Si le Quiet Quitting est souvent associé à l'univers de l'amour et aux personnes qui n'osent pas quitter leur partenaire, depuis quelques mois (tout du moins depuis la fin de la pandémie), on constate un phénomène similaire dans le milieu professionnel. 

Depuis quelques mois, une vague de démission fait rage dans les entreprises de France et de Navarre. Selon la DARES, un observatoire national géré par le ministère du Travail, depuis le début de l'année 2022, on note une vague massive de démissions (environ 500.000 par semestre). C'est un record pour la France. En d'autres termes, le pays est en train de vivre une grande vague de lassitude vis-à-vis du monde du travail doublée d'une crise de recrutement qui touche l'ensemble du pays. 

Malgré ce nombre record de démissions, il reste des irréductibles qui sont, eux aussi, lassés par leurs tâches quotidiennes, mais qui préfèrent la stratégie du Quiet Quitting, soit faire le minimum syndical en se détachant de toutes les missions externes à leurs tâches principales. Fini les heures supplémentaires, adieu le volontariat et hors de question de faire des séminaires d'entreprise qui obligent à passer un week-end à faire des réunions ! Pour ces démissionnaires silencieux, le travail s'arrête à la sortie des bureaux et il est impensable de ramener du travail à la maison.

Cette vague de lassitude n'est pas née par magie, elle est directement liée à une prise de conscience lors de la pandémie et à une fâcheuse habitude dans le secteur privé qui consiste à assigner toujours plus de tâches à ses employés (souvent pour éviter d'embaucher).

Le phénomène, loin d'être exclusivement français, est en train de prendre de l'ampleur sur les réseaux sociaux, poussant toujours plus de personnes à adopter l'engagement minimum afin de préserver leur santé mentale.

Les Éclaireuses

Métier passion VS boulot alimentaire

Étrangement, Karl Lagerfeld avait, comme Confucius, une maxime très juste à propos du travail : 

"Travailler, c'est faire un boulot que l'on n'aime pas. Dès l'instant que vous aimez votre boulot, ce n'est plus du travail."

Toute la question réside donc dans le fait d'apprécier ce que l'on fait au quotidien ou non. Sauf que dans les faits, on considère que seulement 7 % des travailleurs ont un emploi qu'ils apprécient (et qui peut même s'apparenter à une passion). Pour les autres, le travail est quasi exclusivement une source de revenus. Mais là encore, il y a une ombre au tableau. Dans une enquête IFOP datant de mars 2022, un large panel de Français a été questionné sur leur relation au travail et la question qui fait la quasi-unanimité, c'est celle de la rémunération. Pour 91 % des sondés, les salaires actuels ne permettent pas d'assumer le coût de la vie quotidienne (et avec l'inflation qui se profile, cela risque d'être encore pire). Cette question du salaire est également la première source d'insatisfaction des travailleurs par rapport à leur activité professionnelle : pour 47 % d'entre eux (soit presque 1 sur 2), la rémunération est le problème majeur, loin devant la charge de travail.

La situation est donc la suivante : une majeure partie des employés du secteur privé ne trouve pas (plus) de sens à leur travail et les entreprises restent très frileuses sur la question de la rémunération. Le résultat, explosif, est la cause première de cette vague de désintérêt, de démission et, surtout, de burn-out.

Une pandémie qui a changé notre perception du monde

Il est indéniable que la pandémie et les différents confinements qui en ont découlé ont impacté notre santé mentale, mais aussi (et surtout) nos envies futures. Lorsque le monde était, tous les soirs, aux fenêtres pour applaudir les soignants, beaucoup ont pris conscience de la superficialité de leur travail.

Maria Kordowicz, professeure à l'université de Nottingham, explique dans un vaste rapport que "Depuis la pandémie, la relation des gens avec leur travail a été étudiée de nombreuses façons, le constat est que le rapport global que les gens ont avec leur travail a changé (...) La quête de sens est devenue plus évidente parce que nous sommes passés par une période qui nous a mis face à l'existentiel et à la mortalité".

Sur TikTok, les vidéos sur le sujet sont de plus en plus nombreuses et traduisent cette lassitude partagée par des millions de travailleurs (souvent au début de leur vie professionnelle).

 

@hunterkaimi just my thoughts take it or leave it #quietquitting ♬ original sound - Hunter Kaimi

 

De plus, la généralisation du télétravail a permis aux employés de prendre goût à la liberté que l’on peut avoir en travaillant à la maison, sans se plier à des horaires et sans avoir la pression d'un patron qui est constamment au-dessus de l'épaule pour vérifier si le travail est correctement fait. 

Tous ces facteurs ne font qu'encourager de plus en plus de gens à ne plus s'investir corps et âme dans leur travail tout simplement parce que la reconnaissance (au dépit de l'utilité de l'activité) se fait souvent désirer.

Vers une quête de l'essentiel et de l'utile ? 

Avec tous les voyants au rouge concernant l'avenir et un rapport du GIEC qui dit, noir sur blanc, que si rien n'est fait, d'ici trois ans, l'humanité aura atteint le point de non-retour, à quoi bon se tuer à la tâche pour une vie qui se présente tout sauf rose ? C'est sûrement pour cette raison que de nombreux jeunes actifs n'ont plus envie de jouer le jeu de l'ambition et préfèrent se tourner vers des jobs qui ont du sens : travailler dans le social, créer une petite entreprise de produits écologiques, mettre son temps au service de la société...

Et si de nombreux pays commencent à envisager les semaines de 3 à 4 jours de travail, c'est bien en réponse à une génération en quête de l'essentiel et qui, surtout, n'a aucunement envie de se tuer à la tâche, car la carotte est devenue trop peu attrayante. Parce qu'au fond, est-ce que notre valeur en tant que personne est réellement quantifiable et si oui, sommes-nous parfaitement sûrs qu'à la fin de notre vie nous ne regretterons pas toutes ces années à travailler comme un dératé sans prendre le temps d'apprécier le temps qui passe ? Dans une société où la question de la santé mentale est de plus en plus centrale, rien d'étonnant à ce qu'une génération biberonnée aux canaux multiples et qui a accès à de nombreux modèles de vie se questionne sur ce à quoi leur avenir pourrait ressembler.

 

 

 

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