C'est une pratique qui se répand, depuis quelques années, comme une traînée de poudre outre-Atlantique. Il semblerait que cette vilaine habitude ait été définie pour la première fois en 2017 dans le Columbia Journal of Gender and Law. Mettre un mot sur cette pratique a permis de lever le voile sur cet acte plus commun et répandu qu'on ne le pense.

Cette action, aussi fourbe que sournoise, n'est ni plus ni moins qu'une rupture de consentement. Un acte sexuel doit TOUJOURS être consenti du début à la fin.

Cet acte furtif, qui n'a sûrement l'air de rien pour les personnes qui le pratiquent, peut avoir de lourdes conséquences psychologiques et médicales sur la personne qui subit cette action. 

Essayons de décortiquer ensemble tous les tenants et les aboutissants de cette pratique. En parler, s'informer, c'est mettre en garde et permettre plus de vigilance. 

Les Éclaireuses. 

 

1. Le stealthing, une pratique plus vieille qu'on le croit ? 

 
 
 
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Bien qu'évoquée pour la première fois en 2017, il est évident que la pratique n'est pas née il y a seulement trois ans. Nous connaissons toutes des femmes, de tous âges, qui ont rencontré des partenaires récalcitrantes face au port du préservatif. Cela est sûrement arrivé à plein de personnes sans qu'elles ne s'en aperçoivent. 

Le plus inquiétant dans cette histoire, c'est qu'il semblerait que cette pratique ait tendance à se démocratiser dans les campus universitaires américains. Depuis longtemps, de nombreuses personnes tirent la sonnette d'alarme sur la question du viol dans les universités américaines. C'est un véritable fléau qui ne trouve pas, ou peu, de solutions. 

C'est un véritable combat sous terrain qui s'opère entre les étudiants. De plus en plus de jeunes femmes témoignent sur ce type d'agression sexuelle. En retour, les étudiants coutumiers de l'acte répondent simplement qu'ils exercent "leur droit d'éjaculer naturellement". Ainsi, deux camps s'opposent, sous un fond de lutte des genres. Bien qu'il ne faille pas voir le monde sous un prisme binaire, il semblerait que dans cette histoire, ce soit les femmes contre les hommes. Rien n'exclut le fait que des hommes ont également pu subir ce genre de pratiques, c'est même sûrement le cas, mais les rares témoignages de l'étude ne permettent pas de l'affirmer. 

 

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2. Une agression sexuelle non sans dangers

 
 
 
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Il y a d'abord les répercussions psychologiques. Le stealthing, ce n'est ni plus ni moins qu'un viol. Même si l'acte en lui-même est (normalement) consenti, le fait de retirer le préservatif pendant l'acte rompt le deal de départ. C'est une rupture pure et simple du consentement, la jeune femme (ou le jeune homme) n'a pas été averti du changement de situation et est obligé de subir un rapport non protégé sans le savoir. Il est très difficile de définir clairement l'ensemble des impacts psychologiques d'un viol, ils sont pluriels et varient selon chaque personne. Mais une chose est sûre, il y aura des répercussions, même minimes : perte de confiance en soi, perte de confiance en l'autre, dégout, sentiment de mal-être profond... La liste est non-exhaustive et peut être encore plus longue. 

Vient ensuite la question des répercussions physiques ou médicales. Cela va des grossesses non désirées à la transmission d'IST ou de MST, allant d'une simple mycose au VIH et ce, pour les deux partenaires. Dans la transmission des maladies, les deux partenaires sont concernés. Il n'est donc jamais vain de répéter l'importance du port du préservatif et la nécessité de le garder jusqu'à la fin de l'acte sexuel.

 

3. Comment est considéré le stealthing aux yeux de la loi en France ? 

 
 
 
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Ce "viol par surprise" est encore soumis à un certain flou juridique sur le territoire. Selon le Code pénal, le viol, c'est "tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature que ce soit, commis sur la personne d'autrui par menace, contrainte, violence ou surprise". C'est le mot surprise qui pose problème, car il est très difficile à définir aux yeux de la loi. Juridiquement toujours, on définit la surprise comme "un stratagème ou un engrenage destiné à provoquer l'erreur de la victime qui, de ce fait, n'est pas en mesure de donner son consentement en connaissance de cause". Le problème viendrait de l'intimité de la situation. Il est très difficile de fournir des preuves quant au déroulé de l'acte en lui-même. Comment peut-on être sûr que le préservatif a été enlevé sans consentement ? Comme pour toutes les autres formes de viol, la situation est toujours très problématique pour les avocats et les victimes, souvent, les preuves se limitent à une parole contre une autre, et les éléments pour donner raison à l'un ou à l'autre ne sont pas assez solides pour trancher rapidement et sans hésitation. 

Ainsi, dans une situation aussi délicate, n'importe quel détail peut venir nourrir le rapport : messages, textos, notes vocales... Il faut apporter la preuve irréfutable que l'acte du retrait du préservatif n'a pas été consenti par l'un des deux partenaires.

 

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4. Comment éviter le stealthing ? 

 
 
 
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Encore une fois, la question réside dans l'éducation, l'information et la sensibilisation. En parler, c'est déjà prévenir. On ne répétera jamais assez l'importance du consentement. L'apprentissage de ce principe moral absolu doit être fait dès le plus jeune âge et doit être martelé jusqu'à ce que cela s'imprime au fer rouge dans la tête des gens. 

La réponse des étudiants américains face à cette situation, à savoir "d'exercer leur droit d'éjaculer naturellement", sous-tend une idée bien plus sombre et triste. Dans l'absolu, ils se donnent le droit de disposer du corps de leur partenaire comme bon leur semble. Aussi, on se rend également compte que, dans leur esprit, leur plaisir et leurs "besoins" surplombent ceux de leur partenaire. La question qui se pose finalement est : comment perçoivent-ils l'acte sexuel ? Comme un acte basé sur le partage mutuel des plaisirs ? Ou comme un acte essentiellement basé sur le plaisir du pénétrant ? 

Mais encore une fois, derrière ces idées hors d'âge, se cache une désinformation sur la situation et un cruel manque d'éducation, qu’elle soit sociale ou sexuelle.

 

5. Pour finir, quelques chiffres généraux sur le viol

 
 
 
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Le viol reste un des grands fléaux de notre société moderne. En 2019, 22 900 viols ont été commis sur le territoire français (source : Ministère de l'Intérieur). Le plus alarmant, c'est qu'il y a eu une augmentation de 19% par rapport à 2018. Il faut aussi prendre en considération toutes les personnes qui n'osent pas avouer qu'elles ont été violées, toutes celles qui subissent le viol conjugal ou les "viols par surprise" comme le stealthing. 

Ce qu'il faut retenir, c'est que le viol, c'est avant tout une affaire de femmes. 96% des victimes sont de sexe féminin (source : INED "Violence et rapport de genre" 2016. Seuls 2% des violeurs sont condamnés par la justice, alors que dans 98% des cas, la victime reconnaît son bourreau. 16% des femmes entre 18 et 69 ont été victimes de viol ou de tentative de viol (source : CSF "Contexte de sexualité en France" ISERM, 2006). 

"Le viol, c'est un meurtre sans cadavre. Le viol est un crime parfait"

Giulia Foïs, Je suis une sur deux