Vaste sujet que celui des troubles du comportement alimentaire (TCA). On a tendance à penser que cela ne concerne que les cas d'anorexie graves, alors qu'en fait, le sujet englobe une large palette de symptômes. Du simple repas sauté aux vomissements après chaque repas, ce sont des troubles polymorphes et qui peuvent s'avérer être invisible. 

Oui, une anorexique mentale n'est pas forcément squelettique et n'importe qui peut souffrir de boulimie. Ce qu'il faut comprendre sur la question des troubles alimentaires, c'est qu'il ne faut pas se fier qu'à l'aspect physique d'une personne. L'aspect psychologique est prépondérant. Certains diront qu'on n'en guérit jamais complètement, que c'est une culpabilité avec laquelle il faut apprendre à vivre. C'est souvent vrai. 

En ce qui concerne les éléments déclencheurs, ils peuvent aussi être multiples : une remarque d'un parent, le décès d'un proche, la dépression, une quête de perfection, un manque de confiance, un appel à l'aide... Il n'y a pas de schéma type, mais les résultats sont souvent destructeurs pour la personne qui souffre de TCA. L'alimentation devient une obsession, la balance devient une source de stress et l'image dans le miroir peut être biaisée par la dysmorphophobie

On connaît les formes les plus graves de TCA, mais qui vous dit que vous n'en souffrez pas, vous aussi, sans le savoir ?

Pour vous aider, voici l'histoire de 5 personnes qui ont ou qui souffre de troubles du comportement alimentaire. Aujourd'hui, la parole est à elles.

Les Éclaireuses

 

Charlotte, 25 ans : "Tous ces comportements allaient de pair avec un état psychologique instable"

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"Je pense que j'ai souffert toute mon adolescence de troubles alimentaires, j'en souffre encore aujourd'hui de temps en temps malgré un suivi psychologique. Mais, je me suis réellement rendu compte que j'avais un problème avec l'alimentation à mes 18 ans. En un mois et demi, j'avais perdu 10kg, je suis passée de 49kg à 39kg. Je ne m'étais pas vu maigrir, c'est ma mère qui, un jour, en entrant dans la salle de bain m'a dit 'mon Dieu mais on dirait que tu sors d'Auschwitz'. Je pense que c'est à ce moment-là qu'elle, comme moi, nous avons compris qu'il y avait quelque chose qui clochait. J'ai mis énormément de temps à reprendre du poids, j'ai toujours surveillé mon alimentation comme le lait sur le feu. Je comptais les calories, me faisais vomir quand je culpabilisais trop... Et parfois, j'avais des crises de sucre, je pouvais engloutir tout ce qui passait. J'enchaînais ensuite avec des régimes mono alimentaires : le régime aux choux, le régime thé vert, le régime jus d'ananas, le régime faussement végétarien pour limiter les calories... Je les ai tous faits.

Je me pesais matin et soir au quotidien et c'était un sentiment de satisfaction incomparable quand j'avais réussi à perdre 1kg. Pourtant, dans le miroir, je me voyais toujours 'grosse'. Je n'avais absolument pas conscience de ce à quoi je pouvais ressembler. Je me suis mise à porter des vêtements surtaillés, je me disais 'grosse comme tu es, tu ne peux pas rentrer dans un XS' alors que dans les faits, si. Je portais des soutiens-gorges qui 'aplatissent' parce que pour moi, le fait d'avoir des seins me donnait l'impression d'avoir du poids à perdre.

Tous ces comportements allaient de pair avec un état psychologique instable. J'ai fait plusieurs dépressions, dont une à 21 ans qui a été particulièrement dure à gérer. Avoir la mainmise sur mon poids me donnait l'impression de garder le contrôle sur quelque chose. Suite à cette dépression, j'ai eu un suivi basé sur l'hypnothérapie. Même si j'ai toujours plus ou moins su d'où me venait ce besoin d'être toujours mince et tonique, on a réussi à vraiment mettre le doigt dessus, c'est une remarque que mon père m'a fait un jour, à la plage. Je devais avoir 8 ou 9 ans, et mon ventre était encore "un ventre de bébé". Quand il m'a vu en maillot, il m'a juste dit 'Là, ça craint le ventre, faut faire quelque chose'. Le culte de la maigreur, c'est une affaire de famille. J'ai toujours entendu ma mère me dire 'ne mange pas ça, pense à tes fesses' ou 'elle est sympa ta copine, mais qu'est-ce qu'elle a un gros cul'. J'ai intégré ces remarques comme une norme et j'ai compris que 'pour exister' aux yeux de mes parents, il fallait que je sois mince et belle. 

