Les sanitaires de l'école, on n’y est jamais allées de gaîté de cœur. À croire qu'il y a une règle universelle qui veut que les toilettes soient un lieu hostile, sale, dénué de tout confort. Dans Harry Potter, il y a tantôt un troll des cavernes, tantôt l'entrée de la chambre des secrets dans les toilettes des filles, mais il semblerait que dans le monde des moldus, les horreurs ne soient pas en reste (c'est même à se demander si l'on ne préférerait pas que les toilettes soient propres, mais hantées par un fantôme). Si une étude mettait en lumière un problème cuisant d'hygiène dans les écoles primaires et maternelles, le problème persiste et tend même à s'intensifier dans les collèges et les lycées. 

C'est d'autant plus problématique lorsque l'on sait que c'est à ce moment-là que les jeunes filles commencent à être réglées. Essity nous offre une nouvelle étude qui dénonce un problème de taille : les établissements scolaires ne sont pas adaptés et pensés pour les jeunes filles. On invisibilise leurs changements hormonaux, on ne prend pas en considération leurs besoins et, pire, on ne leur offre pas un espace décent qui leur permet de vivre sereinement leur adolescence et tous les chamboulements qui vont avec. 

91% des jeunes filles et 88% des garçons admettent que les toilettes ont toujours été sales pendant leur scolarité. Ce n'est donc pas un problème seulement pour les jeunes filles, mais l'impact sur le moral et le bien-être des personnes ayant leurs règles est encore plus important que pour les hommes. Là où un urinoir fait amplement l'affaire, les questions concernant l'intimité, les poubelles, le papier toilette et le savon pour les toilettes des filles se posent. 

À travers cette étude, Essity nous révèle tous les problèmes directement liés à ces sanitaires de l'enfer, mais pas que. Les jeunes filles sondées ont aussi révélé un cruel manque de considération de la part du corps enseignant qui les pousse à presque regretter d'être biologiquement des femmes. L'ensemble des axes de l'étude permet de prendre conscience d'une triste réalité : non, les établissements scolaires ne sont pas faits pour les jeunes filles qui ont leurs règles et ça pèse lourd sur leur moral et leur bien-être. 

Les Éclaireuses

 

Des établissements pensés par des hommes pour des hommes

 
 
 
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Si vous n'avez jamais écouté le podcast Les Couilles sur la table, il est temps de vous y mettre. Cette émission éclairée (doublée d'un livre tout aussi nécessaire) nous prouve, entre autres, les failles qu'il y a dans notre société, dont le fait que l'espace public et les bâtiments sont très souvent faits par des hommes, pour des hommes. C'est une réalité peu connue, pourtant réelle. Lauren Bastide parlait, il y a quelque mois, de la taille des trottoirs qui n'étaient pas pensés pour les femmes et les mères. Victoire Tuaillon, dans Les Couilles sur la table, nous révèle l'inégalité qui se cache dans les sanitaires : les toilettes des femmes sont moins pratiques et moins optimisées que celles des hommes (il n'y a qu'à voir la queue constante qu'il y a chez les femmes). Il est évident que les sanitaires des établissements scolaires ne sont pas en reste sur la question de l'optimisation. 

Il ne faut pas y voir un complot visant à rendre la vie des femmes invivable, mais plutôt l'installation d'un schéma systémique qui veut que tout dans la société soit d'abord pensé par des hommes, pour des hommes et adaptés aux hommes

Ainsi, on voit naître un premier problème : les sanitaires, si sommaires et sales soient-ils dans les collèges et les lycées, ne proposent pas un environnement adapté et optimisé pour rendre le quotidien des jeunes filles plus serein - surtout en période de règles.

 

Un cruel manque de considération qui pèse lourd sur les jeunes filles

 
 
 
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En 2019, on comptabilisait près de 130.000 ados ayant manqué l'école régulièrement à cause des règles. C'est donc une réalité qui pèse directement sur le parcours scolaire des jeunes femmes et des personnes réglées, mais qui semble être totalement ignorée par les institutions pédagogiques. Pourquoi on ne prend pas en considération les challenges ou la pression des règles sur la vie quotidienne et scolaire des jeunes filles ?

