L'hypersensibilité est un vrai problème, pourtant, on en parle peu. La parole commence à se libérer sur le sujet. Les plus sensibles d'entre nous osent enfin parler de l'impact de leurs émotions sur leur quotidien. Pour les gens qui ont une bonne gestion des émotions, le débat peut s'avérer être ridicule, mais dans les faits, les personnes très sensibles rencontrent, au quotidien, des difficultés, des obstacles et il est important d'en parler.

Parce qu'on ne peut pas soupçonner réellement l'impact des émotions sur le quotidien, surtout lorsqu'elles ont un impact encore plus fort qu'à l'accoutumée.

Il est temps de donner la parole à ces grands sensibles, de comprendre leurs challenges au quotidien, mais surtout de normaliser les émotions. Si, depuis tout petit (surtout quand on est un garçon), on nous bourre le crâne avec l'idée qu'il faut cacher ses émotions, il devient difficile de les assumer une fois devenus grands et indépendants. Ainsi, dans cette volonté de normaliser les choses, il faut intégrer l'idée que oui, on a le droit de pleurer, on a le droit de montrer que quelque chose nous touche et on a le droit de ressentir des émotions, aussi vives qu'elles soient.

Découvrez les témoignages de ces 8 personnes, hommes et femmes, qui se sont mis à nu et ont osé parler de leurs émotions et de l'impact qu'elles peuvent avoir dans leur quotidien, dans leurs relations ou même sur eux-mêmes. Aujourd'hui, c'est à eux qu'on a donné la parole.

Enjoy,

Les Éclaireuses

 

Anaïs, 30 ans : "J'ai arrêté de culpabiliser d'être comme je suis"

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"J'ai pris conscience de mon hypersensibilité à un moment où je me sentais vraiment incomprise dans ma vie privée et au travail. J'ai commencé par faire des recherches sur Internet, j'ai fini par tomber sur un TEDX sur les introvertis, ça a été ma porte d'entrée. À partir de là, j'ai surtout réalisé que je n'étais pas la seule dans cette situation, il y avait d'autres gens comme moi. J'ai décidé de creuser pour explorer le sujet plus en profondeur. Ça a commencé par une simple question à Google : 'introvertie et émotive' suivie 'd'introvertie' et de 'sensible au bruit'. De page en page, j'ai vu les caractéristiques de l'hypersensibilité se dessiner. J'ai complété mes recherches web par des lectures : 'Le guide de survie des hypersensibles empathiques' et 'Trop sensibles pour être heureux ?'. Suite à la lecture de ces livres et à la compréhension de mon hypersensibilité, je me suis débarrassée d'un poids qui pesait sur mes épaules. J'ai arrêté de culpabiliser d'être comme je suis.

Cette découverte a été la réponse à de nombreuses questions. Depuis toute petite, je me sens à part. J'ai toujours été sociable, j'aime rencontrer des gens, mais j'ai aussi besoin de mes moments de solitude pour me ressourcer. C'est presque un besoin primaire. J'ai compris avec le temps que si je ne prends pas le temps de me préserver, je m'épuise très vite. Je suis très sensible aux émotions que dégagent les gens, je capte les émotions des gens autour de moi comme une éponge, mais de façon beaucoup plus intense. C'est pour ça que j'ai besoin de prendre du temps pour moi, seule, pour me libérer de ces émotions qui ne m'appartiennent pas.

Évidemment, on m'a déjà reproché d'être trop sensible ou d'exagérer, surtout dans le monde du travail. J'ai beaucoup de mal à contrôler mes émotions et souvent, je finis par pleurer pour évacuer le trop-plein. Pendant longtemps, je m'en suis voulu de réagir comme ça, mais aujourd'hui, je ne m'empêche plus de vivre. Si je dois rire aux éclats, je ris ! J'ai encore beaucoup de mal à prendre du recul vis-à-vis des émotions des autres, mais j'essaye d'intégrer l'idée que ce n'est pas parce qu'une personne est triste que je dois absolument résoudre son problème, comme si c'était moi. Je suis ma propre entité avec des émotions qui me sont propres. Heureusement, j'ai un conjoint qui est là pour moi et, même si pour lui c'est de la science-fiction cette question d'émotions exacerbées, il me soutient et surtout, il ne me juge pas."