Aujourd'hui, je n'ai plus le droit de me peser et rien que la vue d'une balance me provoque des nausées. J'ai quelques rechutes parfois, souvent liées à mon état psychologique. Je matérialise mes troubles alimentaires comme une araignée qui vit sur mon dos, qui est là au quotidien et qui me chuchote 'ne mange pas ça'. J'essaye de ne pas l'écouter, j'y arrive 80% du temps. Je pense que cette araignée je l'aurais toute ma vie dans mon dos, le plus dur étant de ne pas céder et de ne pas rechuter."

 

Charline, 31 ans : "Je regrette d’avoir laissé passer les TCA avant la satisfaction de mon corps"

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"J’ai toujours su que je souffrais de TCA car c’est assez courant dans une partie de ma famille. Mais chez moi, je pense que ça a commencé au moment où mes parents se sont séparés. 
 
Lorsque je me sens très stressée, je sens que j’ai besoin d’une échappatoire, comme si j’allais prendre soin de moi. Avant, j’étais capable de passer d’un paquet de biscuits à des chips, puis reprendre un paquet de bonbons. Aujourd’hui, je n’ai plus du tout ce genre d’aliments à la maison. Et lorsque je ressens une période de stress, j’arrive pour le moment à prendre un biscuit ou un yaourt et à m’arrêter là. Ce n'est pas forcément parfait, mais il y a déjà du mieux. Mon sentiment c’est clairement une mauvaise estime de moi. De ne pas arriver à stopper complètement. Mais j’essaye de voir le chemin déjà parcouru et je suis un peu fière quand même. Mon corps aujourd’hui ne me plaît pas du tout et je regrette d’avoir laissé passer les TCA avant la satisfaction de mon corps
 
Le seul but est de me faire du bien (sur le coup) sur le plan émotionnel. Au quotidien, ça va beaucoup mieux. J’arrive, par moments, à ne plus du tout craquer. Puis il y a les loupés mais ils me servent de leçons. Je mange à table des repas plaisir, ça évite aussi les frustrations qui poussent aux TCA et je suis beaucoup des blogs/Youtubeuses sur l’alimentation intuitive. Ça aide à se faire confiance, à se pardonner aussi. Une partie de mon entourage pro et mon conjoint sont au courant et me soutiennent beaucoup. Mes autres proches je n’en parle pas spécialement, je n’en ressens pas le besoin. J’en parle aussi beaucoup avec mon médecin traitant qui m’aide à y voir clair.
 

Rosie, 26 ans : "J’avais une obsession pour ma taille 34-36 que je ne voulais surtout pas changer"

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"Je n’ai jamais pensé que je pouvais avoir un problème ou que cette habitude que j’ai prise et dont j’ai du mal à me débarrasser pourrait être un trouble alimentaire.
 
L’obsession de ma mère pour son poids, à faire des régimes en tout genre, quitte à ne manger que des Spécial K au dîner, a fait naître en mois une obsession pour la minceur similaire. Puis les remarques de mon frère qui me disait qu’à ne vouloir manger que des gratins de pâtes et des crêpes à 10 ans, je finirais obèse.
 
Si, aujourd’hui, on prône le body positivisme, à l’époque, c’était très difficile d’être différente des autres et les kilos en trop n’étaient pas bien vus. Je n’ai pourtant jamais été en surpoids, je n’ai jamais eu l’apparence d’une fille ronde, non, j’ai toujours été mince, frôlant la maigreur à un âge où l’on pouvait voir les os sur mon visage. Ma tante s’est mise à dire que j’étais anorexique. Pourtant, je n’ai développé les mauvaises habitudes d’une personne atteinte d’un trouble alimentaire que bien plus tard. Avec des pauses déjeuner compliquées. Parce que je ne mangeais que très peu à la cantine car rien ne me plaisait, j’ai commencé à me dire que j’étais capable de ne manger que très peu, puis est arrivé le moment où l’on se dit que si on saute un repas, on ne grossira pas.
 
