Fervent protecteur de la cause animale, de l'environnement ou totalement étranger à ces causes, Seaspiracy ne vous laissera pas de marbre.

Dans la lignée de Cowspiracy: The Sustainability Secret, un documentaire sorti en 2014 pointant du doigt l'élevage industriel à grande échelle, Seaspiracy, récemment paru sur Netflix et produit par la même équipe, lève le voile sur les ravages de la pêche commerciale.

Durant 90 minutes, le film suit le voyage du réalisateur Ali Tabrizi alors qu'il découvre le véritable coût de la pêche commerciale en mer et ce que nous risquons de perdre si nous continuons à permettre à cette industrie de sévir sur notre planète bleue.

Après avoir tout observé, de la chasse à la baleine au chalutage de fond à l'échelle industrielle, en passant par la pêche aux ailerons de requin et les fermes piscicoles infestées de poux, Tabrizi conclut (spoiler alert) que les océans sont en grande difficulté et que la meilleure façon pour lui d'être actif sur cette question est d'éviter de manger les produits de la mer. Avec des chaînes d'approvisionnement mondiales de la pêche si alambiquées et complexes, il conclut que les produits de la mer durables n'existent pas.

Si le documentaire époustouflant sensibilise à la cause environnementale et animale, il ouvre aussi le rideau sur l'impact néfaste de toute cette industrie sur notre santé.

Les images bouleversantes nous plongent dans une réalité trop longtemps occultée. Si vous n'avez pas encore vu Seaspiracy, voici pourquoi il devrait changer pour toujours votre vision de la pêche et questionner votre consommation de poisson.

Les Éclaireuses

 

La protection du monde marin est essentielle pour notre survie

Seaspiracy - Netflix

Saviez-vous que 93% du CO2 mondial est retenu dans les océans grâce aux plantes aquatiques, aux algues et aux coraux ? Le documentaire met en exergue que perdre ne serait-ce que 1% de cet écosystème reviendrait à relâcher les émissions de 47 millions de voitures.

Aujourd'hui, l'écosystème marin est en péril et la faute est remise sur le réchauffement climatique. Pourtant, la pêche industrielle n'est pas toute blanche. Les algues ont besoin des poissons en général, mais aussi des baleines et des dauphins. En remontant à la surface pour respirer, ces espèces fertilisent des phytoplanctons (algues microscopiques) qui absorbent chaque année 4 fois plus de CO2 que la forêt Amazonienne et produisent 85% de notre oxygène. Si on protège ces animaux, on protège la planète.

Les baleines et les dauphins font l'objet d'une chasse abominable. Pourtant interdite depuis 1986, la chasse à la baleine est encore pratiquée dans certains pays. Parmi eux, le Japon. À Taiji, plus de 700 dauphins et petites baleines sont massacrés chaque année. Sans grande surprise, ce massacre est financé et motivé par l’industrie des parcs marins, car un dauphin se vend très cher : lorsqu'il est entraîné, il vaut plus de 100 000$.

Les requins aussi participent à la protection de l'écosystème. Pourtant, ce mammifère marin est traqué et pêché pour ses ailerons, grandement adulés en Chine. Cette industrie représente plusieurs millions de dollars, et la conséquence inévitable est que le nombre de requins diminue drastiquement.

 

La pêche commerciale est l'industrie la plus dévastatrice, tant pour la faune que pour la flore

Seaspiracy - Netflix

Lorsque l'on parle de l'industrie animalière, on pense à l'élevage des poulets en batterie ou à l'élevage intensif de vaches et de porcs. Ce qu'on omet, c'est la pêche commerciale qui est pourtant un problème majeur. Nous avons tous une image enjolivée de la pêche : le petit bateau rouge qui navigue avec à son bord un capitaine à la barbe blanche éclatante. Vous imaginez bien que la réalité est toute autre.

La pêche n'est rien d'autre que du braconnage à grande échelle. Selon les données du documentaire, 2 700 milliards de poissons sont pêchés chaque année, soit 5 millions tués chaque minute. Aucune autre industrie au monde ne tue autant d’animaux que celle-ci. Sylvia Earl, océanologue pour National Geographic, affirme qu'à ce rythme effréné, en 2050 la pêche commerciale n'existera plus, pour la simple raison qu’il n’y aura plus assez de poissons à attraper.

En fait, cette pêche démesurée serait comme une déforestation des océans. La plus destructrice de toutes ? La pêche au chalut. Les plus grands chaluts sont si énormes qu’ils pourraient engloutir une cathédrale. Le filet est lourdement lesté et emporte toute la vie marine sur son passage, comme les bulldozers qui détruisent la forêt Amazonienne. Mais la pêche est pire encore. Chaque année, près de 10 millions d’hectares de forêt disparaissent (l'équivalent de 27 terrains de foot rasés chaque minute), tandis que la pêche au chalut dévaste environ 1,5 milliard d’hectares chaque année (soit 4 316 terrains de foot chaque minute). Sur une année, c’est comme faire disparaître le Groenland, la Norvège, la Suède, la Finlande, le Danemark, le UK, l’Allemagne, la France, l’Espagne, le Portugal, l’Italie, la Turquie, l’Iran, la Thaïlande et l’Australie.