 

Valérie, 27 ans : "J'ai compris que mon hypersensibilité avait affecté ma façon de percevoir et ressentir le monde qui m'entoure"

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"Avant même d'avoir conscience d'être hypersensible, on m'a répété depuis mon enfance que j'étais 'très sensible''trop sensible', on me reprochait presque de pleurer facilement, j'avais une très petite tolérance à la douleur, certains sons me faisaient peur, j'avais du mal à m'intégrer...J'étais une enfant 'trop sensible''fragile' avec un gros problème de gestion d'émotion. Plus tard dans ma vie, j'ai fini par en vouloir à ce trait de caractère trop présent et je pensais qu'il était nécessaire pour moi de me faire violence pour m'endurcir face aux obstacles de la vie. Au fil des rencontres, j'ai fini par tomber sur des gens comme moi. De fil en aiguille, grâce à Internet et à une thérapie, j'ai enfin compris ce que j'étais réellement et ce que signifiait être hypersensible.

Mon hypersensibilité se manifeste de façon très différente au quotidien, c'est une véritable myriade de sensations. Parfois, c'est tolérable, mais il y a des jours où tous ces stimuli sont un véritable frein au quotidien. Parfois, c'est tolérable, mais il y a des jours où tous ces stimuli sont un véritable frein au quotidien.

J'ai compris que mon hypersensibilité avait affecté ma façon de percevoir et ressentir le monde qui m'entoure. J'ai dû trouver des astuces pour éviter ou contourner les situations sensorielles qui peuvent être désagréables. Mais je ne suis pas maître des gens autour de moi et, parfois, je me retrouve dans des situations assez délicates. Entendre quelqu'un froisser un paquet de chips à côté de moi, par exemple, peut être un véritable supplice qui peut me provoquer une douleur quasi physique. En revanche, je pense que l'hypersensibilité a fini par devenir un véritable atout pour moi, elle a impacté mes goûts, mes relations et m'a sûrement permis de faire des choix judicieux. Je fais un métier créatif, et le fait de ressentir de vives émotions me permet d'avoir une autre lecture du monde et c'est une source d'inspiration."

  

Pauline, 24 ans : "Mes émotions extrêmes me poussent à être dans un contrôle permanent"

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"J'ai découvert mon hypersensibilité pendant une thérapie. C'est à ce moment-là qu'on m'a parlé d'une éventuelle hypersensibilité. Le pronostic a été confirmé par deux autres professionnels du médical et paramédical, dont ma naturopathe. Je pense sincèrement que je le suis depuis mon enfance, mais le 'phénomène' était moins répandu et la parole était étouffée autour de ce sujet. J’ai souvent perçu mes émotions comme différentes de celles de mes proches ou camarades, il y avait un fossé entre ce que je pouvais ressentir et leur perception. Souvent, mon entourage me reprochait de surréagir, alors que pour ma part, rien ne me semblait anormal. Je travaille dessus maintenant, mais je n’ai pas détecté si la cause était ou non liée à un événement. Il me semble que c’est en moi depuis toujours, que je m’en suis accommodée et qu’il faut désormais apprendre à vivre avec cette particularité, la dompter et l’assagir selon les situations.

Au quotidien, mon hypersensibilité se manifeste par des sensations accrues : qu’il s’agisse d’émotions, de perceptions sensorielles ou même de simples perceptions immatérielles. Elle engendre des réactions jugées souvent « exagérées », qui peuvent s’exprimer sur un laps de temps extrêmement court. Cette hypersensibilité me rend également très empathique, et bien souvent au détriment de ma propre personne. J'ai à cœur de ne blesser personne, alors qu'en parallèle, je suis particulièrement dure avec moi-même.

Mes émotions extrêmes me poussent à être dans un contrôle permanent, comme ça, je ne suis pas perturbée par le flot de sensations que je peux percevoir au quotidien. Mais ce contrôle à un côté négatif, il m'a souvent poussé à décliner des propositions, m'entraînant dans un isolement. Je me suis interdit de nombreuses sorties, même si les propositions viennent de personnes en qui j'ai entièrement confiance. Aujourd'hui, j'ai encore beaucoup de mal à gérer mes relations au quotidien, je me fais violence pour m'ouvrir tout en essayant de canaliser mes émotions car, même si elles me donnent l'impression d'être à l'abri des problèmes, cet isolement fini par exacerber, encore un peu plus, mes peines et mes tristesses. Je suis toujours à la recherche de la balance entre la gestion de mes émotions et de mes relations."