Au lycée, je ne mangeais qu’un yaourt et une entrée, et si je commençais les cours tard, je ne mangeais pas le midi, jusqu’à mes études en grande école. Quand je suis partie vivre à l’étranger pour un an, je me forçais à aller me coucher le ventre vide si j’avais « trop mangé » le midi, soit quand j’étais juste sortie manger. J’avais une obsession pour ma taille 34-36 que je ne voulais surtout pas changer, une obsession pour ce que je mangeais. Et encore aujourd’hui, même si j’ai plus ou moins perdu cette mauvaise habitude de sauter des repas, je culpabilise après avoir mangé un burger ou des pâtes, c’est comme si mes cuisses étaient plus grosses, mes jambes plus lourdes, mon ventre plus rond.
 
J’ai pris conscience que c’était un trouble d’alimentation après en avoir parlé à une psy que je voyais régulièrement. Elle a mis des mots sur le problème. Je ne suis pas totalement guérie, car parfois je dis que je n’ai pas faim juste pour ne pas manger, je regarde mes jambes un peu trop longtemps dans le miroir avant d’aller me coucher et j’évite les balances. Mon trouble s’est tout de même apaisé sans être totalement parti quand mon conjoint est entré dans ma vie. Parce que quand on a quelqu’un qui vous rappelle de manger à chaque repas, et qui vous dit chaque jour qu’il vous trouve belle, difficile de voir vos mauvaises habitudes s’installer. Enfin en tout cas pour moi."
 
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Laura, 18 ans : "Au quotidien, c'est une maladie qui est très dure à gérer, surtout quand les gens me posent des questions"

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Je savais depuis l'été 2017 que j'étais tombée dans le cercle vicieux de l’anorexie, mais ma maladie a été découverte seulement durant l’été 2019. Je ne suis toujours pas guérie, mais elle s'est atténuée. L’élément déclencheur est mon père à cause de l'été 2013 passé chez sa sœur. Il m’a fait beaucoup de mal, il n’a jamais été présent pour moi, et à chaque fois qu’il me faisait du mal je replongeais de plus belle dans cette anorexie. Il n'a jamais répondu présent quand je lui ai demandé de l'aide.
 
Sans en parler à ma mère, je me suis renfermée dans la nourriture, j'avais pris énormément de poids. Mes troubles alimentaires se manifestent de plusieurs façons : je peux ne pas manger pendant plusieurs jours, ou très peu, je me fais vomir, je remplace la nourriture par l'eau ou des cigarettes. J'avais toujours un sentiment d'impuissance face à ce que je vis, l'impression que je ne peux pas m'en sortir, alors je continuais. C'était devenu une sorte de routine pour moi.
 
Quand j'étais vraiment au plus haut de mes crises, je me trouvais constamment trop grosse, pourtant je perdais du poids à vue d'œil. Au total, j'ai perdu près de 12 kg, je suis passée de 59kg à 47kg. Aujourd'hui, j'ai toujours beaucoup de mal à reprendre du poids. Au quotidien, c'est une maladie qui est très dure à gérer, surtout quand les gens me posent des questions. À force de me priver de nourriture, mon estomac s'est réduit petit à petit, si bien que je n'arrive pas à manger des quantités normales. C'est très compliqué pour moi de calmer les pulsions, à la moindre difficulté, mes troubles refont surface. 
 
Pendant longtemps, j'ai caché ce mal qui me ronge à ma mère, jusqu'au jour où mon médecin a tiré la sonnette d'alarme, si je continuais comme ça, je risquais l'hospitalisation. J'ai essayé de calmer les pulsions pour ma mère, pour la rassurer. Elle pense que ça va mieux, mais en vérité, elle n'a absolument pas conscience que mes troubles alimentaires sont toujours présents."
 

Rose, 22 ans : "Au CM2, je pesais 26 kilos"

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"Mon premier concours de danse a été l'élément déclencheur. J'avais 10 ans. Je ne me considérais pas comme grosse, mais j'étais loin d'être mince. Loin de la taille mannequin de certaines des filles de mon groupe. Je voulais tout simplement être comme elles. J'aimais l'idée que l'on puisse voir mes os : mes côtes, ma colonne vertébrale. À vrai dire, la seule masse que j'acceptais sur mon corps était la masse musculaire.

