Le post-partum, pour certains, ça tient du secret maternel (c'est Florence Foresti qui le dit). Pendant longtemps, on a même appelé ça le "baby-blues" pour rendre la chose plus mignonne (plus marketing). Mais dans les faits, le "baby-blues", ça n'a rien de mignon, c'est plutôt une dépression qui touche 22 % des femmes en France (selon une enquête OpinionWay publiée dans l'Huffington Post). Et le pire, dans tout ça, c'est qu'en minimisant l'existence de la dépression post-partum, on invisibilise l'impact que cette période peut avoir sur les femmes.

On en a si peu parlé pendant des années qu'on ne sait pas vraiment à quoi ça ressemble et, en particulier, combien de temps cela peut durer. Sur les blogs dédiés à la parentalité, on retrouve beaucoup de témoignages de femmes, souvent en détresse, qui ne comprennent pas très bien ce qu'il leur arrive et si depuis le début de l'année 2022, le gouvernement a théoriquement mis en place un suivi obligatoire pour les jeunes mères afin de prévenir la dépression post-partum, dans les faits, on ne sait pas réellement ce qu'il en est... 

Mais du coup, qu'est-ce que le post-partum ? Et, surtout, combien de temps ça dure, une dépression post-partum ? 

Les Éclaireuses

Le post-partum, quésaco ? 

Dans les faits, la période du post-partum commence à partir du moment où le placenta est expulsé du corps et finit à partir du moment où les règles retrouvent leur cycle normal. Ça, c'est la réponse médicale. Cependant, tous les effets du post-partum ne s'évaporent pas une fois que les Anglais recommencent à débarquer. C'est bien plus complexe que ça. Le post-partum, c'est un mélange de symptômes physiques et psychologiques. En vrac, il y a toute la cicatrisation du corps, la rééducation du périnée, les lochies (des saignements abondants), les tranchées (des contractions après accouchement), les chamboulements hormonaux (encore plus importants en cas d'allaitement), la fatigue, l'anxiété (qui vient, de fait, d'essayer de garder ce magnifique bébé en vie), le manque de sommeil, la nécessité de créer un lien avec le bébé (et la culpabilité si cela prend plus de temps que prévu), la pression psychologique induite par les autres femmes et la société...

Le post-partum, ce n'est ni plus ni moins qu'un gros mélange de plein de sensations et d'une multitude de facteurs qui peuvent être l'élément déclencheur d'une solide dépression. Loin d'être innocente, cette dépression peut provoquer de nombreuses complications dans la vie de la maman (et du papa). La santé mentale de la mère trinque (et celle du bébé avec). Difficile de composer lorsque l'esprit est perpétuellement fatigué et embrumé par des idées noires. Le pire c'est que c'est loin d'être un état passager. Dans certains cas, il peut même s'étendre sur la durée et s'installer... Pour quelques années.

Le post-partum, ça dure 3... mois ? Non, ça dure 3 ans (parfois)

Si on dit communément qu'il faut 9 mois pour défaire ce qui a été fait, en réalité, il est plus courant que le post-partum s'étende sur une durée de 3 ans. Selon l'Eunice Kennedy Shriver, 25 % des mères souffriraient d'un épisode dépressif d'une durée de 3 ans après leur accouchement et cela n'arrive pas forcément aux femmes qui ont eu une grossesse difficile ou qui ont un terrain favorable à la dépression.

Un chiffre astronomique donc, qui envoie gentiment valser la réponse "médicale" des 45 jours de post-partum. Mais dans les faits, à quoi est dû cet épisode dépressif ? On estime que 3 ans, c'est le temps qu'il faut à une femme pour reprendre possession de son corps, de sa féminité, se remettre de ses émotions (à plus forte raison après un accouchement traumatisant) et, surtout, trouver son rythme avec le bébé. Ce qu'il y a de pire dans le post-partum, c'est qu'il est souvent entrecoupé de moments de sourires, de petites joies, ponctuées par les premiers mots de bébé, ses premiers pas, ses premières créations... Qui invisibilisent souvent le mal-être de la maman. C'est peut-être en ça que cette période est déroutante, c'est qu'elle est un savant mélange de joies et de peines, de souffrance et d'euphorie auxquelles les jeunes mères ne sont généralement pas (ou peu) préparées. S'ajoutent à ce cocktail explosif toutes les injonctions de la société qui veulent que les mères soient toujours ravies de leur maternité, tout en restant femmes, féminines, actives, belles... La liste est sans fin. 

Et même si certaines célébrités ont permis de lever le voile sur la réalité du post-partum (qui ne ressemble pas toujours à une explosion de paillettes), il reste encore du chemin et de la sensibilisation à faire sur la question.

Il n'y a pas de "bonne façon" de traiter le post-partum

Ce qu'il faut surtout comprendre sur la question du post-partum, c'est qu'il est variable d'une femme à l'autre et qu'il n'y a pas de solution ultime pour remonter la pente. Il est plutôt question de cas par cas que d'une solution générale. Il n'y a aucune règle dans la dépression et la récupération après l'accouchement, chaque femme est différente et aucune ne mettra le curseur au même niveau. En revanche, s'il y a bien quelque chose à faire (pour éviter que ça devienne trop insupportable au quotidien), c'est de demander de l'aide : aux proches, mais par-dessus tout à des professionnels (psy, sage-femme, sophrologue, naturopathe, etc. à vous de trouver quelle approche vous correspond le mieux). 

L'essentiel, c'est finalement de prendre conscience que vous n'êtes pas seule et que vous avez le droit de demander du soutien parce que vous êtes fatiguée. Il est temps d'arrêter de croire que tout est tout rose dans la maternité (même si on essaye de nous le faire croire). Toutes les mères passent par des moments de doute et toutes les mères ont déjà été tellement fatiguées qu'elles ont eu envie de rester au lit toute la journée. Les femmes sont certes puissantes, mais elles ont toutes le droit à leurs moments de faiblesse (et au fond, peut-on réellement leur en vouloir pour ça ?).

 

 

Tags : grossesse, parents, Maternité