 

Les prises accessoires font des ravages

Seaspiracy - Netflix

Certaines espèces qui ne sont pas visées par l'activité se retrouvent piégées dans les mailles des filets et périssent. Ces prises accessoires sont les victimes invisibles de l’industrie de la pêche. Pourtant, les chiffres ne peuvent passer inaperçus. Le documentaire relève que 50 millions de requins constituent des dommages collatéraux de cette industrie, tandis que jusqu'à 10 000 dauphins sont tués accessoirement au large des côtes atlantiques françaises, soit 10 fois plus qu'à Taiji.

N'imaginez pas que ces poissons retrouveront une vie tranquille. Dans les cas où ils sont relâchés, leurs chances de survie sont faibles : ayant souffert du manque d'oxygène et de traumatismes, ils finiront par mourir.

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On ne peut pas faire confiance à tous les labels

Seaspiracy - Netflix

Si manger du poisson issu de la pêche durable semble être la chose à faire, le réalisateur démontre cependant que les labels Dolphin Safe et Marine Stewardship Council (MSC) ne sont pas la garantie que les consommateurs recherchent. En effet, on s'attend légitimement à ce qu'une pêche durable soit responsable, soucieuse de l'environnement et surtout des autres espèces. Cependant, le problème est que les labels n’ont aucun moyen de prouver ces critères. Mark J Palmer du Earth Island Institute – l’organisation qui gère le label Dolphin Safe – déclare qu'"une fois en pleine mer, comment peut-on savoir ce que [les pêcheurs] font ? Nous avons des observateurs à bord – mais les observateurs peuvent être soudoyés".

Les labels font déculpabiliser le consommateur. En plus de 20 ans, le label MSC a été refusé à quelques pêcheries seulement. Pire encore, en un mois de pêche en Islande, une pêcherie a attrapé 269 marsouins, 900 phoques et 100 000 oiseaux marins, et pourtant elle possédait le fameux label bleu MSC.

En réalité, selon le Capitaine Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd, la pêche durable est impossible puisqu'il n’y a pas assez de poisson dans les océans. Le "durable" est du marketing, puisque la pêche durable ne veut au fond rien dire : il n’existe même pas une définition unique, mais plusieurs concepts selon les différentes pêches.

 

La pisciculture n'est pas toujours une alternative préférable

Seaspiracy - Netflix

Dès lors, consommer du poisson provenant de la pisciculture semble être l'alternative la plus écoresponsable : pas de prises accessoires, pas de dégât sur la mer et pas d’espèce menacée.

Mais ce que vous ne savez probablement pas, c’est que certaines espèces de poissons d’élevage sont nourries avec de la nourriture ultra-transformée faite à parti de farine et d'huile de poisson et bourrée de produits chimiques : en réalité le saumon d’élevage serait gris si sa nourriture n’était pas bourrée de produits qui lui donnent sa fameuse chair rose.

Et le documentaire ne manque pas de montrer, preuves à l’appui, d’autres graves problèmes causés par la pisciculture, comme les infestations de poux de mer, qui dévorent les poissons vivants. La moitié des saumons meurent - d'anémie, de maladie ou de crise cardiaque - avant même d'avoir été pêchés.
 

La pêche commerciale est extrêmement polluante

Seaspiracy - Netflix

Tous les efforts pour lutter contre la pollution des océans sont concentrés sur l'arrêt de l'utilisation d'objets en plastique dans notre quotidien. Pourtant, le film révèle que le vortex de déchets du Pacifique nord - une décharge flottante géante de 1,6 millions de km2 - est composé à 46% de filet de pêche.

Des îles sont envahies de filets de pêche, les baleines qui s’échouent ont du matériel de pêche, mais les campagnes ne parlent que de nos déchets domestiques.

Au-delà du plastique, la pêche est bien plus nuisible que la pollution par hydrocarbure. La marée noire de Deep Water Horizon dans le Golf du Mexique en 2010 a été la pire de l'histoire. Et pourtant, la pêche commerciale dans ce Golf tue plus d’animaux en une seule journée que cette catastrophe en 3 mois.

Une seule solution : arrêter de manger du poisson 

Seaspiracy - Netflix

Aussi radicale soit-elle, voici la conclusion finale du documentaire. Le seul moyen de protéger les océans et la vie marine est de ne pas la manger. Si on la protège plus, qu’on pêche moins et qu’on retrouve un équilibre et un écosystème sain, alors la vie marine a de bonnes chances de survivre.

Pour mettre toutes ses chances de son côté et convaincre le plus grand nombre, le réalisateur a posé la question suivante à un docteur : que se passe-t-il si nous arrêtons de manger du poisson ? Dr Michael Greger a alors répondu : "Vous n’aurez plus du tout cet apport de métaux lourds très toxiques comme le mercure. Vous allez diminuer votre consommation de dioxine et autres polluants organiques persistants. La chaîne alimentaire aquatique contient la plus grande concentration de polluants industriels. Un poisson propre n’existe pas, il est soit pollué, soit très pollué". Finalement, que du positif...

On pense souvent que le poisson est la meilleure source d’oméga 3. Mais ce ne sont pas les poissons qui les produisent, ce sont les microalgues. Quand les poissons les avalent, le DHA (acide docosahexaénoïque) qu’elles contiennent se retrouve dans leur chair. Alors, autant court-circuiter et manger les algues directement.

Les aliments à base de plantes semblent être ce qu’il y a de mieux pour l’avenir. Il existe des alternatives aussi bonnes en goût et meilleures pour notre santé et pour l’environnement.

Un monde entièrement végétarien ? C'est l'idéal vers lequel il semblerait que l'on doive tendre.

 

 

Tags : Animaux