Plus le concours approchait, plus les entraînements s’intensifiaient... Moins je mangeais. Je suis arrivée à un stade où j'avais, au minimum, 15h de danse par semaine, pour deux bouchées par assiette. Au CM2, je pesais 26 kilos.

J'ai pris conscience de mon problème le jour où ma mère m'a emmené faire des analyses, pensant que j'avais attrapé un virus ou une bactérie qui aurait provoqué ma perte de poids. Pour elle, je me nourrissais autant qu'avant. Je mangeais à la cantine le midi, et le soir, je recrachais ce que j'avais à la bouche dans une serviette dès que j'en avais l'occasion. Les résultats n'ont évidemment rien donné. La semaine d'après, je l'ai surprise en train d'écouter à la porte des toilettes, pensant que je me faisais vomir... Ce qui n'était pas le cas. Je ne savais même pas trop en quoi cela consistait, "se faire vomir". Je pensais que seules les vraies malades en arrivaient à un tel point. Et il s'est avéré que ma mère pensait ça de moi. C'est à cet instant que j'ai compris que j'avais un problème. 

J’ai commencé petit à petit à prendre certains automatismes comme compter le nombre de calories dans mes assiettes, faire le tour de mes bras et de mes jambes avec mes mains, faire des abdos à chaque fois que j’avalais quelque chose… Je n’ai consulté personne pour avoir ces « tips », ils se sont installés seuls, naturellement, sans même que je m’en rende compte. 

Je me comparais aux autres filles de la danse. Beaucoup. Mais je n’en parlais pas. C’était une sorte de challenge secret, un objectif à atteindre, quoi qu’il en coûte. Si, par malheur, je me sentais plus épaisse que l’une en costume ou en justaucorps, je pouvais ne plus manger pendant des jours. Mes proches remarquaient ce changement. Ils soulignaient sans cesse ma maigreur, et rabâchaient que j'étais « mieux avant », mais moi je me sentais belle. Lorsque je me regardais dans le miroir, je ne voyais pas le teint blafard et les joues creusées. J’étais devenue mon objectif : la plus mince de mon groupe, celle qu’on remarque pour sa silhouette élancée.

J’ai réussi à calmer mes pulsions à 16 ans, à l’âge où ma vie personnelle a commencé à prendre plus d’importance que la danse. J’appartenais à un groupe d’amies au sein duquel j’étais heureuse, épanouie. Prenez une bande de 9 filles, toutes plus ou moins bien dans leur peau. Des petites, des grandes, des minces et des plus pulpeuses… Mon 'je veux être aussi maigre qu’elle' s’est rapidement transformé en 'je veux me sentir aussi bien qu’elle'. Lorsque je suis partie à la fac, des années plus tard, j’ai cependant fait une petite rechute. Je ne sais pas si c’est le fait d’habiter seule ou d’avoir un copain extrêmement mince (certainement les deux), mais mes mauvaises habitudes sont vite revenues. J’ai perdu 6 kilos en un peu plus d’un mois. Aux vacances de Noël, ma mère a tiré, une nouvelle fois, la sonnette d’alarme. Je me suis vite reprise, en m'infligeant cette fois des mesures drastiques : plus de balance, de discussions concernant le poids. Encore aujourd’hui, je fuis le sujet comme la peste. Je connais ma faiblesse, c’est pourquoi je ne l’approche pas."

 

 

Noémie, 18 ans : "Le constat médical était plus qu'alarmant : je faisais 34kg pour 1m65"

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"Je souffre d'anorexie mentale depuis environ 5 ans. Je pense que ma maladie a démarré suite à la profonde dépression dans laquelle je suis depuis plusieurs années. Enfant, j'ai eu un traumatisme marquant. Suite à cet évènement, ma santé mentale s'est détériorée petit à petit. Je souffrais, j'avais des idées noires et une anxiété quasi permanente. Tout ceci a creusé le chemin vers l'anorexie mentale. Vers 12 ans, j'ai commencé à avoir les premiers signes de la maladie. Je me haïssais, mes comportements liés au trouble anorexique me permettaient de m'attaquer à moi-même. 

C'était une façon pour moi d'extérioriser le mal qui me rongeait. J'ai commencé par manger de moins en moins, je n'avais aucun objectif au début, je m'interdisais juste de manger. J'ai commencé à perdre du poids au fil de mes privations, j'ai vu mon corps s'affiner et c'est là qu'est né l'objectif : perdre du poids pour avoir le contrôle sur quelque chose. C'est devenu mon moteur. Ce sentiment de contrôle parfait sur mon poids et l'aspect de mon corps avait quelque chose de rassurant. Je suis passée de 49kg à 42kg en 2 mois, c'est là où mes parents ont commencé à s'inquiéter et m'ont obligée à voir un médecin. 

