vie suite à des violences conjugales. Ces féminicides sont des meurtres qui peuvent être évités si la loi considérait chaque infraction liée aux violences conjugales comme un crime. Les associations contre les violences faites aux femmes demandent aussi un ajustement du Code pénal qui laisse trop souvent les conjoints violents s'en sortir avec de simples condamnations en sursis et des amendes.

Le suivi des hommes violents est primordial. Pour rappel, dans la grande majorité des cas, les auteurs de féminicides ont des antécédents de violences conjugales. Dans les grandes villes comme Paris, il existe des centres spécialisés pour les victimes de violences conjugales.

À l'échelle de la France, il y a aussi le numéro national d'aide aux femmes victimes de violence, le 3919. Un.e conseiller.ère est là pour une écoute active.