Le mot féminisme fait peur, on lui préfèrera l'égalitarisme. Pourtant, pourquoi devrait-on priver les enfants de l'apprentissage de valeurs fondatrices qui permettront de construire une société sur de nouvelles bases ? Car même s'il y a 1001 façons d'élever un enfant, on mise sur une éducation ultra-stricte ou non contraignante, il y a un point qui reste essentiel aujourd'hui, c'est le fait de sensibiliser les enfants à des valeurs nouvelles, actuelles et en accord avec leur temps, qu'on les mette sous la coupe de valeurs féministes ou non.

Si nous avons toutes hérité d'anciens dogmes, souvent influencés par des siècles de traditions (bien souvent misogynes), il est acté que la clé du changement réside dans l'éducation. Et pas seulement pour les petites filles, mais aussi (et surtout) pour les petits garçons. Avec l'évolution des mentalités et la redéfinition des barrières entre les genres, il est aujourd'hui nécessaire d'arrêter avec le classique clivage fille/garçon et de lisser les méthodes éducatives.

Et pourquoi ne pas pousser le vice jusqu'à lever des tabous ? Ne serait-il pas merveilleux de pouvoir (enfin) parler ouvertement de nombreux sujets ? De règles, de thorarche, de sexualité en général, de consentement, de plaisir, de principe d'égalité, de tolérance, la pansexualité... En somme, d'un florilège de principes qui habitent aujourd'hui la société et qui seront (on l'espère) actés dans 5, 10 ou 15 ans. Si l'on veut que tous ces sujets soient, un jour, normalisés, il est essentiel de les évoquer dès le plus jeune âge, sans pirouette sémantique et sans les classer secret défense.

Au-delà de l'aspect éducatif pur, l'évocation de ces principes et l'intégration dès le plus jeune âge permettra de mettre fin à bon nombre de comportements intégrés qui ne sont plus en adéquation avec le monde d'aujourd'hui et de demain.

Les Éclaireuses

 

1) Définitivement bannir les expressions comme "garçon manqué" et toute autre référence à une dualité entre les deux sexes

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"Le masculin l'emporte sur le féminin", "cette petite est un vrai garçon manqué", "un garçon, ça ne pleure pas, ce sont les filles qui pleurent", "non, un poupon ce n’est pas un jouet pour les garçons"... Globalement, la première étape vers une éducation inclusive et progressiste, c'est faire la peau à toutes ces expressions préconstruites qui induisent une certaine dualité entre les genres. Au-delà du fait qu'aujourd'hui la question du genre est soumise à énormément de débats, il est essentiel de rompre une éventuelle chaîne de stéréotypes dès le plus jeune âge. En basant votre éducation sur la tolérance et, surtout, sur l'acceptation de soi tout en respectant les envies de votre enfant, vous lui créez un environnement positif, dans lequel il pourra s'épanouir comme bon lui semble. Qu'un garçon aime jouer à la poupée ou qu'une fille aime monter aux arbres ne fait pas d'eux des "traitres" à leur genre, ce sont seulement des enfants qui écoutent leurs envies et qui s'épanouissent en jouant avec ce qui leur plaît.

 

2) Appeler les choses par leur nom, sans utiliser de mots infantilisés

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Non, les enfants ne sont pas des êtres sans cervelle et oui, ils ont tout à fait les capacités cérébrales et la jugeote nécessaire pour comprendre les choses. Ainsi, il n'y a aucun mal à appeler un pénis ou une vulve par le "vrai" mot. C'est tout de même mieux que zizi et zézette. Même si cette question de sémantique n'a l'air de rien, elle a tout de même une influence sur la perception des enfants. En infantilisant les mots, on les habitue à une vision biaisée du monde en leur faisant comprendre que ces mots sont tabous, qu'ils dérangent. Cette construction linguistique peut induire de nombreuses idées reçues qui peuvent les accompagner jusqu'à tard dans leur vie, si bien qu'une fois ados, ils peuvent encore être gênés face à ces mots (alors que, dans le fond, ce ne sont que des mots). Osons appeler un sein, un sein, et ne passons plus par des chemins dérobés. Ils ont la jugeote nécessaire pour enregistrer et comprendre que ça tient de l'intime.