À cause du tabou qui plane encore autour des règles, on ne pense pas, ou peu, aux besoins des filles, mais surtout, il y a un chiffre qui est alarmant : pour 54% des jeunes filles, donc directement concernées par le sujet, les règles sont encore un sujet sensible. Pour 68% des jeunes filles questionnées dans l'étude, les règles sont mêmes vues comme une contrainte et elles associent ça à une perte de liberté

Le plus gros paradoxe dans cette histoire, c'est que tout le monde (ou presque) sait ce que sont les règles. On sait qu'elles peuvent être douloureuses, on sait qu'elles chamboulent une vie. Pourtant, elles sont invisibilisées. C'est une double pression qui pèse sur les épaules des jeunes filles : d'une part, la pression du genre, oui elles vont avoir leurs règles tôt ou tard et oui elles vont devoir apprendre à vivre avec tout en les cachant. Ce manque de considération pèse lourd sur les jeunes filles. Au-delà des désagréments liés aux règles en elles-mêmes - à savoir, le joyeux cocktail fatigue et douleur - le stress d'avoir une tâche, l'angoisse de devoir changer sa protection à l'école ou la crainte d'avoir un problème (règles hémorragiques, malaises…) est une véritable source de stress qui vampirise les temps de cerveau disponible des jeunes filles. Moins concentrées et préoccupées par des problèmes "plus graves" qu'une leçon d'histoire, elles ont tendance à être moins attentives (sans parler des absences liées aux règles trop douloureuses.) Certes, c'est la croix de chaque femme que d'apprendre à vivre avec ses règles, mais le fait de ne pas considérer ce problème comme essentiel fait comprendre aux jeunes filles que, finalement, leur bien-être importe peu, que les problèmes de bonnes femmes doivent rester chuchotés et qu'elles doivent docilement accepter leur sort. 

Une fois encore, cette différence de traitement met en lumière un déficit d'égalité entre les écoliers et les écolières. Car, même si ça n'a l’air de rien, les jeunes hommes ne connaissent pas ce stress lié aux règles. Ils en ont d'autres, mais rares sont ceux qui prennent toute la mesure de l'impact que peuvent avoir les menstruations sur la psyché et le confort des femmes au quotidien. 

 

Le corps enseignant n'aide pas, ou peu, les jeunes filles

 
 
 
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Si les sanitaires sont déjà une question épineuse, celle du corps enseignant l'est tout autant. Si les jeunes filles mettent en place des stratagèmes pour absolument éviter le passage aux toilettes pour éventuellement changer leur protection périodique, il arrive parfois qu'il y ait des urgences. Là où les professeurs devraient être un soutien pour les élèves, certains se permettent de demander des justifications aux jeunes filles quand elles demandent à aller aux toilettes pendant les cours. D'autres interdisent tout simplement de quitter momentanément le cours. Ces situations ajoutent encore du stress, la peur de la fuite ou de la tâche mal placée est réelle, mais n'est absolument pas prise en considération par le corps enseignant. Les professeurs de sport ne sont pas en reste, la douleur liée aux règles n'est ni un motif de dispense en sport ni un motif d'absence. Certaines filles admettent même avoir subi des humiliations de la part de certains professeurs

Encore une fois, cet ensemble de réactions met encore en lumière le manque de considération. Si, sous couvert d'égalité, les filles et les garçons sont traités de la même façon, ce n'est pas pour autant équitable. Les contraintes ne sont pas les mêmes. Se pose aussi la question des élèves transgenre qui sont encore dans une catégorie à part. S'il y a un manque cruel d'empathie envers les filles, il est difficile d'imaginer à quel point vivre sa transsexualité dans des établissements qui ne considèrent déjà pas le confort des jeunes femmes comme une nécessité est difficile. Mais, une chose est sûre, ça doit être un facteur qui doit lourdement peser sur le moral de ces adolescents en construction identitaire.

 

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Sans aucun doute, commencer à déconstruire les tabous autour du sujet. 77% des jeunes filles et 76% des garçons sont favorables à plus d'informations sur les règles dans les établissements scolaires. Le premier pas passera par là, par en parler avec plus de liberté permettra de désamorcer l'omerta qu'il y a autour des règles. Surtout quand on sait qu'il y a une certaine dichotomie autour des règles : la parole est ultra-libérée dans le cadre familial ou amical, mais en même temps, le sujet est très effleuré dans la société.

Il faudra ensuite cibler clairement les problèmes récurrents liés aux sanitaires, comme l'absence de poubelles, de papier toilette, le manque d'intimité, la propreté, de verrou ou même de toilettes genrés dans certains établissements. C'est aux directeurs et directrices de faire en sorte de créer une atmosphère rassurante pour les jeunes filles, pour leur permettre de vivre leur adolescence et les changements qu'elle implique le plus sereinement possible. Heureusement, certaines choses se mettent en place, de plus en plus de lycées commencent à mettre en place des distributeurs de protections périodiques biologiques dans les établissements. C'est un bon début, une première étape vers des établissements scolaires plus agréables et qui mettent vraiment le bien-être des écoliers au premier plan.