Nouvelle aberration : au Brésil, l’accès à l’avortement pour les victimes de viol se durcit.

Dorénavant, les femmes victimes de viol devront « raconter en détail » et prouver leur agression avant de pouvoir interrompre leur grossesse. Le nouveau texte prévient que des poursuites judiciaires pourront être intentées contre elles si elles ne peuvent pas prouver ce qu’elles avancent.

Le texte, émis vendredi 28 août par le ministère de la Santé, prévoit également l'obligation pour le personnel médical de proposer à la femme de voir l'embryon ou le fœtus par échographie. Une nouvelle condition visant à culpabiliser la victime et à la faire changer d'avis.

Enfin, tout récit de viol sera obligatoirement signalé à la police par le personnel soignant, suivi d’un dépôt de plainte, que les victimes le veuillent ou non. Une restriction visant cette fois à dissuader d'avorter les victimes qui auraient honte, ou peur de leur agresseur.

Pour rappel, l'avortement demeure illégal au Brésil et n'est autorisé qu'en cas de danger pour la mère, de grave malformation du fœtus, ou de viol. Mais cette dernière exception, mal acceptée par les Églises catholiques et évangéliques conservatrices, vient d'être remise en cause.

Le gouvernement conservateur de Jair Bolsonaro a émis ces nouvelles réglementations en réponse aux protestations dans le pays. Mi-août, des évangélistes ont tenté de bloquer l'entrée de l'hôpital à une fillette de 10 ans, tombée enceinte après avoir été violée par son oncle. Le lieu et la date de son IVG avaient été dévoilés sur Twitter par Sara Winter,  une militante anti-avortement, ce qui avait soulevé une vague d'indignation.

Et alors que les partisans du droit à l'avortement s'indignaient, Damares Alves, ministre des Droits de l’homme, de la Famille et des Femmes, également Pasteur évangélique, déplorait de son côté que la justice ait autorisé l’avortement de la fillette violée.

Ces nouvelles restrictions ont immédiatement été dénoncées par des représentants politiques d'autres partis que l'extrême droite du président brésilien.

L’ancien ministre de la Santé et député Alexandre Padilha, du parti des Travailleurs, a déjà déposé un projet de décret pour annuler les restrictions émises par le gouvernement, indique RFI. Tout comme la députée de gauche Jandira Feghali, qui a tweeté : « Je viens de présenter un projet de loi pour bloquer ce décret, qui est un obstacle pour l’avortement légal et représente une violence psychologique contre les femmes », relate Le Monde.

Au Brésil, environ six enfants entre 10 et 13 ans avortent chaque jour dans le pays, et quatre filles entre 10 et 13 ans sont violées chaque heure, selon les données de l’Annuaire brésilien de sécurité publique de 2019, citée par Le Monde.

Les Éclaireuses

Crédit photo : NurPhoto/Corbis via Getty Images

 

 

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