Kinds of Kindness : Yórgos Lánthimos livre une réflexion maligne sur la condition humaine

Téa Antonietti 26 juin 2024

Ce mercredi sort "Kinds of Kindness", le nouveau joyau cinématographique de Yórgos Lánthimos, réalisateur de "Pauvres Créatures" et "The Lobster". Voyage de l'autre côté du Pacifique, aux États-Unis, pour découvrir les contes sur mesure tout droit sortis de l'esprit du cinéaste, entre étrange banalité et démesure horrifique. Le film est unique.  

"Le moment de vérité". Phrase prononcée par Emma Stone dans le nouveau Kinds of Kindness de Yórgos Lánthimos, qui résonne dans notre esprit. La vérité humaine, une recherche de l'authenticité, aussi brute et imparfaite soit-elle, offerte par l'Homme, avec horreur et ironie. Comme si notre condition humaine nous mettait au défi, face à des schémas de vie aussi instables que nocifs, l'étendue de nos réactions passe du bon sens au délire total en l'espace de quelques secondes seulement. 

Et pourtant, qu'est-ce que l'on serait prêt à faire pour atteindre une satisfaction personnelle ? Telle est la question, amenée entre gore et légèreté par le cérébral cinéaste Yórgos Lánthimos. Son œuvre, indépendante car résolument à part, offre pour chaque proposition du jamais vu, de l'absurde comme du très, trop concret. Pas question de prendre des pincettes ou de rencontrer la conformité d'une société, le cinéma de Yórgos Lánthimos est sauvage, comme fraîchement sorti de son imaginaire, avec un sens du détail et un traitement de l'image sensationnels. 

De quoi parle le nouveau film du réalisateur de "Poor Things" ? 

 
 
 
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Comme un poète des temps modernes, Yórgos Lánthimos nous conte 3 fables d'apparence banales, théoriquement distinctes, mais à la philosophie semblable. D'abord, le quotidien minutieusement rythmé d'un homme sans choix (Jesse Plemons) obsédé par son patron (Willem Dafoe), lui-même obsédé par lui. Le big boss le fait souffrir par ses ordres anxiogènes mais offre des objets fracassés par des sportifs mondialement connus pour se faire pardonner. Excuses louches. Le deuxième court-métrage nous immisce dans les retrouvailles d'un policier inquiet (Jesse Plemons) et sa femme (Emma Stone) tout juste repêchée d'un naufrage en mer, qui, si identique soit-elle, est loin d'être sa femme. Qui est-ce ? 

Enfin, la dernière histoire suit une jeune maman (Emma Stone) dans son étrange recherche d'une femme au pouvoir spécial (Margaret Qualley) pour devenir un chef spirituel prodigieux. On ne sait pas ce qu'il y a dans l'eau de sa gourde. Chaque court métrage dispose d'un personnage en commun, l'énigmatique R.M.F, dit Yorgos Stefanakos. S'il est non verbal, son nom donne le ton de chaque histoire. R.M.F meurt, puis vole et enfin, mange un sandwich. Les titres sont absurdes, comme la direction de chaque fable, et cette composition un poil tirée par les cheveux s'apparente à un melting-pot de rêves farfelus. Sommes-nous en plein rêve lucide ? Pas tout à fait, c'est juste un film de Yórgos Lánthimos.

Emma Stone, l'actrice Oscarisée qui scintille en 2024

 
 
 
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2024, c'est son année. Emma Stone, de son vrai prénom Emily qu'elle aimerait que l'on emploie plus souvent, se prête une fois de plus au cinéma si particulier de Yórgos Lánthimos, dont l'un des rôles répond au nom d'Emily. Un clin d'œil qui confirme la relation créative prolifique que les deux artistes entretiennent, signant leur deuxième long-métrage ensemble en seulement un an. Cette année, le bijou de bizarrerie qu'est Pauvres Créatures a convaincu un public transgénérationnel, par sa poésie unique et sa performance singulière, articulée par Emma Stone.

Prouesse de jeu qui lui vaut un deuxième Oscar de la Meilleure Actrice en mars dernier, rien que ça. Ce mois de juin, Emma Stone est de retour dans Kinds of Kindness, pour incarner non une mais bien trois féminités, comme elle sait tant le faire, avec agile sensibilité et audacieuse authenticité. Chacun de ses personnages demande à être aimé, quitte à se couper le pouce ou se couper du monde. Pour nous, Emma Stone est aimée et son jeu, lui, nous a coupé le souffle. Un troisième Oscar pour Emily, please. 

Yórgos Lánthimos, son synopsis et son casting reconnus par le Festival de Cannes

 
 
 
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Présentées en compétition officielle à la 77ème édition du Festival de Cannes, ces fables en triptyque que regroupe Kinds of Kindness ont certainement su faire effet. D'abord par un synopsis multiplié par trois à dormir debout, à son scénario hilarant, entre extrême gravité et enfantine légèreté. Surtout, pour son casting 5 étoiles, composé de Willem Dafoe, Margaret Qualley, Emma Stone, Mamoudou Athie, Hong Chau, Hunter Schafer, et le brillant Jesse Plemons qui remporte le prix d'interprétation masculine cannois, amplement mérité.

Comme une troupe de théâtre qui viendrait conter des fables à la morale sur-mesure, le casting est une entité de profils créatifs puissante, si bien qu'on le quitte dans une intrigue définie pour en découvrir une toute autre avec grande fluidité. Chaque acteur exerce une attraction sur la trame du film, avec la douceur à double tranchant de Margaret Qualley, la persuasion ensorcelante de Willem Dafoe, ou encore l'humanité imparfaite de Jesse Plemons. Pour mener à bien une telle intrigue, le casting de Yórgos Lánthimos est varié avec cohérence.  

Notre avis sur Kinds of Kindness, de sortie en France ce mercredi

 
 
 
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Le film s'ouvre sur Sweet Dreams d'Eurythmics et se clôture sur le titre Brand New Bitch de Cobrah, soit une entrée/sortie de scène dynamique à souhait, tandis que l'opus est bercé par une composition tantôt classique, tantôt stridente, imaginée par l'excentrique Jerskin Fendrix. La bande-son est à l'image de Kinds of Kindess : on passe de notes de pianos brutes angoissantes dignes d'un film d'horreur à de l'électronique de bad bitch à écouter (de préférence) à bord d'une Cadillac. Au premier abord, Kinds of Kindness nous parle de sortes de gentillesse. En réalité, il s'agit de portraits tirés de notre réalité avec au premier plan, les dérives de notre attitude humaine, à mi-chemin entre puérilité, égoïsme et envies meurtrières. 

Ici, l'association aux rêves donne sens à l'intrigue, soit un paysage quotidien, du bureau à son chez-soi, des protagonistes familiers, un inconnu sorti de nulle part (dans le film, le fameux R.M.F) et une action totalement délirante, pouvoirs magiques, chiens au volant, ou encore, morts particulièrement gores. Pour nous, la beauté du fond de la pensée humaine est brillamment traitée comme telle, sans complexe ni interdits. Derrière chaque péripétie absurde, se lit une nostalgie, une quête identitaire, un manque affectif ou une emprise psychologique. Soit, ce que tentent de nous faire comprendre nos rêves, en réalisant parfois nos pires cauchemars. Cette réflexion est noblement menée avec une ironie qui dédramatise la gravité des choses, et nous invite à questionner notre propre condition avec légèreté. Intelligent. 

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Tags : News Divertissement, Cinéma, Festival de Cannes, Pop Culture

Téa Antonietti
Rédactrice Mode & Lifestyle
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