Mais, ça n'a pas suffi. J'ai été ballottée de psychiatre en psychiatre sans jamais trouver une véritable solution, je souffrais toujours autant. On me surveillait comme le lait sur le feu, on me forçait à manger, on me menaçait de m'envoyer en centre. Rien ne fonctionnait. Arrivée au lycée, la situation s'est encore aggravée. J'ai développé des obsessions, comme celle de devoir tout le temps être en mouvement. Je marchais 6 heures par jour, je faisais des centaines de séries d'abdos. Mon objectif était de brûler un maximum de calories tout en me nourrissant le minimum possible. À cette période, j'étais en mode pilote automatique. Je ne ressentais rien, ma vie était creuse. Seul mon contrôle sur mon poids et mon physique me permettait de tenir. Et je ne parle même pas de la culpabilité que je ressentais à chaque fois que j'avalais le moindre aliment. Tout tournait autour de l'élimination pure et simple de la moindre calorie.

Les médecins ont fini par me mettre sur liste d'attente pour une hospitalisation. J'étais à bout, je n'allais même plus au lycée, je passais mes journées dans ma chambre à marcher en rond ou collée à mon radiateur pour essayer de me réchauffer. Ma famille, elle, était complètement démunie face à la situation, le dialogue était rompu entre eux et moi. 

Suite à une tentative de suicide, je me suis retrouvée hospitalisée. Le constat médical était plus qu'alarmant : je faisais 34kg pour 1m65, mon cœur lâchait petit à petit. J'ai été transférée d'urgence dans une unité spécialisée en TCA. S'en sont suivies des journées difficiles, je n'acceptais pas qu'on veuille me soigner. On a fini par me poser une sonde naso-gastrique car j'étais devenue incapable de m'alimenter seule. Mais, je trouvais toujours le moyen d'éliminer les calories ingérées. Plutôt mourir que de prendre du poids. Les médecins ont fini par me supprimer tous mes droits : j'étais enfermée dans ma chambre avec interdiction de faire des activités. Je devais rester clouer au lit, on devait m'aider pour aller aux toilettes, pour aller me doucher. L'objectif était de me surveiller en permanence. J'avais également interdiction d'avoir tout contact avec l'extérieur, d'appeler ma famille, leur écrire... Je suis restée dans cette situation pendant 9 mois, le temps que je reprenne le poids nécessaire pour que les médecins me laissent sortir. L'hospitalisation m'avait fait prendre près de 15kg. Mais je n'étais absolument pas guérie, je ne voulais qu'une chose, perdre tout ce poids qui m'encombrait. 

J'ai rechuté à ma sortie, j'ai de nouveau perdu beaucoup de poids, ce qui a eu pour effet d'entraîner une nouvelle hospitalisation, cette fois-ci pour 2 ans. J'ai fini par sortir cet été. 

Aujourd'hui, j'essaye de me reconstruire tout en étant suivie de très près. Mais c’est encore assez difficile, et les clichés des gens sur l’anorexie me bloquent dans ma guérison : maintenant que j’ai repris du poids, même si mon IMC n’est pas hors de danger, énormément de gens considèrent que je vais mieux, voire que je suis guérie, puisque je ne suis plus squelettique comme avant. Mais c’est tellement plus complexe que ça. Le poids est juste un symptôme de la maladie, on ne peut pas juger si une personne souffre d’anorexie ou non rien qu’à son poids. Les stéréotypes sur la maladie peuvent énormément blesser : s’entendre dire « oh mais tu n’as pas l’air d’être anorexique, tu as un poids normal », ça équivaut pour la personne qui souffre à « tu es trop grosse pour être malade, tu n’es pas légitime de recevoir de l’aide », et ça peut faire beaucoup de mal. Je souhaite énormément de force à toutes les personnes qui souffrent d’un TCA : vous êtes tous et toutes légitimes de recevoir de l’aide, légitimes de guérir, et je reste convaincue que c’est possible de s’en sortir totalement."

 
 

 

 
 
 

 

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