 

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Chloé, 25 ans : "Les hypersensibles sont de grands empathiques et de véritables éponges à émotions"

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"Au départ, je ne savais pas que j'étais hypersensible, car, comme tous les hypersensibles, je pensais que tout le monde était comme moi. C'est grâce à ma supérieure, elle aussi hypersensible, que j'ai découvert ce que c'était et que, moi aussi, j'étais potentiellement hypersensible. J'ai aussi compris que ça ne concernait pas que les émotions, mais bien tous les sens : vue, odorat, ouïe... C'est pour ça qu'on peut vite se sentir oppressé ou agressé par un environnement avec beaucoup d'informations sensitives.

Au quotidien, je me suis rendu compte que le fait d'être hypersensible provoquait de vrais ascenseurs émotionnels et que c'est un super pouvoir à double tranchant qu'il est essentiel de savoir manier. Apprendre que j'étais hypersensible m'a permis de comprendre mes émotions. Gérer ces émotions peut s'avérer épuisant et c'est très difficile quand les personnes autour ne comprennent pas et ont toujours l'impression qu'on "exagère". Ça nous pousse à nous remettre sans arrêt en question, on en vient à douter de la légitimité de notre réaction.

L'hypersensibilité peut compliquer le rapport avec les autres, sans pour autant aller sur le terrain du reproche, on m'a souvent mis une étiquette de pleureuse ou de râleuse. On m'a répété que j'étais susceptible et qu'on ne pouvait rien me dire, j'en suis venue à culpabiliser de mon comportement, et ça, c'est le plus terrible. J'ai tendance à m'attacher vite aux gens et je vis toujours la relation avec beaucoup d'intensité, c'est aussi à cause de mon hypersensibilité que j'ai du mal à pardonner, car je ressens tout, le positif comme le négatif, avec une intensité incroyable.

Au-delà de ces remarques, il faut comprendre que l'hypersensibilité a tendance à modifier le rapport aux autres, notamment parce que, généralement, les hypersensibles sont de grands empathiques et de véritables éponges à émotions. Dans mon cas, cette super-empathie m'a poussée à me diriger vers un métier tourné vers l'humain, où je peux accompagner et aider les autres."

 

Alexis, 42 ans : "Au quotidien, mes émotions peuvent venir compliquer mes relations avec les autres"

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"Je n'ai pas pris conscience seul de mon hypersensibilité, c'est ma compagne et mes proches qui me l'ont fait remarquer. Je n'arriverai pas à estimer depuis combien de temps j'ai un souci dans la gestion de mes émotions, je dirais que c'est probablement depuis que je suis petit. Au fil du temps, j'ai pris conscience que mes émotions prenaient beaucoup de place dans mon quotidien, je me suis rendu compte que j'avais des difficultés à les contrôler, surtout quand il est question de la cause animale, un mot, une phrase ou même une scène dans un film peut me procurer des sensations très fortes qui peuvent aller d'une joie intense à une véritable tristesse.

Au quotidien, mes émotions peuvent venir compliquer mes relations avec les autres. Parfois, j'arrive à les gérer, mais parfois, c'est très compliqué. C'est difficile de justifier ou d'expliquer mes réactions aux autres, surtout parce qu'elles sont très intenses. L'intensité des émotions rend la chose beaucoup plus difficile à cacher aux yeux des autres, on peut me prendre pour un schizophrène ou un dépressif. Du coup, dans mes relations, ça passe ou ça casse, il n'y a pas de juste milieu. Mais j'ai de la chance, si on m'a déjà fait remarquer mon hypersensibilité ou relevé mes réactions excessives, on ne me les a jamais reprochées."

 

Caroline, 24 ans : "Je ressens les choses avec énormément d'intensité, que ce soit mes émotions ou celles des autres"

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"J'ai toujours su que j'étais 'très sensible', depuis petite, mais j'ai réellement mis le mot 'hypersensible' dessus il y a 2 ans maintenant. Au quotidien, je me suis toujours posé beaucoup de questions, je m'en pose encore beaucoup. 'J'overthink' en permanence, si bien que je peux remettre en question ma vie et mes choix du jour au lendemain. Je ressens les choses avec énormément d'intensité, que ce soit mes émotions ou celles des autres, comme beaucoup d'hypersensibles, je suis une 'éponge', si je sens que la personne à côté de moi n'est pas bien, je ressens sa tristesse, idem pour la colère.

