On pourrait croire que la position de femme enceinte nous exempte de critiques, et pourtant, c'est souvent pire. Nos corps, même lors de la construction d'un nouvel être humain, sont scrutés à la loupe - comme si on avait besoin de ça - et les personnes qui nous entourent peuvent être de vraies langues de vipères. Tout le monde y va de son petit commentaire, comme si on leur avait demandé de l'aide. Être trop ça, pas assez ça, trop grosse, pas assez grosse, inconsciente, difficile... La liste des remarques est sans fin. Quand est-ce qu'on nous lâchera finalement la grappe ? À chaque instant de notre vie, nous sommes jugées, scrutées et montrées du doigt. La critique n'a pas de genre, et ce sont souvent les femmes qui sont les plus cruelles entre elles (pour la solidarité, on repassera). 

Pour ces raisons, et de nombreuses autres encore, il est nécessaire de mettre fin au concept de Maternity Shaming, cet anglicisme regroupe toutes les critiques, plus ou moins violentes, que peuvent entendre les femmes lorsqu'elles entrent dans le doux monde de la maternité. Que ce soit au début de la grossesse ou après la naissance de l'enfant, nous sommes assaillies par des remarques et "bons conseils" qui ne sont que des critiques brodées de fausses bonnes intentions. La maternité n'étant déjà pas une étape facile dans la vie d'une femme, les remarques quasi quotidiennes ne font qu'ajouter plus de stress et d'anxiété.

Le phénomène s'est intensifié avec les réseaux sociaux. Tout le monde est libre aujourd'hui d'afficher les étapes de sa grossesse, rien ne l'interdit. Mais, sous couvert d'anonymat et/ou grâce à la barrière de l'écran, les gens n'ont plus aucun scrupule à épier et descendre les futures mères "publiquement" (comprenez en commentaires). Comme toutes les formes de haines, ces comportements sont et doivent être considérés comme inacceptables et doivent être bannis des réseaux sociaux. 

Comprendre pourquoi ces comportements sont toxiques en les décryptant, c'est déjà essayer de les comprendre. 

Les Éclaireuses

 

Le poids, une question qui semble centrale pour le reste du monde pendant la grossesse

 
 
 
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"Fais attention. Mange plus, tu manges pour deux. Non, tu ne devrais pas te resservir, fais attention à ce que tu manges. Dis donc, t'es aussi grosse qu'une baleine..." Que les gens peuvent être délicats lorsque nous sommes enceintes. Ce n'est qu'un petit florilège de ce que les mères entendent quasi quotidiennement sans qu'elles n'aient rien demandé à personne. C'est comme si l'état de grossesse faisait de nous la propriété de tous, comme si, le temps de la gestation, notre corps ne nous appartenait finalement plus. 

La question du poids pendant la grossesse a toujours été un épineux sujet. De la grossesse anorexique de Victoria Beckham à l'analyse quasi quotidienne du poids de Kim Kardashian, il semblerait que rien ne soit accepté et acceptable côté "kilos". Trop maigre (au goût des autres), on met en danger le bébé, trop ronde, idem. Cette obsession des autres pour le poids des mères commence dès que le ventre est visible et fini lorsqu'il ne l'est plus. Parce que si la prise de poids est scrutée à la loupe, la perte des kilos de grossesse doit se faire de façon éclair. Ce n'est finalement qu'un schéma de culpabilité qui est perpétué, encore et toujours. 

Ce qu'il faut comprendre - même si cela semble évident -, c'est que chaque femme est différente et notre rapport au poids aussi. Certaines femmes vont prendre un grand nombre de kilos pendant la grossesse qui vont disparaitre quasi instantanément après l'accouchement, d'autres vont prendre très peu de poids, mais mettre 9 mois à les perdre, d'autres ne prendront que les kilos du bébé... Il n'y a pas de règles dans la grossesse et ce n'est pas parce que vous, pour la naissance du petit Jules, vous avez seulement pris 8kg, que c'est une règle universelle. Pareil pour l'alimentation, les futures mères se fixent les règles qu'elles veulent. Les restrictions alimentaires varient selon les pays, ainsi, on déconseillera à une Française de manger du poisson cru lors de sa grossesse, alors qu'en Asie, il n'y a aucun problème. L'instinct y est pour beaucoup dans la maternité, chaque femme est invitée à écouter son corps et ses envies. La nature est bien faite, souvent les réponses se présentent d'elles-mêmes et les avis extérieurs sont inutiles. 