 

3) Oser parler de sexualité avec les enfants quand ils sont en âge de comprendre

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Le plus gros problème avec les secrets, surtout quand c'est vis-à-vis des enfants, c'est qu'ils vont chercher les réponses par eux-mêmes. On considère que la majorité des enfants seront pour la première fois exposés à la pornographie entre 13 et 14 ans ( pour 31%) mais les premiers visionnages commencent dès 11 ans pour 20% des enfants (selon Statista, 2018). Avec des yeux d'adulte, on est amplement capable de distinguer le vrai du faux. Mais, quand la seule source "d'éducation" à la sexualité passe par le porno, la vision de l'acte est biaisée, tant pour les garçons que pour les filles. Le porno occidental peut s'avérer être très violent, surtout dans le rapport de domination. Ces images vont avoir tendance à construire une vision particulière de la sexualité, basée sur un rapport de force entre l'homme pénétrant et la femme recevant (pour ne pas dire subissant). Mais, si le dialogue était moins entouré de tabous autour de la sexualité, les enfants pourraient appréhender les images d'une tout autre manière. En désacralisant "l'acte sexuel", les parents peuvent aborder la question du consentement (primordiale) et même du plaisir, le sien et celui de l'autre. Il n'est pas question de parler d'expérience, mais plutôt de libérer la parole et d'oser parler des choses. Lever le voile sur la sexualité permettra de sensibiliser et d'informer sur des questions essentielles : les IST, la nécessité du port du préservatif, la contraception... Au-delà de la construction d'un schéma de confiance entre les parents et les enfants, cela permettra également au jeune adolescent d'appréhender plus sereinement les choses et ne pas se retrouver face à des situations délicates. Il est prouvé que, lorsque les enfants ont une sensibilisation sur la question de la sexualité, les grossesses non désirées et autres déconvenues du type IST sont souvent évitées.

 

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4) Briser le tabou autour des premières fois : premières règles, premières éjaculations...

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S'il existe un monde où les femmes gardent jalousement le sujet pour elles, ce sont bien les règles. Si on pense que cela ne doit pas concerner les garçons, soit. Mais, souvent, même si les jeunes filles savent ce qui les attend (et encore, pas toujours), les mamans restent souvent muettes jusqu'à l'arrivée des premières règles. Plus d'une jeune fille (si ce n'est pas toutes) se rappellent du jour de leur premières menstrues et de la surprise qui les attendait dans leur culotte. S'il existe une certaine euphorie autour des premières règles entre les mamans et les jeunes filles qui se construit autour du passage "d'enfant à femme", les explications sont souvent sommaires et les notices explicatives des protections périodiques restent la seule leçon de choses sur la question des règles. Il est essentiel d'expliquer aux jeunes filles tout ce qu'impliquent les règles, de les aider à comprendre ce qui se passe dans leur corps pour leur permettre d'aborder aussi sereinement que possible le début de leur adolescence. 

On l'ignore, mais il existe aussi une première fois chez les garçons, qui les fait aussi entrer dans l'adolescence. On appelle ça les thorarches, comprenez la première fois que le jeune garçon éjacule. Cette étape, qu'elle survienne suite à une masturbation volontaire ou au réveil sans facteur externe, peut s'avérer être déroutante pour les garçons. C'est la première fois qu'ils visualisent le liquide séminal. Si les filles sont très sensibilisées à la question des règles, on parle peu de cette première éjaculation. La question n'étant jamais évoquée, les jeunes garçons n'en parlent pas ou peu, ou alors, ils ne savent pas tout simplement à qui en parler. Comme pour les filles, évoquer la fonction du liquide séminal et le fonctionnement de l'appareil reproducteur masculin peut permettre au jeune homme d'appréhender son adolescence et son rapport au corps d'une manière plus sereine et épanouie. 

 

5) Il est essentiel d'évoquer la question des différentes orientations sexuelles avec les enfants

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Parce que nous n'évoluons pas dans un monde manichéen, il n'y a pas les hommes d'un côté et les femmes de l'autre. On a longtemps fait croire que c'était la norme, tout comme l'hétérosexualité. Au-delà de la question du genre, il est essentiel de faire comprendre aux enfants que le monde ne dépend pas d'un seul schéma (à savoir, une famille, c'est un papa et une maman). Aujourd'hui, il existe des familles homoparentales, monoparentales, il existe des trouples, des polyamoureux, des bisexuels, des pansexuels... En somme, tout est aujourd'hui possible et c'est tant mieux. Il est nécessaire de présenter toutes les possibilités aux enfants pour ne pas les faire grandir avec une vision biaisée de la réalité d'une part, mais surtout, pour qu'ils puissent définir leur sexualité librement, sans être soumis à une fausse norme ou une pression familiale quelconque (on ne compte plus les histoires d'enfants homosexuels qui se sont cachés par peur des représailles de leur famille). Respecter les choix de l'enfant et lui laisser le choix (et surtout lui dire qu'il a le choix), c'est l'une des façons les plus saine de lui permettre de grandir dans un environnement qui respecte ses choix et ses envies.