Souvent, je m'en veux de réagir comme ça, il m'arrive de repasser ma journée en boucle et de me demander pourquoi j'ai dit telle ou telle chose. Je vis dans un schéma de culpabilité permanente. C'est sûrement lié au fait qu'on m'a souvent reproché mes émotions un peu trop intenses, surtout dans mes relations amoureuses. Par contre, mon hypersensibilité m'a aidé pour faire des choix dans les personnes que je fréquente, j'ai appris à cultiver les 'vraies amitiés' et je privilégie les relations avec les personnes qui sont capables de me comprendre, que ce soit en amour ou en amitié. C'est une façon pour moi de me protéger, car les déceptions sont trop douloureuses et devenues trop difficiles à gérer."

 

Alice, 25 ans : "Je me suis rendu compte que le problème avec les émotions et l'émotivité était très Français"

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"J'ai découvert que j'étais hypersensible il y a maintenant 4 ans. À cette époque, j'avais l'impression d'être un extraterrestre, je n'avais aucune idée de ce qu'étaient l'hyper empathie et l'hypersensibilité. Je ressentais tout à 300%, mes émotions, celles des gens, les ambiances... J'étais épuisée en permanence. J'avais l'impression d'être une éponge à émotions. Quand on me racontait une histoire, il m'était impossible de me détacher du sentiment de la personne. Je ressentais tout en miroir. J'avais beaucoup de mal à écouter des histoires tristes ou violentes. 

Aujourd'hui, j'essaye de prendre du recul sur ce que je ressens vis-à-vis des autres. Avec le temps, j'ai appris à me créer un sas de décompression par le biais de l'activité physique et de la méditation. 

Au fil de mes voyages, je me suis rendu compte que le problème avec les émotions et l'émotivité était très "français". On m'a souvent fait remarquer mon hypersensibilité en France. On me disait tout le temps "arrête de stresser", "tu es trop sensible", "c'est pas normal de réagir comme ça". Quand j'ai déménagé à l'étranger, j'ai rencontré des personnes comme moi et je me suis rendu compte que les gens étaient plus indulgents sur la question des émotions. 

Finalement, cette hypersensibilité a fini par devenir une force, elle m'aide dans la vie de tous les jours, pour prendre les bonnes décisions par exemple ou rencontrer les bonnes personnes."

 

Andreia, 26 ans : "Dans la sphère professionnelle, mon hypersensibilité peut s'avérer être un véritable handicap"

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"D'aussi longtemps que je me souvienne, j'ai toujours été hypersensible. À chaque évènement, que ce soit quelque chose de triste, d'énervant ou tout simplement touchant, je ressentais un flot d'émotions et mon hypersensibilité finissait par se manifester. Ça étonne toujours les gens qui ne sont pas sensibles au sujet. On m'a souvent demandé : "pourquoi tu pleures ?" ou dit "pas besoin de se mettre dans cet état". Il y a parfois une véritable incompréhension qui peut finir par créer un malaise dans les interactions. Souvent, je dois me justifier ou expliquer la cause de mon état pour ne pas passer pour une personne 'faible'.

Ce qui est délicat dans ma situation, c'est que j'ai beaucoup de mal à contrôler mes émotions. Mon hypersensibilité peut se manifester à tout moment. Il suffit parfois d'un mot pour mettre le feu aux poudres. S'il a une résonance particulière pour moi ou qu'il me rappelle une situation, j'ai automatiquement les yeux qui rougissent et je peux me mettre à pleurer d'un coup si ça concerne une question encore 'sensible'. J'ai beaucoup de mal à prendre le dessus sur la situation. C'est comme si je n'étais plus maîtresse de mon état.

La quasi-instantanéité de mes changements d'émotions peut s'avérer compliquer à gérer au quotidien. Dans la sphère privée, ce n'est plus un problème, les gens me connaissent et savent que mon état peut changer rapidement. Cependant, dans la sphère professionnelle, mon hypersensibilité peut s'avérer être un véritable handicap. Il suffit qu'une situation me mette mal à l'aise ou inconfortable pour que mes émotions se manifestent. La personne en face peut interpréter ça comme de la faiblesse ou de l'immaturité. En réaction à toutes ces émotions, je suis devenue une personne relativement réservée et timide, c'est une façon de me protéger et d'éviter d'être confrontée à des situations qui pourraient devenir inconfortables."