 

Les injonctions "des mères parfaites" et de grossesse idéale qui nous font culpabiliser 

 
 
 
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On les connait toutes, ces mères qui font tout pour être exemplaires. Elles ont tout fait comme il faut, ont eu une grossesse de rêve, un accouchement qu'elles présentent comme le plus beau jour de leur vie (et elles ont le droit de le penser), elles ont allaité pendant 9 mois, mis leur enfant dans une crèche Montessori, n'ont fait regardé la télé qu'en anglais aux enfants pour "éveiller leur appétence aux langues étrangères", pris une nourrisse hispanophone pour que le petit apprenne les rudiments de l'espagnol... C'est à vous donner le tournis. 

Au-delà de l'incroyable pression que cette image de "la mère parfaite" met sur les mères "pas vraiment parfaites, mais ce n'est pas grave", cela crée aussi l'idée selon laquelle, s'il y a un raté, c'est forcément de votre faute parce que vous êtes une mauvaise mère. Vous seriez alors responsable de cet échec qui aurait pu être évité. Mais, dans l'absolu, l'erreur est et reste humaine. Personne n'est parfait et même cette mère parfaite ne l'est peut-être pas. Tout le monde a des faiblesses et la façade lisse de cette mère peut aussi craqueler sous la pression et la fatigue. C'est normal, c'est humain. En éducation, comme pour tout le reste, il n'y a pas de règle. Il n'est ni nécessaire de reproduire des schémas centenaires ni essentiel de toujours chercher à innover. Encore une fois, celle qui sait ce qu'il y a de mieux pour ses enfants, ça reste bien souvent la mère desdits enfants. 

 

Le physique des femmes enceintes et des mères, une question toujours remise en cause

 
 
 
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Outre la nécessité de perdre le poids de la grossesse de façon éclair, une autre pensée commune voudrait que les mères restent femmes, qu'elles soient au top de leur physique, maquillées, coiffées, portant des vêtements à la pointe de la tendance, manucure et pédicure impeccable, etc. Spoiler, avez-vous déjà essayé d'élever une tribu de gnomes tout en ayant un travail ? Superhéroïnes, peut-être, mais avec des priorités différentes selon les femmes. L'arrivée d'un enfant reste quelque chose de chronophage, et même avec le compagnon (ou la compagne) le plus aidant du monde, il est possible que certains points de votre vie d'avant (comme celui de vouloir absolument porter ces cuissardes de 12cm de talon) ne vous paraissent plus vraiment essentiels face aux besoins du petit humain que vous avez fabriqué. Et, devinez quoi ? Ce n'est pas grave. Au contraire, il faudrait commencer à normaliser le fait que les femmes - les mères - ne peuvent pas toujours être au top. 

Inversement, si pour vous, votre apparence reste une priorité, même une fois devenue mère, ce n'est pas grave non plus. Si on vous reproche de préférer votre manucure à votre enfant, c'est le problème des autres, pas le vôtre. 

Il n'y a pas de règle, nous ne sommes pas toutes égales face à la fatigue de la situation. Nous n'avons pas toutes la même notion des priorités. Pour autant, un schéma ne prévaut pas sur un autre, il n'y a rien d'inacceptable tout comme il n'y a pas de norme. 

 

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Comme souvent, la bienveillance reste la clé pour lutter contre le maternity shaming

 
 
 
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On le sait, la grossesse est une période compliquée du point de vue hormonal. La moindre remarque, le moindre faux conseil peut être déclencheur de rires, de larmes, ou d'un mélange des deux. Comme souvent dans la vie, le meilleur comportement reste la bienveillance, encore plus lorsque l'on est face à une femme shootée aux hormones. 

Au-delà de la nécessité de rester positif en toutes circonstances, on ne sait jamais vraiment comment la personne en face vit la situation et quel impact aura votre conseil ou vos paroles sur elle. Si vous avez vécu une grossesse idyllique, ce n'est pas toujours le cas de toutes les femmes et certaines peuvent tout simplement détester être enceintes. Idem pour l'allaitement, si pour vous, c'était un passage essentiel pour vous sentir femme, tout le monde n'est pas à l'aise avec l'idée de donner le sein. Ainsi, il est important de comprendre qu'il n'est de bon ton de donner un conseil que lorsqu'il est demandé. C'est grâce à la tolérance et à la positivité que l'on arrivera à lutter contre les comportements toxiques. 

 

 

 

Tags : grossesse